| L'Assemblée
du peuple a voté mercredi 12 novembre l'annulation du mandat
de quatorze députés, treize du Parti National Démocrate (PND,
au pouvoir) et un indépendant, n'ayant pas répondu à leurs obligations
militaires. Tout a commencé lorsque la Haute Cour constitutionnelle
a émis le 17 août dernier un verdict selon lequel un citoyen
doit obligatoirement avoir accompli le service militaire ou
en avoir été dispensé pour pouvoir prétendre à un siège de député.
Ce verdict a mis le PND dans l'embarras, car un grand nombre
de ses députés risquaient de perdre leurs sièges. Les 14 députés
concernés ont subi des pressions pour quitter leurs sièges.
« Ceci est injuste, nous ne sommes pas les seuls à ne
pas avoir accompli le service militaire », déclarait
alors l'un de ces députés, affirmant qu'une centaine d'autres
membres du Parlement, pour la plupart du PND, étaient dans la
même situation. L'affaire avait fait la une des journaux.
Mais cette affaire
n'est pas isolée, et elle révèle les failles du système politique
actuel, notamment du recrutement politique. C'est ainsi la troisième
fois au cours de cette législature que la validité des mandats
de députés du PND est mise en cause. En 2001, l'Assemblée du
peuple avait annulé le mandat du député Mésbah Motawie (PND)
et du célèbre homme d'affaires Rami Lakah, après un verdict
de la Cour administrative interdisant aux binationaux l'accès
au Parlement. Quelques mois plus tard, c'est l'ancien président
de la commission économique, Abdallah Tayel, impliqué dans une
affaire de corruption, qui était à son tour démis de son mandat.
Selon Nabil Abdel-Fattah,
chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d'Al-Ahram, cette nouvelle affaire montre que le choix
des candidats ne répond pas à des critères d'intégrité. « Ce
qui compte en premier lieu, c'est l'origine familiale du candidat
et les dons qu'il fait au parti. Une fois ces deux conditions
remplies, le candidat est choisi tout de suite pour représenter
le parti aux élections qu'il gagne grâce à des moyens détournés
auxquels le PND a recours pour remporter la majorité des sièges »,
assure le chercheur. Cet avis est partagé par Al-Badri Farghali,
du parti du Rassemblement. « L'image du député est déformée
à cause du mauvais choix de candidats qui sont impliqués dans
des scandales et des affaires de corruption. Seuls les candidats
de l'opposition et les indépendants, surtout ceux de tendance
islamiste, font l'objet d'enquêtes menées par la sécurité de
l'Etat lorsqu'ils se présentent aux élections », révèle
Farghali. Toute proportion gardée, on peut relier cette affaire
aux scandales des crédits, ou encore aux affaires de drogue
impliquant des députés au cours de la législature précédente.
Là encore, tous étaient des membres du PND. |
L'affaire des
14 députés privés de leurs mandats met aussi en lumière la contradiction
entre les lois régissant l'exercice des droits politiques et
celles encadrant les élections de l'Assemblée du peuple. « Nous
nous sommes présentés aux élections conformément à la loi sur
l'exercice des droits politiques numéro 109 de l'année 1996,
stipulant que le candidat aux élections qui a dépassé 35 ans
n'est pas obligé de présenter un certificat prouvant qu’il a
effectué son service militaire. Toutefois, l’article 5 de la
loi 38 de l'année 1972 relative aux élections législatives stipule
que tout candidat qui se présente aux élections doit obligatoirement
avoir accompli son service militaire, à moins d'en être exempté
légalement », explique l'indépendant Abdel-Radi Gaber,
un des 14 députés qui ont perdu leur siège. Certains exigent
de remédier aux failles qui existent dans les lois actuelles.
C'est ainsi que le député indépendant Réfaat Al-Béchir a présenté
à la commission des lois du Parlement un projet d'amendement
de la clause 5 de la loi 38/1972. « Une personne qui
n'a pas fait son service militaire pour n'importe quelle raison
ne peut pas être considérée comme un criminel », estime-t-il.
Le député ajoute que son projet avait été approuvé par la commission
des plaintes de l'Assemblée avant d'être transféré à la commission
des lois. Il affirme que ce sont ce genre de lois contradictoires
qui entravent le développement de la vie politique. La solution
réside donc dans l'amendement de la Constitution tout en garantissant
la séparation des pouvoirs.
Enfin, la question
de la légitimité de l'Assemblée du peuple et la constitutionnalité
des lois promulguées est également posée après l'annulation
de ces mandats. D'autant que 5 000 recours ont été présentés,
depuis le début de la législature en 2000, contre la validité
des élections législatives d'octobre et novembre 2000.
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