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Egypte-Israël . Mohamad Bassiouni, qui fut le dernier ambassadeur d'Egypte en Israël, estime que le retour d'un ambassadeur égyptien à Tel-Aviv est impossible au regard de la situation actuelle.
« Les relations entre les deux pays fluctuent selon l'évolution du processus de paix »

Al-Ahram Hebdo : Comment caractériser l'état actuel des relations entre l'Egypte et Israël ?

Mohamad Bassiouni : Il existe un certain nombre d'aspects qui affectent cette relation négativement, notamment les pratiques israéliennes dans les territoires occupés. Il est vrai que nous avons signé un traité de paix avec Israël, mais il est aussi vrai que l'état des relations entre l'Egypte et Israël fluctue selon les progrès ou la détérioration du processus de paix israélo-palestinien.

— Mais ces relations ont traversé une période assez trouble ces derniers temps. Nous avons vu, par exemple, le président de la commission des relations étrangères et de la défense de la Knesset s'attaquer à l'Egypte. Qu'est-ce que cela signifie ?

— Ce genre d'attaque ne fait qu'exprimer des opinions personnelles d'un député de la Knesset. Elle ne reflète pas la position du gouvernement israélien. De toute façon, l'Egypte ne s'attend pas que qui que ce soit, en Israël ou ailleurs, lui dicte son rôle. Celui-ci émane de la profonde conscience existant en Egypte de l'urgence de faire avancer le processus de paix israélo-palestinien. Ceci parce que l'Egypte n'a pas signé un traité de paix isolé avec Israël. Mais pour l'Egypte, cette démarche ne représente qu'un premier pas pour la mise en œuvre de la paix globale dans la région. Les relations bilatérales entre l'Egypte et Israël ne peuvent pas être comparées avec celles existantes entre d'autres pays. Celles-ci sont gouvernée par de nombreux facteurs importants comme la question israélo-palestinienne qui représente le fond du conflit arabo-israélien.

— Israël a annoncé dernièrement qu'il construirait une ligne de chemin de fer pour concurrencer le trafic du Canal de Suez ...

— C'est une décision visant à essayer de punir l'Egypte pour les positions fermes qu'elle a assumées vis-à-vis du processus de paix israélo-palestinien. Mais la construction d'un chemin de fer liant la mer Méditerranée à la mer Rouge ne pourra jamais être une alternative ou concurrencer le Canal de Suez. Ceci parce qu'il existe de nombreuses difficultés liées à un tel projet, que ce soit du point de vue technique ou financier.

— Quels sont les liens qui existent actuellement entre ces deux pays, que ce soit sur le plan politique ou économique ?

— Il existe entre nous un traité de paix. Il est vrai que l'ambassadeur a été rappelé en Egypte pour des consultations, mais ceci a été une réaction aux pratiques israéliennes et le résultat de cette sclérose qui prévaut dans le processus de paix. Et l'ambassadeur ne retournera pas à son poste, à moins que toutes les raisons ayant justifié son départ ne soient réglées. Celles-ci sont claires : l'arrêt des pratiques israéliennes menées quotidiennement contre les Palestiniens ainsi que la reprise du processus de paix et le retour sur la table des négociations.

— Il est vrai que l'ambassadeur égyptien a été rappelé, alors que l'ambassadeur israélien est toujours au Caire. Et cela, bien que de nombreuses voix se soient élevées dernièrement au sein de la société civile égyptienne pour demander sont expulsion. Qu'en dites-vous ?

— Les relations diplomatiques entre l'Egypte et Israël sont toujours là. Nous avons des obligations sur le plan international regardant cette question. On se demande si l'expulsion de l'ambassadeur israélien va résoudre le problème. Nous sommes en train d'œuvrer pour trouver une solution équitable au problème palestinien. Nous sommes donc en train d'adopter les mesures qui puissent mener à la réalisation d'un objectif : la résolution du problème palestinien avec une solution équitable, autrement dit, le retrait des Israéliens de tous les territoires arabes occupés, que se soit en Palestine, au Golan ou au Sud du Liban. Par ailleurs, il est vrai que les relations sont là, mais il est aussi vrai qu'il existe une résolution du gouvernement décrétant que toute communication entre ces deux pays doit se limiter aux questions liées au processus de paix.

— On sait aussi que de nombreux pays de la communauté internationale, comme les Etats-Unis, le Canada ou même l'Union européenne ont « intercédé » auprès du gouvernement égyptien pour essayer de le convaincre de faire retourner l'ambassadeur égyptien à Tel-Aviv. Quelle est la position de l'Egypte sur cette question ?

— Sur ce point, nous disons que personne au monde ne peut nier l'horreur que représentent les pratiques israéliennes contre le peuple palestinien. Tout le monde voit cela quotidiennement sur les écrans de télévision. Tout le monde est témoin du siège dont souffrent les Palestiniens, de l'extension des colonies ou même le mur que les Israéliens sont en train de construire. Dans la présente condition, on ne peut rien faire d'autre que ce que l'on est en train de faire. Lorsque tout cela aura cessé, l'ambassadeur égyptien retournera en Israël.

— Et du point de vue des relations commerciales ou de la coopération technique, quel est l'état des relations entre les deux pays ?

— Il n'existe aucune relation commerciale ou technique entre l'Egypte et Israël. Ceci parce que le peuple égyptien ne peut pas vivre en dehors des événements qui sont en train d'avoir lieu dans la région. C'est pour cette raison que les hommes d'affaires égyptiens ne peuvent pas, dans ces conditions, entretenir des relations commerciales avec Israël. Et ils font cela d'eux-mêmes, sans aucune intervention de la part du gouvernement. Ceci parce que le peuple égyptien a une parfaite conscience de ce qui se passe dans la région. De cette manière, si Israël désire renouer des relations ou vivre en paix dans cette région, il doit répondre aux appels ou aux projets de paix, notamment celui proposé par les Arabes, le 28 mars 2002, lors du sommet arabe de Beyrouth.

— Et qu'en est-il pour la question d'Azzam Azzam ?

— Pour nous, c'est avant tout une question juridique, sur laquelle on ne peut pas discuter. Azzam a été condamné par la Cour pénale de justice et il est actuellement en train de purger sa peine. Lorsque cette période sera terminée, il sera libéré. Donc, cette question n'a pas de fond politique. On ne peut pas faire le lien entre la question d'Azzam Azzam et d'autres sujets politiques.

Propos recueillis par
Randa Achmawi

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