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Egypte-Israël .
L'Etat hébreu multiplie les signes d'hostilité à l'égard du
Caire qu'il accuse d'être un élément perturbateur. Une façon
de marginaliser l'Egypte, puissance régionale pourtant incontournable.
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Le
chantage israélien |
Entre
Le Caire et Tel-Aviv, le courant ne passe plus. Le président
Moubarak et Ariel Sharon ne se parlent presque plus et ne se
sont jamais rencontrés depuis l'arrivée du premier ministre
israélien au pouvoir. Les relations égypto-israéliennes sont
à leur plus bas niveau depuis la signature du traité de paix
de 1979, le premier entre Israël et un Etat arabe. Les deux
pays manifestent une méfiance réciproque, mais l'Etat hébreu
fait preuve de moins de retenue, du moins dans la presse et
dans les propos de ses principaux responsables. « L'Egypte
est un facteur hostile à Israël » ; « Le
président Moubarak entend saboter la paix entre Israël et les
pays arabes » ; « L'armée égyptienne renforce
ses moyens militaires et augmente sa capacité à déclencher une
nouvelle guerre contre Israël ». « L'Egypte
contre la normalisation », rapportent les quotidiens
israéliens, comme Haaretz et Hatsoveh, voire le
ministre de la Défense, Shaul Mogaze, ou le président de la
Commission de la politique étrangère et de la Défense, à la
Knesset, Youval Steinitz. Ces critiques ne se limitent pas à
de simples déclarations ou commentaires visant l'orientation
politique de l'Egypte. On en est arrivé à une critique globale
du pays, de son système de sécurité et de ses institutions religieuses.
Ce n'est pas la première fois que Le Caire est la cible d'attaques
israéliennes. Déjà, on a vu des responsables menacer de bombarder
le Haut-Barrage ou de réoccuper le Sinaï. Mais cette fois-ci,
l'attaque est beaucoup plus intensive. Le « mal vient
toujours du sud » a écrit Haaretz. Les Israéliens
avancent des arguments majeurs, comme quoi il y aurait une coopération
entre l'Egypte, la Libye, la Syrie et l'Arabie saoudite pour
développer des armes nucléaires. Ils avancent aussi l'histoire
des tunnels entre Rafah l'égyptienne et Rafah la palestinienne
et prétendent qu'une unité spéciale des services de renseignements
égyptiens facilite l'acheminement d'armes aux Palestiniens.
Ils critiquent également Al-Azhar, la plus haute autorité sunnite,
et le mufti pour leur soutien à la résistance palestinienne.
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Le double
jeu israélien
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Cette
campagne a des objectifs militaires et politiques. Pour certains
observateurs comme le général Zakariya Hussein, ex-directeur
de l'Académie militaire Nasser, « cette situation est
liée à Sharon lui-même. Il fait partie des restes de l'ancienne
garde qui ont un passif de lutte avec les Arabes et qui voudraient,
à l'âge de 80 ans, confirmer l'idée du caractère hébraïque de
l'Etat d'Israël et son extension. Et ceci ne peut avoir lieu
sans attirer l'Egypte dans le piège d'un conflit ou du moins
sans réduire son rôle ». Le premier ministre israélien
semble profiter de l'actuelle Administration américaine, puisqu’« il
n'y a jamais eu de pareille coordination et harmonie entre Israël
et les Etats-Unis » relève le stratège militaire, pour
qui la personnalité de Sharon serait « très proche de
celle de Bush dans son extrémisme et de son idéologie de la
guerre ».
Le
11 septembre a été un autre facteur de rapprochement entre Tel-Aviv
et Washington qui a débouché sur une plus grande présence militaire
américaine dans la région. Ce qui fait qu'Israël est devenue
l'unique puissance militaire régionale possédant une force de
dissuasion. Tel-Aviv a réussi à obtenir un marché d'armes selon
lequel Washington lui fournira 102 avions de combats F 16, nouvelle
version qui, d'après les stratèges militaires, constitue l'équipement
militaire le plus sophistiqué, avec une autonomie de vol très
importante et la possibilité d'un ravitaillement en plein vol.
Avec ce type d'appareil, les forces aériennes israéliennes auront
une suprématie totale sur celles de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne.
Il
était normal que Sharon profite de la situation, provoquant
une escalade avec la Syrie, le Liban et bien sûr les Palestiniens.
Avec l'Egypte, cela a été l'intensification de la guerre des
mots, puisque il est clair qu'un conflit entre deux armées régulières
n'est plus pensable. Aujourd'hui, les guerres ont lieu par « missiles
et armes téléguidées » et dans ce domaine l'équilibre
est nettement en faveur d'Israël. Seule la résistance populaire
peut contrebalancer ce rapport de forces, comme c'est le cas
avec les Palestiniens ou les Iraqiens. Ceci n'empêche pas Israël
d'améliorer son potentiel militaire et de se lier par des rapports
stratégiques avec des pays comme la Turquie et l'Inde. |
La suprématie
militaire
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Pourquoi
donc Israël provoque-t-il un tollé ? Surtout que les Israéliens
connaissent dans le menu détail les types d'armes fournies à
l'Egypte par les Etats-Unis et qu'il est normal qu'un pays tente
de développer ses forces armées. Selon Emad Gad, rédacteur en
chef d'Israeli Digest, publié par le Centre d’Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, « lors
des incursion israéliennes à Rafah, les chars ont franchi la
ligne rouge située à 8 kilomètres des frontières égyptiennes
sous le prétexte de parvenir aux tunnels, ce qui constitue une
violation flagrante du traité de paix ». Les accusations
à l'égard de l'Egypte de faciliter la contrebande d'armes à
travers les tunnel sont donc infondées. Selon le général Zakariya
Hussein, ces tunnels se trouvent dans la zone « C »
sous contrôle des forces multinationales. Puisque ni la question
des armes, ni celles des tunnels ne sont fondées, pourquoi Israël
manifeste-t-il donc tant d'irritation ?
Les
points de tension latente sont connus. Il s'agit par exemple
de l'ambassadeur d'Egypte en Israël rappelé en 2001 et qui n'a
jamais réintégré son poste, en raison de l'agression israélienne
contre les Palestiniens. Ensuite, il y a l'affaire de l'espion
israélien emprisonné Azzam Azzam, que l'Egypte refuse de libérer.
Le premier ministre israélien a multiplié les plaintes à ce
sujet devant le Congrès et demande des sanctions contre l'Egypte.
Sharon a même lié l'autorisation pour les Egyptiens d'intervenir
dans le processus de paix à la libération de son prisonnier.
Israël accuse par ailleurs Le Caire de ne pas faire suffisamment
pression sur les Palestiniens.
Mais
ce qui mécontente le plus Israël, ce sont les relations égypto-américaines
bien qu'elles soient sous tension, soutient Gad. Les Israéliens
veulent s'attaquer aux relations entre Le Caire et Washington
et accusent les Etats-Unis de porter atteinte à la sécurité
d'Israël en collaborant militairement avec l'Egypte. Yussi Ben
Aharon, ex-directeur du bureau du cabinet du premier ministre
israélien, a appelé dans la presse les Etats-Unis à mettre fin
à leur aide à l'Egypte. D'après lui, l'Egypte a reçu des armes
pour une valeur de 23 milliards de dollars, parce qu'elle est
le partenaire de paix d'Israël. Ce qui a permis de constituer
une armée bien équipée et moderne. Il a dit au lobby juif de
s'adresser aux membres du Congrès pour qu'ils se demandent contre
quel pays cette force égyptienne sera dirigée. Dans Hatsoveh,
Shaul Shave écrit que le Congrès doit savoir que « Moubarak
n'a pas manqué la moindre occasion de porter atteinte à Israël,
et l'Egypte s'active sur le plan diplomatique pour ourdir des
complots hostiles à Israël ». Selon le stratège égyptien
Gamal Mazloum, « les Israéliens veulent faire croire
aux Américains et au monde occidental que l'Egypte constitue
une menace pour Israël, pour recevoir des armes et exciter l'opinion
mondiale contre Le Caire. Comme cela a été le cas pour la Syrie.
Ainsi, lorsqu'Israël a bombardé ce pays, Bush a dit qu'il aurait
agi de la même façon s'il était à la place de Sharon ».
Ainsi, toute action contre l'Egypte serait justifiée. « Notamment
une attaque contre Al-Arich sous couvert d'investir les tunnels »,
souligne Mazloum. |
Danger
ou guerre psychologique
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Certes,
il est difficile de dresser un parallèle entre l'Egypte et la
Syrie. Mais pour le stratège Zakariya Hussein, « la
nation arabe tout entière est face à un grave danger. Tous les
pays sont menacés par ce plan. Si celui-ci a subi des retards,
c'est en de la résistance à laquelle il fait face. Sinon il
serait passé à un autre pays ».
« Pourquoi
continuer à respecter nos engagements politiques, alors que
l'autre partie poursuit ses menaces », demande Hussein.
D'ailleurs, des déclarations aussi directes que celles du député
israélien Youval Steinitz donnent à réfléchir : « Il
nous est interdit de permettre à l'Egypte, un Etat tellement
hostile à Israël, de prendre pied plus avant dans les territoires,
à une distance si proche de nos centres de population ».
Mais
pour Emad Gad, la campagne israélienne relève plus du « chantage ».
Elle obéit « à l'idéologie de la droite, le Likoud et
ses alliés. Et vise surtout les relations égypto-américaines.
Israël n'a aucun projet de paix et le fait d'accepter un règlement
ferait partir tout de suite ce gouvernement ».
Quoi
qu'il en soit, une chose est sûre : les relations s’enveniment
entre les deux parties à l'image de ces relations distendues
entre Moubarak et Sharon : depuis l'arrivée de Sharon au
pouvoir en mars 2001, les contacts entre les deux pays ont eu
lieu par l'entremise d’émissaires, alors que ceux de Moubarak
et Sharon n'ont jamais dépassé le niveau d'une conversation
téléphonique. La dernière en date a eu lieu samedi. Le premier
ministre israélien a téléphoné au président pour s'informer
de sa santé à la suite du malaise dont il a souffert récemment,
ont annoncé l'agence Mena et la télévision égyptienne, et lui
présenter ses vœux à l'occasion de la fête musulmane d'Aïd
Al-Fitr qui marque la fin du mois de jeûne du Ramadan au
début de la semaine. Durant l'entretien, Sharon a exprimé son
espoir qu'une avancée sera réalisée sur la voie du processus
de paix au Proche-Orient. L'Egypte, qui parraine un dialogue
interpalestinien, accueillera le 2 décembre les factions palestiniennes
en vue de concrétiser un cessez-le-feu susceptible de permettre
une relance des pourparlers israélo-palestiniens. La diplomatie
des vœux peut-elle couvrir les vrais desseins d'un Israël qui
n'oublie pas que l'Egypte reste une puissance régionale et un
des principaux soutiens aux droits palestiniens qu'il faut donc
tenter de confronter ? |
| Samar
Al-Gamal
Ahmed
Loutfi |
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Le
Canal de Suez et les « illusions » d'Israël |
Le
Canal de Suez n'est pas seulement une importante source de revenus
pour l'Egypte, mais revêt une valeur emblématique. C'est cette
voie d'eau qui a placé l'Egypte au cœur des conflits et des
intérêts dans le monde moderne dont la constitution a commencé
au XIXe siècle. Il a été à l'origine d'une guerre : l'agression
tripartite de 1956 (Grande-Bretagne, France et Israël) et sa
traversée par les forces égyptiennes en octobre 1973 a marqué
non seulement une réhabilitation pour l'Egypte humiliée par
la défaite de juin 1967, mais aussi une nouvelle phase politique
dans la région, ouvrant la voie au processus de paix. D'où le
caractère de guerre psychologique que représente tout projet
visant à trouver un substitut à cette voie d'eau. Le ministre
israélien des Finances, Benyamin Netanyahu, a déclaré qu'il
souhaitait concurrencer le Canal de Suez par une liaison ferroviaire,
dans un entretien paru dans le quotidien français Le Figaro.
« Je souhaite concurrencer le Canal de Suez en construisant
une liaison par train entre le port d'Ashdod (à l'ouest
de Jérusalem) et celui d'Eilat (dans le sud du pays) »,
affirme Netanyahu.
De
son côté, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad
Maher, juge irréaliste l'idée israélienne. « Il y a
beaucoup d'illusions en Israël, et ces projets sont inapplicables »,
a affirmé M. Maher aux journalistes. « Il n'y a pas
d'alternative au Canal de Suez. Nombreux sont ceux qui ont tenté
par le passé d'en inventer, a-t-il ajouté. Il a affirmé
que la voie reliant la mer Rouge à la Méditerranée, permettant
au trafic maritime entre l'Asie et l'Europe d'éviter le détour
par le cap de Bonne-Espérance, au sud du continent africain,
restera une artère du commerce international ».
En
fait, cette dernière invention est une forme de provocation
vis-à-vis des Egyptiens, et fait partie de la campagne menée
par la presse et les responsables israéliens contre l'Egypte.
« Les Israéliens savent que l'Egypte œuvre sérieusement
pour une paix juste et globale au Proche-Orient, et certains
en Israël ne veulent pas voir ces efforts aboutir »,
a expliqué Maher. Le Canal de Suez est la deuxième source de
devises de l'Egypte après le tourisme. Pour l'année fiscale
2002-2003, les revenus de cet équipement, inauguré en 1869 et
nationalisé par Nasser en 1956, ont atteint un record historique
de quelque 2,3 milliards de dollars.
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| A.L.
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