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Je
ne comprends pas comment certains en Egypte revendiquent des
réformes constitutionnelles et plus de démocratie, alors même
qu'ils appellent le président de la République à nommer un vice-président.
La démocratie suppose une plus grande liberté pour le peuple
afin qu'il puisse choisir sans aucune contrainte le candidat
à la présidence, sans que ce choix soit nécessairement déterminé
longtemps à l'avance. En effet, cela pourrait constituer une
atteinte à la démocratie au profit de la conjoncture politique
actuelle. Le fondement même de la démocratie résidant dans le
droit du peuple à choisir son représentant.
Les propos concernant
le poste vacant de vice-président reviennent dans notre pays
de manière cyclique. Et ceci, dès lors que la question de la
pratique démocratique revient à l'ordre du jour, ou à l'approche
de l'échéance du renouvellement à la présidence de la République.
Toutefois, cette fois-ci, le sujet a été soulevé à l'intérieur
du pays comme à l'étranger pour une toute autre raison. Le malaise
du président de la République lors de la session d'ouverture
de l'Assemblée du peuple, dû à une forte dose d'antibiotiques
et à l'insistance du président à ne pas interrompre son jeûne,
a suscité ce genre de question. Pourtant, de nombreuses personnes
vivent ce genre de malaise sans pour autant susciter autant
de bruit. A la suite de cet incident, les médias n'ont cessé
d'évoquer le sujet de la passation de pouvoir en Egypte. Certaines
voix ont ainsi à nouveau évoqué la nomination d'un vice-président.
Evoquer
ce dossier n'est certes pas critiquable en soi, surtout que
cela a à faire avec l'avenir du pays. Pourtant, cette fois-ci,
la question a été mal posée. Le fait d'être atteint d'une grippe
et affaibli par le jeûne n'est pas selon moi un motif assez
convaincant pour se préoccuper de la succession.
De prime abord,
nous devons rappeler que la Constitution égyptienne ne stipule
aucunement la nécessité de nommer un vice-président de la République.
Et par conséquent, si un tel poste devait être créé, il reviendrait
au président d'en définir les prérogatives.
Ensuite, il est
important d'ajouter que notre Constitution n'a rien à voir avec
la Constitution américaine qui stipule que le vice-président
est en charge de la présidence lorsque le président est absent.
Ceci est d'ailleurs survenu avec l'accession de Lyndon Johnson
à la présidence des Etats-Unis à l'issue de l'assassinat de
John Kennedy en 1963. Notre Constitution, elle, attribue la
présidence au président de l'Assemblée du peuple, pour une courte
période transitoire n'excédant pas les 60 jours. Durant cette
période transitoire, il est du devoir de l'Assemblée du peuple
de déterminer un candidat parmi de nombreux autres à la présidence,
et d'élire le candidat à travers un référendum.
Certains pourraient
avancer que les deux dernières fois où ce cas s'est présenté,
la présidence est toujours toujours revenue au vice-président
et non pas à d'autres personnes. Mais ce ne sont que des exemples
qui n'ont pas valeur de loi, ni la force des traditions. D'ailleurs,
ce mécanisme pourrait ne pas se reproduire, puisqu'il n'est
pas inscrit dans la Constitution. De plus, ces deux cas étaient
le fruit de circonstances spéciales qui ne se reproduiront pas
nécessairement.
Le premier cas
est celui advenu après la mort du président Nasser en 1970.
On prévoyait de nombreux conflits autour de la présidence après
la mort du leader, et face au vide qu'il a laissé derrière lui.
Recourir à la légitimité constitutionnelle était la meilleure
issue afin de ne pas faire basculer le pays dans des luttes
intestinales dont ont ignorait la portée, d'autant que les différents
candidats potentiels n'y étaient pas préparés.
Accepter l'accession
au pouvoir du vice-président était une solution temporaire qui
pouvait faire l'unanimité. Ce conflit s'est effectivement aggravé
après le référendum pour la présidence. Le président Sadate,
6 mois après son élection, a arrêté les figures de proue au
pouvoir en 1971, qui n'ont été libérées qu’après son décès en
octobre 1981.
Quant au deuxième
cas concernant la passation de pouvoir de Sadate à Moubarak,
elle s'est faite dans des circonstances exceptionnelles. En
effet, Sadate a été assassiné en octobre 1981, et le pays semblait
au bord d'une guerre civile opposant des extrémistes musulmans
et coptes. Tous les leaders politiques du pays, qu'ils soient
de gauche ou de droite, étaient en détention. Le peuple égyptien,
qui aspire à la paix et à la stabilité, et qui veut s'éloigner
de toute violence et extrémisme, a opté pour la légitimité.
Ainsi, l'opinion publique rejoignait les positions du régime,
alors que celui-ci subissait les foudres d'une forte opposition.
Le président Moubarak, avec son instinct politique, avait compris
cela. Les discours de Moubarak faisaient allusion à la continuité
alors qu'il essayait de son mieux d'éclaircir les raisons de
la colère populaire contre l'ancien régime. Ainsi, il a libéré
tous les détenus et a lancé une réforme politique et économique,
l'Egypte a renoué avec les autres pays arabes et ceux du tiers-monde.
Il est important
de noter que ce dernier exemple ne peut être en aucun cas un
critère à suivre pour des expériences ultérieures, car il est
exceptionnel. Mais les conjonctures actuelles sont totalement
différentes de celles que nous avons vécues à la fin de 1981.
D'ailleurs, quelles que soient les revendications appelant à
la nécessité d’accroître et d'approfondir la pratique démocratique,
et quelles que soient les réformes politiques que nous demandons,
la réalité de notre pays a changé. Malgré les problèmes actuels,
les partis politiques sont dans une meilleure situation qu’il
y a 20 ans. La presse, elle, jouit aujourd'hui de plus de liberté
en comparaison de l'époque où les journaux des partis
étaient régulièrement confisqués, comme c'était le cas de l'hebdomadaire
Al-Ahali du parti du Rassemblement. La société civile
s'exprime aussi plus librement en comparaison de l'époque où
les lois dites « lois de mauvaise réputation »
étaient en vigueur.
Pour conclure ces
propos, il nous reste à dire que la présence d'un vice-président
dans les circonstances actuelles ne garantit pas une passation
de pouvoir en toute sécurité. Le choix d'un vice-président aujourd'hui
ne serait que le reflet de la donne politique actuelle. Plus
il y aura élargissement de la pratique démocratique et plus
se modifieront les équilibres entre les différentes forces politiques,
surtout si les institutions civiles naissantes et les partis
politiques à venir acquièrent force et vigueur contre certaines
institutions officielles vétustes.
Ne pas choisir
un vice-président actuellement, c'est permettre de faire un
meilleur choix dans les années à venir à l'issue de l'évolution
de la société civile qui a commencé à se cristalliser depuis
quelques années.
Nous souhaitons
donc au président Moubarak une bonne santé et un rétablissement
complet à cette crise que des milliers d'individus endurent
aussi chaque jour, sans émouvoir les masses. Nous espérons que
la grippe du président n'aura pas de mauvaises retombées sur
notre vie politique en aboutissant à la nomination d'un vice-président.
Car la passation
du pouvoir est un droit qui revient au peuple et un choix dicté
par les principes démocratiques. D'ailleurs, le peuple égyptien
n'a-t-il pas prouvé à mille reprises qu'il était toujours à
la hauteur de ses choix et des moments historiques.
Légende : La question
de la succession est un sujet suffisamment sérieux pour ne pas
l'aborder à la légère, en fonction de l'état de santé du président
Moubarak, ou de la situation politique actuelle.
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