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Non ... à un vice-président
Par Mohamed Salmawy

Je ne comprends pas comment certains en Egypte revendiquent des réformes constitutionnelles et plus de démocratie, alors même qu'ils appellent le président de la République à nommer un vice-président. La démocratie suppose une plus grande liberté pour le peuple afin qu'il puisse choisir sans aucune contrainte le candidat à la présidence, sans que ce choix soit nécessairement déterminé longtemps à l'avance. En effet, cela pourrait constituer une atteinte à la démocratie au profit de la conjoncture politique actuelle. Le fondement même de la démocratie résidant dans le droit du peuple à choisir son représentant.

Les propos concernant le poste vacant de vice-président reviennent dans notre pays de manière cyclique. Et ceci, dès lors que la question de la pratique démocratique revient à l'ordre du jour, ou à l'approche de l'échéance du renouvellement à la présidence de la République. Toutefois, cette fois-ci, le sujet a été soulevé à l'intérieur du pays comme à l'étranger pour une toute autre raison. Le malaise du président de la République lors de la session d'ouverture de l'Assemblée du peuple, dû à une forte dose d'antibiotiques et à l'insistance du président à ne pas interrompre son jeûne, a suscité ce genre de question. Pourtant, de nombreuses personnes vivent ce genre de malaise sans pour autant susciter autant de bruit. A la suite de cet incident, les médias n'ont cessé d'évoquer le sujet de la passation de pouvoir en Egypte. Certaines voix ont ainsi à nouveau évoqué la nomination d'un vice-président.

Evoquer ce dossier n'est certes pas critiquable en soi, surtout que cela a à faire avec l'avenir du pays. Pourtant, cette fois-ci, la question a été mal posée. Le fait d'être atteint d'une grippe et affaibli par le jeûne n'est pas selon moi un motif assez convaincant pour se préoccuper de la succession.

De prime abord, nous devons rappeler que la Constitution égyptienne ne stipule aucunement la nécessité de nommer un vice-président de la République. Et par conséquent, si un tel poste devait être créé, il reviendrait au président d'en définir les prérogatives.

Ensuite, il est important d'ajouter que notre Constitution n'a rien à voir avec la Constitution américaine qui stipule que le vice-président est en charge de la présidence lorsque le président est absent. Ceci est d'ailleurs survenu avec l'accession de Lyndon Johnson à la présidence des Etats-Unis à l'issue de l'assassinat de John Kennedy en 1963. Notre Constitution, elle, attribue la présidence au président de l'Assemblée du peuple, pour une courte période transitoire n'excédant pas les 60 jours. Durant cette période transitoire, il est du devoir de l'Assemblée du peuple de déterminer un candidat parmi de nombreux autres à la présidence, et d'élire le candidat à travers un référendum.

Certains pourraient avancer que les deux dernières fois où ce cas s'est présenté, la présidence est toujours toujours revenue au vice-président et non pas à d'autres personnes. Mais ce ne sont que des exemples qui n'ont pas valeur de loi, ni la force des traditions. D'ailleurs, ce mécanisme pourrait ne pas se reproduire, puisqu'il n'est pas inscrit dans la Constitution. De plus, ces deux cas étaient le fruit de circonstances spéciales qui ne se reproduiront pas nécessairement.

Le premier cas est celui advenu après la mort du président Nasser en 1970. On prévoyait de nombreux conflits autour de la présidence après la mort du leader, et face au vide qu'il a laissé derrière lui. Recourir à la légitimité constitutionnelle était la meilleure issue afin de ne pas faire basculer le pays dans des luttes intestinales dont ont ignorait la portée, d'autant que les différents candidats potentiels n'y étaient pas préparés.

Accepter l'accession au pouvoir du vice-président était une solution temporaire qui pouvait faire l'unanimité. Ce conflit s'est effectivement aggravé après le référendum pour la présidence. Le président Sadate, 6 mois après son élection, a arrêté les figures de proue au pouvoir en 1971, qui n'ont été libérées qu’après son décès en octobre 1981.

Quant au deuxième cas concernant la passation de pouvoir de Sadate à Moubarak, elle s'est faite dans des circonstances exceptionnelles. En effet, Sadate a été assassiné en octobre 1981, et le pays semblait au bord d'une guerre civile opposant des extrémistes musulmans et coptes. Tous les leaders politiques du pays, qu'ils soient de gauche ou de droite, étaient en détention. Le peuple égyptien, qui aspire à la paix et à la stabilité, et qui veut s'éloigner de toute violence et extrémisme, a opté pour la légitimité. Ainsi, l'opinion publique rejoignait les positions du régime, alors que celui-ci subissait les foudres d'une forte opposition. Le président Moubarak, avec son instinct politique, avait compris cela. Les discours de Moubarak faisaient allusion à la continuité alors qu'il essayait de son mieux d'éclaircir les raisons de la colère populaire contre l'ancien régime. Ainsi, il a libéré tous les détenus et a lancé une réforme politique et économique, l'Egypte a renoué avec les autres pays arabes et ceux du tiers-monde.

Il est important de noter que ce dernier exemple ne peut être en aucun cas un critère à suivre pour des expériences ultérieures, car il est exceptionnel. Mais les conjonctures actuelles sont totalement différentes de celles que nous avons vécues à la fin de 1981. D'ailleurs, quelles que soient les revendications appelant à la nécessité d’accroître et d'approfondir la pratique démocratique, et quelles que soient les réformes politiques que nous demandons, la réalité de notre pays a changé. Malgré les problèmes actuels, les partis politiques sont dans une meilleure situation qu’il y a 20 ans. La presse, elle, jouit aujourd'hui de plus de liberté en comparaison de l'époque où les journaux des partis étaient régulièrement confisqués, comme c'était le cas de l'hebdomadaire Al-Ahali du parti du Rassemblement. La société civile s'exprime aussi plus librement en comparaison de l'époque où les lois dites « lois de mauvaise réputation » étaient en vigueur.

Pour conclure ces propos, il nous reste à dire que la présence d'un vice-président dans les circonstances actuelles ne garantit pas une passation de pouvoir en toute sécurité. Le choix d'un vice-président aujourd'hui ne serait que le reflet de la donne politique actuelle. Plus il y aura élargissement de la pratique démocratique et plus se modifieront les équilibres entre les différentes forces politiques, surtout si les institutions civiles naissantes et les partis politiques à venir acquièrent force et vigueur contre certaines institutions officielles vétustes.

Ne pas choisir un vice-président actuellement, c'est permettre de faire un meilleur choix dans les années à venir à l'issue de l'évolution de la société civile qui a commencé à se cristalliser depuis quelques années.

Nous souhaitons donc au président Moubarak une bonne santé et un rétablissement complet à cette crise que des milliers d'individus endurent aussi chaque jour, sans émouvoir les masses. Nous espérons que la grippe du président n'aura pas de mauvaises retombées sur notre vie politique en aboutissant à la nomination d'un vice-président.

Car la passation du pouvoir est un droit qui revient au peuple et un choix dicté par les principes démocratiques. D'ailleurs, le peuple égyptien n'a-t-il pas prouvé à mille reprises qu'il était toujours à la hauteur de ses choix et des moments historiques.

Légende : La question de la succession est un sujet suffisamment sérieux pour ne pas l'aborder à la légère, en fonction de l'état de santé du président Moubarak, ou de la situation politique actuelle.

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