| « Cela
ne remet pas en cause l'accord qui a été signé » entre
les FDD (Forces pour la Défense de la Démocratie) et le gouvernement
burundais, s’est empressé d’assurer vendredi le porte-parole
du gouvernement, Albert Mbonerane. Il faisait référence au report
à la semaine prochaine de l’entrée dans le gouvernement burundais
des anciens rebelles hutus des Forces pour la défense de la
démocratie, prévue initialement le 23 novembre. Le porte-parole
a expliqué ce « glissement de date » par le
fait que le sommet des chefs d'Etat de la région des Grands
Lacs, qui a entériné l'accord de paix, s'est tenu le 16 novembre,
alors qu'il aurait dû se tenir plus tôt. « Les choses
évoluent bien », a-t-il toutefois estimé. De leur côté,
les FDD ont affirmé que « ce report ne cause aucun problème ».
« On s'attendait à un léger retard (...) à cause du
sommet des chefs d'Etat qui est venu plus tard que prévu »,
a expliqué le porte-parole des FDD, le major Gélase Daniel Ndabirabe.Jeudi,
l'Assemblée nationale de transition a entériné « par
acclamation » l'accord global de paix et a adopté plusieurs
amendements à la Constitution de transition du Burundi, « qui
ouvre la voie à l'entrée du CNDD-FDD (branche politique
des FDD) dans les institutions », selon Jean de
Dieu Mutabazi, conseiller principal du président de l'Assemblée
nationale. L'accord de paix global signé à Dar Es-Salaam, en
Tanzanie, entre les autorités de Bujumbura et les FDD, prévoit
un partage du pouvoir et, à terme, l'intégration des anciens
rebelles hutus dans les forces armées. Les FDD doivent faire
leur entrée dans les institutions politiques avec quatre ministres
dont un ministre d'Etat dans le gouvernement, quinze députés
ainsi qu'une vice-présidence et un secrétaire général adjoint
de l'Assemblée nationale de transition. Après leur désarmement,
les FDD devront être intégrées dans les forces armées, côte
à côte avec leurs ennemis d'hier. Par ailleurs, la transformation
en parti politique des FDD, prévue pour vendredi 21 novembre,
avait elle aussi été reportée sine die. « Il
faut d'abord que ce mouvement cantonne ses hommes »,
avait affirmé M. Mutabazi. « Il y a eu du retard par
rapport au calendrier fixé, le cantonnement ne pourra commencer
à la date fixée, ce qui va se répercuter sur notre transformation
en parti politique », a expliqué le porte-parole des
FDD. « C'est après le cantonnement, qui signifie la
renonciation de la lutte armée, que nous allons devenir un parti
politique », a-t-il confirmé. Pour le ministre burundais
de la Défense, le général Vincent Niyungeko, « le cantonnement
n'est pas possible en ce moment ». Et pour cause. « Pour
le moment, la Banque mondiale ne peut pas financer les camps
de cantonnement », explique en écho une source gouvernementale.Les
FNL, une absence à risque Ainsi, les chants de joie des sympathisants
des FDD qui ont accompagné la signature de l'accord de paix
ont dû rapidement laisser la place aux délicates opérations
de rassemblement, démobilisation et désarmement des rebelles.
Ces opérations, essentielles pour concrétiser sur le terrain
l'accord, ont un coût financier. Classé comme un des pays les
plus pauvres du monde, avec une économie rendue exsangue par
la guerre, le Burundi a lancé un appel à la communauté internationale
pour qu'elle s'implique financièrement. Reste à savoir si cet
appel en forme de SOS sera entendu. Autre écueil, toujours sur
le plan militaire, la menace des rebelles hutus des Forces Nationales
de Libération (FNL), qui refusent obstinément de s'asseoir à
la table des négociations. Les chefs d'Etat de la région des
Grands Lacs leur ont donné trois mois pour entamer des négociations
avec le gouvernement de Bujumbura. Passé ce délai, les FNL seront
considérées comme un obstacle à la paix « et traitées
comme tel ». D'ores et déjà, les FNL, dont les attaques
ont fait 15 morts en une semaine, ont rejeté cet ultimatum.
Elles refusent de négocier avec le gouvernement, exigeant des
négociations directes avec l'armée, véritable détentrice du
pouvoir, selon eux. Leur absence du processus de paix « fait
courir le risque d'une poursuite du conflit armé »,
estiment la Ligue burundaise des droits de l'homme Iteka
et l'Observatoire de l'Action Gouvernementale (OAG) dans un
communiqué.Malgré tout, l'ancien président burundais, Pierre
Buyoya, s'est dit optimiste pour la paix au Burundi. Les rebelles
des FLN « ont la capacité de perturber le processus
de paix, mais pas le faire dérailler », a estimé M.
Buyoya, qui a cédé la présidence le 1er mai au Hutu Domitien
Ndayizeye. « Les gens au Burundi sont las de la guerre.
La majorité de chaque section de la population, les paysans,
les hommes d'affaires, et même à présent les rebelles veulent
la paix », a-t-il insisté.
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