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Iraq .
Sur fond de violence et d'insécurité grandissantes, l'administrateur
civil américain Paul Bremer a lancé le processus d'élaboration
de la loi fondamentale qui devra régir le pays jusqu'au vote
de la Constitution prévu pour la fin 2005.
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L'insécurité
gagne du terrain
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jours se suivent et se ressemblent en Iraq. Et la violence se
poursuit sans relâche contre les forces d'occupation américaine
mais aussi contre des cibles non américaines. Ainsi, une nouvelle
attaque a visé lundi un convoi américain sur un pont de la capitale,
sans faire de blessé, selon un commandant de la police iraqienne,
Ali Amid. « Une RPG a été tirée contre un convoi
sur le pont Al-Chaab et un véhicule a été légèrement touché »,
a-t-il affirmé en indiquant qu'à son avis, il n'y avait pas
eu de victime. L'armée américaine a fait état de l'explosion
d'une charge au passage d'un convoi à Bagdad sans pouvoir préciser
s'il s'agissait de la même attaque.
D'autre
part, un soldat américain a été blessé lundi dans une attaque
contre un convoi à Mossoul, dans le nord, et trois autres tués
dimanche. L'un d'entre eux a été tué par l'explosion d'un engin
au passage de son véhicule à Baaqouba (60 km au nord de Bagdad).
Les deux autres ont été tués à Mossoul (360 km au nord-est de
la capitale). Deux témoins ont affirmé qu'ils avaient été égorgés
par des assaillants qui les avaient préalablement attaqués au
fusil mitrailleur, ce que l'armée a refusé de confirmer, indiquant
simplement qu'une enquête était en cours.
Depuis
l'annonce officielle de la fin des opérations militaires majeures
en Iraq, le 1er mai, 109 soldats américains ont été tués hors
des opérations de combat dans ce pays. Depuis cette même date,
183 autres soldats américains ont perdu la vie lors de combats.
Dans le nord de l'Iraq, les infrastructures pétrolières ont
une nouvelle fois été la cible d'un sabotage. La Compagnie pétrolière
du Nord (NOC) a indiqué dimanche qu'un important gazoduc avait
été endommagé par une explosion d'origine criminelle qui a provoqué
un énorme incendie près de Kirkouk. Dans un nouveau revers à
sa volonté de normalisation, la coalition avait annoncé dimanche
avoir décidé de suspendre les vols civils à l'aéroport de Bagdad
après le tir d'un missile qui a touché un Airbus cargo
de la compagnie allemande DHL samedi.
Des
objectifs non américains deviennent de plus en plus des cibles
privilégiées de la résistance iraqienne qui entend ainsi mettre
dans l'embarras les forces d'occupation et leur corollaire,
le Conseil de gouvernement provisoire, incapables de rétablir
la sécurité et la stabilité au peuple iraqien. Ainsi, policiers,
partis politiques, institutions publiques, hôtels et civils
font l'objet d’attaques des opposants à la coalition. Au moins
18 Iraqiens, en majorité des policiers, ont été tués et 53 autres
blessés samedi lors d'un double attentat suicide à la voiture
piégée à Khan Bani Saad et Baaqouba. Les nouvelles forces de
sécurité iraqiennes qui occupent de plus en plus le terrain
dans tout le pays se retrouvent en première ligne.
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Les civils
de plus en plus visés
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Les
attentats de samedi s'ajoutent à la longue liste d'attentats
ou de tentatives d'attentats contre ceux accusés de coopérer
avec les forces d'occupation. L'organisation Human Right
Watch dressait samedi ce constat en soulignant que « les
opposants armés à l'occupation dirigée par les Etats-Unis visent
de plus en plus des civils considérés comme des coopérants avec
la coalition ». Vendredi, à Bagdad, les hôtels Palestine
et Sheraton, qui abritent journalistes et coopérants
civils, ainsi que le complexe du ministère du Pétrole étaient
visés par des roquettes. Qualifié « de militairement
insignifiant » par un officier américain, seul un civil
américain a été sérieusement blessé, l'impact psychologique
d'opérations qui utilisent des carrioles tirées par des ânes
pour tromper la vigilance des forces de sécurité, n'en est pas
moins déterminant. Un bout de papier contenant un avertissement
a été trouvé dans l'une des carrioles : « Ne travaillez
pas avec les envahisseurs jusqu'à la libération de l'Iraq. A
toutes les forces, sortez de notre pays », y était-il
écrit. « Ils essaient de nous saper le moral et de faire
la Une de l'actualité », notait le général Mark Kimmit.
Jeudi à Kirkouk (nord), un attentat à la voiture piégée avait
fait cinq morts. Mercredi, c'était à Ramadi (ouest). Dans le
premier cas, la cible était les bureaux de partis kurdes :
le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union Patriotique
du Kurdistan (UPK), représentés au Conseil de gouvernement transitoire.
Dans le deuxième qui a fait deux morts, cheikh Amer Abdel Jabbar
Ali Souleimane, le chef de l'une des plus importantes tribus
de la province, qui entretient de bonnes relations avec la coalition,
était visé.
Après
les attentats meurtriers contre l'ambassade de Jordanie, les
bureaux des Nations-Unies, ceux du CICR et la caserne des carabiniers
de Nassiriyah, le réseau Al-Qaëda d’Ossama bin Laden
est à nouveau accusé. Un général américain s'est dit convaincu
qu'il y avait une relation entre la guérilla et les kamikazes,
alors que les Américains mettent en garde depuis plusieurs semaines
contre l'infiltration d'éléments étrangers en Iraq.
Les
attaques contre des objectifs économiques, comme les attentats
contre les oléoducs privant Bagdad d'électricité, et samedi
le tir d'un missile contre un avion de transport civil au décollage
de Bagdad renforcent le sentiment d'insécurité. Faire le vide
autour des forces américaines et dissuader les étrangers de
venir en Iraq restent un objectif des forces anti-coalition.
La compagnie jordanienne Royal Wings a annulé ses vols
quasi quotidiens pour Bagdad alors que le Japon a repoussé sa
participation à la reconstruction de l'Iraq. La Thaïlande a
de son côté décidé, vendredi, de surseoir à l'envoi d'une mission
pour évaluer la sécurité de ses 400 hommes sur place, et la
première mission commerciale espagnole prévue en Iraq depuis
la guerre a renoncé à son voyage.
Les
attaques quotidiennes ne semblent pourtant pas avoir entamé
la volonté des Etats-Unis de rester en Iraq pour parachever
les objectifs qu'ils s'étaient fixés. Ainsi, un responsable
militaire de la coalition, le général Peter Pace, a déclaré
dimanche à Tikrit (180 km au nord de Bagdad) que les troupes
de la coalition dirigée par les Etats-Unis vont rester en Iraq
aussi longtemps que nécessaire pour rétablir la stabilité. La
coalition, a-t-il dit, « s'est engagée à assurer un
environnement stable dans lequel le peuple iraqien peut rédiger
sa loi fondamentale, élaborer sa Constitution et tenir ses élections ».
Dimanche,
l'administrateur civil américain de l'Iraq, Paul Bremer, a lancé
le processus de mise au point de la loi fondamentale qui devra
régir le pays jusqu'au vote de la Constitution, prévu pour la
fin 2005. La « loi fondamentale » sur l'administration
de l'Etat pendant la période transitoire et fixant notamment
les procédures de l'élection de l'assemblée transitoire doit
être adoptée d'ici au 28 février 2004, dans le cadre du calendrier
de transfert des pouvoirs aux Iraqiens, mis au point par M.
Bremer et le gouvernement transitoire.
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| Hicham
Mourad |
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Moscou rebouté
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La coalition dirigée par les Etats-Unis et
le Conseil de gouvernement transitoire iraqien ont accueilli
fraîchement la proposition russe de tenir une conférence internationale
sur l'Iraq. « L'important est que le Conseil de gouvernement
et la coalition se sont mis d'accord sur un calendrier pour
le transfert du pouvoir total aux Iraqiens. Cela respecte les
exigences de la résolution 1 511 du Conseil de sécurité »,
a déclaré dimanche le porte-parole de la coalition, Charles
Heatly. « Nous avons un accord entre le Conseil de gouvernement
et la coalition et nous allons le respecter », a pour
sa part indiqué le ministre iraqien des Affaires étrangères,
Hoshyar Zebari, lors d'une conférence de presse. « Il
n'y a aucune décision pour rejeter ou approuver la proposition
russe ». « Celui qui veut proposer une conférence
sur l'Iraq ne peut pas éviter le Conseil de gouvernement. Or,
la France et la Russie ne le reconnaissent pas », a
indiqué de son côté un membre de cette instance, Mahmoud Osmane,
ajoutant : « Ils auraient dû au moins prendre notre
avis ».
La Russie a proposé mercredi l'organisation
d'une conférence internationale sur l'Iraq sous l'égide de l'Onu
pour « élaborer un plan de paix qui serait examiné devant
le Conseil de sécurité ». Le chef de la diplomatie
russe, Igor Ivanov, a rappelé l'exemple de la conférence sur
l'Afghanistan organisée à Bonn et proposé une conférence similaire
« à laquelle pourraient participer les représentants
de la société et des milieux politiques iraqiens »
et ceux des « Etats voisins ».
La France a « salué » cette
proposition, mais s'est gardée de la reprendre à son compte.
Avec l'Allemagne et la Chine, qui avec la Russie conduisent
au Conseil de sécurité l'opposition à l'occupation de l'Iraq,
elle a réaffirmé que l'Onu devait jouer le rôle principal dans
le retour, le plus vite possible, de la souveraineté iraqienne.
« Nous voulons une position unifiée de la communauté
internationale. Si deux pays avancent une idée et les autres
une idée différente, cela ne sert pas nos intérêts »,
a estimé le responsable iraqien. « Nous préférons que
les membres du Conseil de sécurité se mettent d'accord pour
soutenir le calendrier du transfert du pouvoir », a-t-il
dit, en référence à l'accord signé le 15 novembre entre le Conseil
de gouvernement et la coalition prévoyant le transfert du pouvoir
aux Iraqiens à la mi-2004 et l'élection d'une Assemblée constituante
d'ici fin 2005.
Le Conseil de gouvernement appelle de ses vœux
un rôle plus important de l'Onu en Iraq et a demandé le vote
d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour avaliser
ce calendrier. Mais Washington n'a toujours pas pris de décision
à ce sujet. « Nous sommes étonnés par la proposition
russe. Nous ne pouvons pas revenir au point de départ, car nous
avons bien avancé sur le plan politique et nous avons un programme
pour les mois à venir », a affirmé de son côté Younnadam
Kanna, membre du Conseil de gouvernement. « Nos frères
russes ignorent tout ce qu'on a déjà fait et cela est une erreur »,
a-t-il estimé. « Ils auraient dû nous en parler avant
de le proposer ». « Je ne pense donc pas que
le Conseil de gouvernement va examiner cette idée »,
a-t-il conclu.
Adel Abdel-Mahdi, le représentant d’Abdel-Aziz
Al-Hakim au Conseil de gouvernement en son absence, a assuré
que cette instance n'avait pas été informée par la Russie des
buts de cette conférence. « S'il s'agit d'une conférence
pour annoncer un soutien international au peuple iraqien, c'est
bien. Mais s'il s'agit d'une réunion pour examiner des solutions
à la question iraqienne, il faut que nous soyons informés des
détails », a-t-il poursuivi. Même le secrétaire général
des Nations-Unies, Kofi Annan, s'est montré prudent sur la proposition
russe. Il a indiqué qu'il « n'était pas certain que
les Iraqiens ont fait ce choix ». « Les Iraqiens
doivent avoir le dernier mot dans la manière dont avance le
processus politique et constitutionnel », a-t-il souligné.
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