Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Le monde en bref

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde
en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Iraq . Sur fond de violence et d'insécurité grandissantes, l'administrateur civil américain Paul Bremer a lancé le processus d'élaboration de la loi fondamentale qui devra régir le pays jusqu'au vote de la Constitution prévu pour la fin 2005.
L'insécurité gagne du terrain

Les jours se suivent et se ressemblent en Iraq. Et la violence se poursuit sans relâche contre les forces d'occupation américaine mais aussi contre des cibles non américaines. Ainsi, une nouvelle attaque a visé lundi un convoi américain sur un pont de la capitale, sans faire de blessé, selon un commandant de la police iraqienne, Ali Amid. « Une RPG a été tirée contre un convoi sur le pont Al-Chaab et un véhicule a été légèrement touché », a-t-il affirmé en indiquant qu'à son avis, il n'y avait pas eu de victime. L'armée américaine a fait état de l'explosion d'une charge au passage d'un convoi à Bagdad sans pouvoir préciser s'il s'agissait de la même attaque.

D'autre part, un soldat américain a été blessé lundi dans une attaque contre un convoi à Mossoul, dans le nord, et trois autres tués dimanche. L'un d'entre eux a été tué par l'explosion d'un engin au passage de son véhicule à Baaqouba (60 km au nord de Bagdad). Les deux autres ont été tués à Mossoul (360 km au nord-est de la capitale). Deux témoins ont affirmé qu'ils avaient été égorgés par des assaillants qui les avaient préalablement attaqués au fusil mitrailleur, ce que l'armée a refusé de confirmer, indiquant simplement qu'une enquête était en cours.

Depuis l'annonce officielle de la fin des opérations militaires majeures en Iraq, le 1er mai, 109 soldats américains ont été tués hors des opérations de combat dans ce pays. Depuis cette même date, 183 autres soldats américains ont perdu la vie lors de combats. Dans le nord de l'Iraq, les infrastructures pétrolières ont une nouvelle fois été la cible d'un sabotage. La Compagnie pétrolière du Nord (NOC) a indiqué dimanche qu'un important gazoduc avait été endommagé par une explosion d'origine criminelle qui a provoqué un énorme incendie près de Kirkouk. Dans un nouveau revers à sa volonté de normalisation, la coalition avait annoncé dimanche avoir décidé de suspendre les vols civils à l'aéroport de Bagdad après le tir d'un missile qui a touché un Airbus cargo de la compagnie allemande DHL samedi.

Des objectifs non américains deviennent de plus en plus des cibles privilégiées de la résistance iraqienne qui entend ainsi mettre dans l'embarras les forces d'occupation et leur corollaire, le Conseil de gouvernement provisoire, incapables de rétablir la sécurité et la stabilité au peuple iraqien. Ainsi, policiers, partis politiques, institutions publiques, hôtels et civils font l'objet d’attaques des opposants à la coalition. Au moins 18 Iraqiens, en majorité des policiers, ont été tués et 53 autres blessés samedi lors d'un double attentat suicide à la voiture piégée à Khan Bani Saad et Baaqouba. Les nouvelles forces de sécurité iraqiennes qui occupent de plus en plus le terrain dans tout le pays se retrouvent en première ligne.


Les civils de plus en plus visés

Les attentats de samedi s'ajoutent à la longue liste d'attentats ou de tentatives d'attentats contre ceux accusés de coopérer avec les forces d'occupation. L'organisation Human Right Watch dressait samedi ce constat en soulignant que « les opposants armés à l'occupation dirigée par les Etats-Unis visent de plus en plus des civils considérés comme des coopérants avec la coalition ». Vendredi, à Bagdad, les hôtels Palestine et Sheraton, qui abritent journalistes et coopérants civils, ainsi que le complexe du ministère du Pétrole étaient visés par des roquettes. Qualifié « de militairement insignifiant » par un officier américain, seul un civil américain a été sérieusement blessé, l'impact psychologique d'opérations qui utilisent des carrioles tirées par des ânes pour tromper la vigilance des forces de sécurité, n'en est pas moins déterminant. Un bout de papier contenant un avertissement a été trouvé dans l'une des carrioles : « Ne travaillez pas avec les envahisseurs jusqu'à la libération de l'Iraq. A toutes les forces, sortez de notre pays », y était-il écrit. « Ils essaient de nous saper le moral et de faire la Une de l'actualité », notait le général Mark Kimmit. Jeudi à Kirkouk (nord), un attentat à la voiture piégée avait fait cinq morts. Mercredi, c'était à Ramadi (ouest). Dans le premier cas, la cible était les bureaux de partis kurdes : le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK), représentés au Conseil de gouvernement transitoire. Dans le deuxième qui a fait deux morts, cheikh Amer Abdel Jabbar Ali Souleimane, le chef de l'une des plus importantes tribus de la province, qui entretient de bonnes relations avec la coalition, était visé.

Après les attentats meurtriers contre l'ambassade de Jordanie, les bureaux des Nations-Unies, ceux du CICR et la caserne des carabiniers de Nassiriyah, le réseau Al-Qaëda d’Ossama bin Laden est à nouveau accusé. Un général américain s'est dit convaincu qu'il y avait une relation entre la guérilla et les kamikazes, alors que les Américains mettent en garde depuis plusieurs semaines contre l'infiltration d'éléments étrangers en Iraq.

Les attaques contre des objectifs économiques, comme les attentats contre les oléoducs privant Bagdad d'électricité, et samedi le tir d'un missile contre un avion de transport civil au décollage de Bagdad renforcent le sentiment d'insécurité. Faire le vide autour des forces américaines et dissuader les étrangers de venir en Iraq restent un objectif des forces anti-coalition. La compagnie jordanienne Royal Wings a annulé ses vols quasi quotidiens pour Bagdad alors que le Japon a repoussé sa participation à la reconstruction de l'Iraq. La Thaïlande a de son côté décidé, vendredi, de surseoir à l'envoi d'une mission pour évaluer la sécurité de ses 400 hommes sur place, et la première mission commerciale espagnole prévue en Iraq depuis la guerre a renoncé à son voyage.

Les attaques quotidiennes ne semblent pourtant pas avoir entamé la volonté des Etats-Unis de rester en Iraq pour parachever les objectifs qu'ils s'étaient fixés. Ainsi, un responsable militaire de la coalition, le général Peter Pace, a déclaré dimanche à Tikrit (180 km au nord de Bagdad) que les troupes de la coalition dirigée par les Etats-Unis vont rester en Iraq aussi longtemps que nécessaire pour rétablir la stabilité. La coalition, a-t-il dit, « s'est engagée à assurer un environnement stable dans lequel le peuple iraqien peut rédiger sa loi fondamentale, élaborer sa Constitution et tenir ses élections ».

Dimanche, l'administrateur civil américain de l'Iraq, Paul Bremer, a lancé le processus de mise au point de la loi fondamentale qui devra régir le pays jusqu'au vote de la Constitution, prévu pour la fin 2005. La « loi fondamentale » sur l'administration de l'Etat pendant la période transitoire et fixant notamment les procédures de l'élection de l'assemblée transitoire doit être adoptée d'ici au 28 février 2004, dans le cadre du calendrier de transfert des pouvoirs aux Iraqiens, mis au point par M. Bremer et le gouvernement transitoire.

Hicham Mourad

Retour au sommaire
Moscou rebouté

La coalition dirigée par les Etats-Unis et le Conseil de gouvernement transitoire iraqien ont accueilli fraîchement la proposition russe de tenir une conférence internationale sur l'Iraq. « L'important est que le Conseil de gouvernement et la coalition se sont mis d'accord sur un calendrier pour le transfert du pouvoir total aux Iraqiens. Cela respecte les exigences de la résolution 1 511 du Conseil de sécurité », a déclaré dimanche le porte-parole de la coalition, Charles Heatly. « Nous avons un accord entre le Conseil de gouvernement et la coalition et nous allons le respecter », a pour sa part indiqué le ministre iraqien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, lors d'une conférence de presse. « Il n'y a aucune décision pour rejeter ou approuver la proposition russe ». « Celui qui veut proposer une conférence sur l'Iraq ne peut pas éviter le Conseil de gouvernement. Or, la France et la Russie ne le reconnaissent pas », a indiqué de son côté un membre de cette instance, Mahmoud Osmane, ajoutant : « Ils auraient dû au moins prendre notre avis ».

La Russie a proposé mercredi l'organisation d'une conférence internationale sur l'Iraq sous l'égide de l'Onu pour « élaborer un plan de paix qui serait examiné devant le Conseil de sécurité ». Le chef de la diplomatie russe, Igor Ivanov, a rappelé l'exemple de la conférence sur l'Afghanistan organisée à Bonn et proposé une conférence similaire « à laquelle pourraient participer les représentants de la société et des milieux politiques iraqiens » et ceux des « Etats voisins ».

La France a « salué » cette proposition, mais s'est gardée de la reprendre à son compte. Avec l'Allemagne et la Chine, qui avec la Russie conduisent au Conseil de sécurité l'opposition à l'occupation de l'Iraq, elle a réaffirmé que l'Onu devait jouer le rôle principal dans le retour, le plus vite possible, de la souveraineté iraqienne. « Nous voulons une position unifiée de la communauté internationale. Si deux pays avancent une idée et les autres une idée différente, cela ne sert pas nos intérêts », a estimé le responsable iraqien. « Nous préférons que les membres du Conseil de sécurité se mettent d'accord pour soutenir le calendrier du transfert du pouvoir », a-t-il dit, en référence à l'accord signé le 15 novembre entre le Conseil de gouvernement et la coalition prévoyant le transfert du pouvoir aux Iraqiens à la mi-2004 et l'élection d'une Assemblée constituante d'ici fin 2005.

Le Conseil de gouvernement appelle de ses vœux un rôle plus important de l'Onu en Iraq et a demandé le vote d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour avaliser ce calendrier. Mais Washington n'a toujours pas pris de décision à ce sujet. « Nous sommes étonnés par la proposition russe. Nous ne pouvons pas revenir au point de départ, car nous avons bien avancé sur le plan politique et nous avons un programme pour les mois à venir », a affirmé de son côté Younnadam Kanna, membre du Conseil de gouvernement. « Nos frères russes ignorent tout ce qu'on a déjà fait et cela est une erreur », a-t-il estimé. « Ils auraient dû nous en parler avant de le proposer ». « Je ne pense donc pas que le Conseil de gouvernement va examiner cette idée », a-t-il conclu.

Adel Abdel-Mahdi, le représentant d’Abdel-Aziz Al-Hakim au Conseil de gouvernement en son absence, a assuré que cette instance n'avait pas été informée par la Russie des buts de cette conférence. « S'il s'agit d'une conférence pour annoncer un soutien international au peuple iraqien, c'est bien. Mais s'il s'agit d'une réunion pour examiner des solutions à la question iraqienne, il faut que nous soyons informés des détails », a-t-il poursuivi. Même le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, s'est montré prudent sur la proposition russe. Il a indiqué qu'il « n'était pas certain que les Iraqiens ont fait ce choix ». « Les Iraqiens doivent avoir le dernier mot dans la manière dont avance le processus politique et constitutionnel », a-t-il souligné.

 
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631