| Ebranlée
par une série d'attentats terroristes, la Turquie semble désormais
dans le collimateur d'Al-Qaëda, qui lui fait payer
ses liens privilégiés avec la coalition américano-britannique
qui mène la guerre contre l'Iraq. Les deux attaques anti-britanniques
sur le sol turc, perpétrées jeudi dernier, marquent l'acharnement
des terroristes envers ce pays, déjà touché la semaine précédente.
L'ensemble de ces actes terroristes a fait au moins 52 morts
et près de 750 blessés, alors que Londres et Washington évoquent
la possibilité de nouvelles attaques en Turquie et à l'étranger.
L'enquête
sur ces attentats progresse et s'est déjà soldée par plusieurs
arrestations. La police turque a interpellé 18 personnes après
ces derniers attentats qui ont fait 27 morts, tandis que des
milliers de Turcs manifestaient samedi dans plusieurs grandes
villes à la suite de la vague d'attaques suicides. Les personnes
soupçonnées d'implication dans les attentats contre le consulat
général britannique et le siège de la banque britannique HSBC
à Istanbul ont été appréhendées par la police antiterroriste
lors de descentes « successives » dans trois
quartiers de la rive asiatique de la métropole.
Les
deux séries d'attentats ont été revendiquées par le réseau Al-Qaëda
d'Ossama Bin Laden ainsi que par un groupe islamiste extrémiste
turc, le Front islamique des combattants du Grand Orient (IBDA-C).
Aucune de ces revendications n'a été formellement authentifiée,
même si les experts s'accordent à penser que ces attaques portent
la marque d'Al-Qaëda. La revendication par Al-Qaëda
a été envoyée dans un message électronique qui lui est attribué
par l'hebdomadaire saoudien Al-Majallah.
Cependant,
le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a avoué dimanche
ne « pas être sûr à 100 % » de l'implication
d'Al-Qaëda dans les attentats à Istanbul, même « s'il
est évident qu'ils ont un motif religieux ». « Ces
attentats sont-ils le fait du conglomérat Al-Qaëda, de
ce holding, ou est-ce le fait d'une autre organisation terroriste,
nous n'en sommes pas encore certains à 100 % »,
a déclaré le premier ministre.
Le
premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a par ailleurs qualifié
de honte pour le pays le fait que les quatre kamikazes responsables
des attentats aient été des Turcs. « Quatre des morts
sont des citoyens terroristes », a-t-il relevé dans
un discours prononcé à l'occasion des funérailles de deux policiers
tués. « Ce sont des gens qui ont des liens avec l'étranger,
qui sont responsables des attentats », a-t-il déclaré.
Les kamikazes, quatre jeunes Turcs âgés d'une vingtaine d'années,
sont tous originaires de Bingol, ville du sud-est kurde déshérité.
Les services de renseignements turcs recensent environ un millier
de Turcs qui ont participé au djihad planétaire, en Bosnie,
Tchétchénie ou Afghanistan, possible vivier de recrutement pour
les réseaux les plus radicaux. « Les auteurs de ces
attentats, comme ceux au Maroc, en Tunisie ou en Indonésie,
ont une conception globale du djihad. Depuis dix ans, on voit
ce genre d'actions d'Al-Qaëda, ce n'est pas un phénomène
spécifique à la Turquie », a indiqué Rusen Cakir, spécialiste
de l'islam politique turc. Le chef de la police d'Istanbul a
accusé la presse d'être responsable de la deuxième vague d'attentats
à la voiture piégée, pour avoir publié de façon irresponsable
des informations sur l'enquête alors que les autorités étaient
« à une heure » d'arrêter les coupables de
la première vague, contre des synagogues.
Dans
le même temps, plusieurs milliers de personnes ont manifesté
sous haute sécurité dans les principales villes de Turquie pour
condamner les attentats, mais aussi pour dénoncer les Etats-Unis,
à l'appel de syndicats et organisations non gouvernementales
de gauche. A Istanbul, théâtre des quatre attaques suicides,
environ 3 000 personnes se sont rassemblées sur la place
centrale de Taksim sous le thème de « la paix contre
la violence et le terrorisme ». De nombreux manifestants
portaient le drapeau turc et scandaient « Non à la guerre,
oui à la paix ! », mais aussi « A bas
l'impérialisme américain ! » et « Non
aux Yankees, pour une mobilisation assez faible ».
La
série d'attentats suicides meurtriers revendiqués par la mouvance
d'Al-Qaëda met à l'épreuve la Turquie, pays musulman,
à l'Etat laïque mais dirigé par un gouvernement aux racines
islamistes. Membre de l'Otan, alliée des Etats-Unis et d'Israël,
candidate à l'Union européenne, la Turquie s'est toujours démarquée
dans le monde musulman par son Etat aux principes strictement
laïques dont le respect est surveillé de près par l'armée. |