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Exposition . A la galerie La Bodega Karim Francis, à Zamalek, quatre peintres dont Mohamad Abla, Hanafi Mahmoud, Hani Rached et Assem Charaf expriment chacun la modernité à sa manière.

Figures turbulentes

Dès le premier contact visuel, les tableaux de Mohamad Abla vous renvoient au chaos cairote. A ces figures fatiguées des gens du peuple dans le tourbillon du quotidien. En regardant ces masses mouvementées sur la toile, on ne peut ne pas écouter le vacarme de la rue ni les cris des marchands ambulants. Ce thème inévitable du désordre bruyant qui ressort de l'œuvre artistique a séduit de nombreux artistes. Mais dans l'œuvre d'Abla, il nous emporte vers de nouveaux horizons, vu les techniques auxquelles il recourt.

L'artiste continue comme toujours à nous surprendre. Démarrant avec l'abstraction, il est passé vers un art figuratif qui tantôt puise dans le bon sens populaire, tantôt s'inspire des motifs pharaoniques, jusqu'à arriver à la photographie. Cette expérience, entamée depuis quelques années, est telle une trouvaille qui permet à l'artiste de jouer avec la photographie. Il s'agit du jeu avec le réel, c'est-à-dire porter le défi de travailler à partir d'une image toute faite, d'une copie conforme pour en faire une œuvre moderne. A travers des photos gardées et accumulées qu'il réutilise dans ses tableaux, il recrée un contexte tout neuf, donne à sa peinture plus de profondeur, à ses personnages une histoire et une vie nouvelles. Pour arriver à cette fin, il se permet tout : marier peinture et photographies, se servir du collage et de l'impression, retoucher les photos et parfois même les repeindre.

Dans de nombreux tableaux, on admire la composition verticale qui plonge la foule entassée dans l'agitation et capte le mouvement continu des passants.

Dans d'autres, il réduit le nombre des personnages, repeint le fond de la toile pour les transformer en êtres éparpillés dans l'espace (le désert ? Ou plutôt la mer ?). Serait-ce le rêve d'un monde originel et brut ou une nostalgie d'une époque lointaine ?).

Ce rapport avec la réalité encombrante prend une autre forme chez un peintre tel Assem Charaf. Dans ses tableaux abstraits, on ne reconnaît pas de thème précis. Mais on peut également, en les observant, être sous l'emprise du chaos. Assem Charaf, connu par ses petits tableaux, aux tons terreux, aux formes qui oscillent entre l'humain et le sauvage, s'aventure avec des tableaux aux tailles plus imposantes. Aux formes plus condensées, plus touffues, avec leurs couleurs plus fermes, plus criardes, mêlant de grands espaces noir au bleu et beige ou du marron foncé avec du rouge et du jaune. Et au lieu des formes binaires, fines et enchevêtrées, qui renvoient à une certaine intimité, on est face à des formes massives, plus sévères, qui dérangent.

A l'extrême opposé du désordre bruyant qu'on ressent chez les deux artistes, l'œuvre de Hanafi Mahmoud renvoie à un temps paisible. Des tableaux en monochrome, que ce soit un ton terreux ou des colories (bleu ou vert) assez fades, sur lesquels on décèle des silhouettes, des contours des humains, sans détails, mais qui marquent leur présence dans chaque tableau. Ce serait l'envers du décor, ces êtres en silhouettes rappellent l'après-chaos, l'après-déluge où tout devient terne : aux couleurs unies on a ôté la force de vivre, aux figures on a éliminé tous les détails pour ne laisser que des traces des humains, des silhouettes dans un état ambigu. « Dans des œuvres précédentes, j'étais épris par les couleurs, mais maintenant, je travaille plutôt sur le noir et blanc et les couleurs fades, un état de non couleur où rien n'est clair. Sans doute cela reflète un tempérament personnel, puisque je n'arrivais pas à entamer les couleurs que j'appréciais auparavant, mais aussi un tempérament plus généralisé de dérèglement ».

Quant à Hani Rached, il s'évade d'un réel pesant pour créer un univers parallèle, quasiment puéril. Ainsi dans sa dernière exposition, il s'était attardé sur les insectes, il les agrandissait, les mettait au devant de la toile et créait à partir des simples créatures anodines un phénomène. Ici, il se lance dans un univers fantastique, se cantonne dans des traits qui ressemblent à de la BD et dessine des personnages qui nous rappellent les contes pour enfants. Contrarié par la cohue du réel, il aime récupérer dans ses tableaux les valeurs innocentes, consacrer un espace au rêve.

 
Dina Kabil

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