Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Cinéma . Le critique Rafiq Al-Sabbane opère un chassé-croisé entre cinéma et télévision, passant en revue les films de la fête et les feuilletons télé ramadanesques. Le bras de fer entre ces deux médias, bien loin d'aboutir, reflète l'image d'un cinéma en crise.
De bataille en bataille

A peine le cinéma avait-il mis fin à la compétition acharnée avec la télévision durant le Ramadan qu'il s'est trouvé contraint d'entamer une autre course avec son propre public à l'occasion de la fête. Déjà toutes les salles de cinéma étaient fermées tout au long du Ramadan, sachant qu'elles ne pouvaient aucunement faire face au déluge des feuilletons télé. Non seulement le cinéma en crise devait assumer sa défaite devant le petit écran, mais aussi il devait se plier devant la réalité que ses propres réalisateurs l'ont abandonné pour tourner à la télévision.

Mohamad Khan, surnommé « le poète des lieux » tant il excelle à faire sortir l'âme et la beauté des sites de tournage, a signé cette année les célèbres devinettes du Ramadan. Il y a mis de côté son style dramatique certain pour arborer un autre genre avec un casting n'allant pas de pair avec la nature des devinettes. Celles-ci ont ainsi marqué la chute d'un cavalier du cinéma.

Khaïri Bichara, ayant d'antan constitué avec Mohamad Khan et Atef Al-Tayeb le trio d'or ou les trois mousquetaires du grand écran, a lui aussi opté pour la télévision, avec le feuilleton Massalet mabdaa (Question de principe). Or, lui qui a auparavant disséqué les bas-fonds de la Haute-Egypte à travers des films comme Al-Toq wal-eswéra (Le Bracelet et le collier) n'a pas apporté d'ajout dans ce feuilleton. Il a paru dispersé, ne sachant trop quoi faire avec les trois caméras de télévision. Et s'est trahi en quelque sorte.

Ali Abdel-Khaleq, Nader Galal et Adel Al-Aassar sont trois autres réalisateurs du grand écran qui ont préféré le succès momentané de la télévision. Le premier avait toujours choisi de s'attaquer aux fléaux sociaux, le deuxième a tourné quelque trente films au rythme haletant et le troisième a jusqu'ici réussi le genre commercial à grande popularité.

Après avoir mis en scène, il y a deux ans, le dernier feuilleton en date joué par la star légendaire Faten Hamama, Wagh al-qamar (La Face de la lune), Adel Al-Aassar a misé cette année sur la participation d'une autre vedette : Nabila Ebeid, personnage principal de son nouveau feuilleton, Al-Amma Nour (Tante Nour). Or, cette dernière, très différente de Faten Hamama laquelle est très minutieuse dans ses choix, n'a pas su trouver le scénario qui lui fallait afin de conquérir les téléspectateurs. Le choix d'un scénario aussi direct et didactique a étouffé dans l'œuf toute sorte de créativité. Et étant donné qu'Al-Aassar est parmi ceux qui sont généralement obnubilés par le texte écrit et par leurs comédiens, il a facilement coulé. Il ne s'est cramponné à aucune bouée de sauvetage, effectivement.

Par contre, Ali Abdel-Khaleq s'est avéré plus alerte, en dépit du sujet traditionnel dans le feuilleton Al-Embrator (L'Empereur), avec des héros qui n'hésitent pas à gravir les échelons sociaux. Il en est de même pour Nader Galal dans Kafr Askar (Le Bourg d'Askar) qui a réussi à sortir plus au moins indemne, surmontant de par son expérience la banalité du sujet.


La victoire du petit écran

Ainsi, cinq réalisateurs en tout et pour tout se sont tournés vers la télévision et ont perdu notamment face à leurs homologues assez rodés, du champ télévisuel. Citons-en à titre d'exemple Rabab Hussein dans Al-Leil wa akhroh (Le Bout de la nuit), Mohamad Al-Noqali dans Had al-seqqine (La lame du couteau) et Sami Mohamad Ali dans Taala nehlam bi bokra (Rêvons de demain). Ceci dit les réalisateurs du grand écran ont constitué en quelque sorte des offrandes à la télévision. De plus, toute une veine de vedettes cinématographiques ont joué ce Ramadan dans des feuilletons télé dont entre autres Hussein Fahmi, Elham Chahine, Yousra et Leïla Eloui, toutes boudées par le cinéma qui leur a préféré d'autres jeunes stars, ont voulu tenir le bâton par son milieu ne trouvant pas d'autre alternative.

La bataille donc entre cinéma et télévision a été marquée par la victoire triomphante de la télévision. Et le cinéma essoufflé devait vite se tourner vers un autre champ de bataille, à savoir la course de la fête, où il est censé affronter une fois de plus son propre public.


Quatre films égyptiens pour l'Aïd

Les fêtes du petit et du grand Baïram ont toujours constitué des moments pic de l'année. Les distributeurs s'arrachent les chances de projeter leurs films durant ces périodes prospères. Car en donnant les films dans plusieurs salles à la fois, ils s'attirent un public spécial avec des familles entières : parents, enfants et adolescents, qui se rendent ensemble au cinéma durant les fêtes. En d'autres termes aussi, ils doivent savoir parfaitement quel genre de films projeter, qui fera tête d'affiche, pour plaire et accumuler les recettes.

Dans cette perspective, on a souvent passé des films joués par Adel Imam, Héneidi ou Alaa Walieddine, qui ont vite fait des box-offices. Mais apparemment, le cinéma à l'ombre de sa crise, a préféré remettre la confrontation avec son propre public jusqu'à la prochaine saison d'été. Bref, ne pas livrer bataille durant la fête. Plusieurs boîtes de production jugent d'ailleurs plus valable d'attendre les trois mois d'été, au lieu de brûler leurs projections durant les 3-4 jours de la fête. Sur ce, elles ont préféré garder les films de stars tels Héneidi, Mohamad Saad, Ahmad Al-Saqqa et Ahmad Helmi pour l'été.

On s'est alors contenté de s'aventurer avec quatre films égyptiens seulement durant la fête. Et les distributeurs de films américains se préparent déjà à présenter leurs productions hollywoodiennes une semaine après la fête, alors qu'auparavant ils devaient attendre plus de cinq semaines.

Sera alors au menu de la fête : Kéda OK (C'est OK), la bande cinématographique d'une pièce comique et musicale qui est restée sur les planches pendant deux ou trois saisons, avec une cohorte de jeunes stars dont Ahmad Al-Saqqa, Mona Zaki, Hani Ramzi et Yasmine Abdel-Aziz. Avec une construction dramatique très limitée. Avec le seul avantage de regrouper plein de jeunes comédiens à succès. Mais notons quand même que lorsque le cinéma américain a présenté des réussites théâtrales comme Voice of music, Cabaret, My Fair Lady ou Evita, il les a adaptées de manière véritablement propre au grand écran. Et a gagné le pari d'attirer aussi bien le public du théâtre que celui du cinéma. De quoi expliquer le succès inégalé des musicals donnés d'abord au théâtre comme Chicago qui a été couronné par plusieurs oscars.

Cependant, le cinéma égyptien qui tente souvent de copier l'exemple hollywoodien n'a pas pu suivre ses traces sur ce plan. Et les pièces projetées sur grand écran s'avèrent souvent fades et superficielles, avec un mouvement restreint des caméras, des coupures injustifiées et un temps réduit pour aller de pair avec la durée de la projection cinématographique. Kéda OK (C'est OK) n'est donc qu'un projet commercial brut étiqueté par erreur en tant que film cinématographique. Sa projection durant la fête ne fait que refléter en effet la crise du cinéma, ne parvenant plus à s'attirer un public.

Le deuxième titre projeté durant la fête est Min awel nazra (A première vue), le premier long métrage du jeune Ihab Lameï lequel se porte également en auteur. Il a choisi d'y collaborer avec la comédienne starlette Mona Zaki et le jeune talentueux Amr Waked qui ne cesse de faire ses preuves. Ce dernier tient pour la deuxième fois un premier rôle, après Deil al-samaka (Queue de poisson) qui n'a pas remporté le succès désiré, bien qu'il y ait très bien joué.

Dans un premier temps, le film avait pour titre Bahebek wa awez atgawézek (Je T'aime et veux t'épouser), ensuite il a été changé pour Min awel nazra (A première vue). C'est l'histoire d'un coiffeur qui au lieu de coiffer une mariée le jour de ses noces il tombe amoureux d'elle. Ensemble, ils décident de prendre le large, faisant fi au scandale et aux mœurs. L'intrigue est simple, comique et pas très nouvelle car déjà vue dans des films d'AnouWagdi ou Clark Gable. Mais les dialogues sont piquants et le rythme maintenu. Mona Zaki est très convaincante, bien que sur plusieurs scènes on pouvait très bien voir qu'elle était enceinte. Et Amr Waked s'est bien défendu, moyennant de toutes ses armes. Bref, le film a toutes les qualités d'un film de fête, représentant une comédie amusante sans vulgarité. Marquera-t-il un point auprès du public ? Amr Waked pourra-t-il se confirmer ? Les recettes en diront long.

Bahébak wana kamane (Je T'aime, moi aussi) de Mohamad Al-Naggar, avec Moustapha Qamar et Somaya Al-Khachab, est le troisième film de la fête. Il était programmé pour l'été mais les producteurs ont considéré qu'il avait plus de chance durant la fête, étant donné qu'il sera l'unique en son genre. Une manière de miser sur la popularité du chanteur qui y tient le beau rôle.

Moustapha Qamar après le succès de sa première expérience cinématographique aux côtés d'Ahmad Zaki dans Al-Batal (Le Champion), s'est perdu en route. Le chanteur a participé ultérieurement à des films dits jeunes dénudés de tout sens. Il s'agissait de compilation d'effets comiques tournés sur des sites merveilleux, où Moustapha Qamar faisait valoir ses talents de chanteur laissant de côté le jeu du comédien. Contrairement à des stars de la chanson comme Franck Sinatra ou Abdel-Halim Hafez, il était hanté par l'idée que les gens viennent regarder le chanteur adulé plus que découvrir un acteur qui lui reste encore beaucoup à faire. Partant de cette idée, ses films étaient en dégradation, rien qu'un passe-temps disséminé de chansons à paraître dans son prochain album.

Le quatrième film est celui d'Alaa Karim, Awel marra téheb ya qalbi (Amoureux pour la première fois) écrit par Magda Khaïrallah qui s'inspire de faits réels. D'ailleurs, le fait qu'il puise ses événements dans la vie d'une comédienne célèbre rendait difficile la tâche de lui trouver une héroïne. Et finalement c'était à la comédienne Jala Fahmi d'assurer cette tâche ardue. Karim a réussi à garder la cadence à l'aide d'une technique parfaitement maîtrisée. Et Jala Fahmi a trouvé dans le premier rôle féminin une merveilleuse occasion de se révéler.

Le film raconte la relation qu'a eue une actrice célèbre — sous l'effet de la drogue — avec un jeune officier et les conséquences qui en découlent. L'officier ne parvenant pas à croire qu'il vient de faire l'amour à sa star préférée lui fait du chantage et veut à tout prix poursuivre la relation. Tandis que la comédienne commence par nier toute l'affaire, ensuite fait marche arrière en découvrant sa grossesse.

Bien que les faits soutenus par l'officier soient un peu rocambolesques, on se retrouve face à un conte inversé de Cendrillon, très bien tissé grâce à l'écriture de Magda Khaïrallah.

Peut-être ce film est le seul à sortir des carcans des films de fête mais il est susceptible de plaire en concrétisant les rêves des gens simples, caressant leurs aspirations. De quoi pouvoir lui attribuer un caractère populaire, à même de redorer le blason du cinéma bafoué durant le Ramadan comme à maintes autres reprises.

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631