Les
fêtes du petit et du grand Baïram ont toujours constitué
des moments pic de l'année. Les distributeurs s'arrachent les
chances de projeter leurs films durant ces périodes prospères.
Car en donnant les films dans plusieurs salles à la fois, ils
s'attirent un public spécial avec des familles entières :
parents, enfants et adolescents, qui se rendent ensemble au
cinéma durant les fêtes. En d'autres termes aussi, ils doivent
savoir parfaitement quel genre de films projeter, qui fera tête
d'affiche, pour plaire et accumuler les recettes.
Dans
cette perspective, on a souvent passé des films joués par Adel
Imam, Héneidi ou Alaa Walieddine, qui ont vite fait des box-offices.
Mais apparemment, le cinéma à l'ombre de sa crise, a préféré
remettre la confrontation avec son propre public jusqu'à la
prochaine saison d'été. Bref, ne pas livrer bataille durant
la fête. Plusieurs boîtes de production jugent d'ailleurs plus
valable d'attendre les trois mois d'été, au lieu de brûler leurs
projections durant les 3-4 jours de la fête. Sur ce, elles ont
préféré garder les films de stars tels Héneidi, Mohamad Saad,
Ahmad Al-Saqqa et Ahmad Helmi pour l'été.
On
s'est alors contenté de s'aventurer avec quatre films égyptiens
seulement durant la fête. Et les distributeurs de films américains
se préparent déjà à présenter leurs productions hollywoodiennes
une semaine après la fête, alors qu'auparavant ils devaient
attendre plus de cinq semaines.
Sera
alors au menu de la fête : Kéda OK (C'est OK), la
bande cinématographique d'une pièce comique et musicale qui
est restée sur les planches pendant deux ou trois saisons, avec
une cohorte de jeunes stars dont Ahmad Al-Saqqa, Mona Zaki,
Hani Ramzi et Yasmine Abdel-Aziz. Avec une construction dramatique
très limitée. Avec le seul avantage de regrouper plein de jeunes
comédiens à succès. Mais notons quand même que lorsque le cinéma
américain a présenté des réussites théâtrales comme Voice
of music, Cabaret, My Fair Lady ou Evita,
il les a adaptées de manière véritablement propre au grand écran.
Et a gagné le pari d'attirer aussi bien le public du théâtre
que celui du cinéma. De quoi expliquer le succès inégalé des
musicals donnés d'abord au théâtre comme Chicago qui
a été couronné par plusieurs oscars.
Cependant,
le cinéma égyptien qui tente souvent de copier l'exemple hollywoodien
n'a pas pu suivre ses traces sur ce plan. Et les pièces projetées
sur grand écran s'avèrent souvent fades et superficielles, avec
un mouvement restreint des caméras, des coupures injustifiées
et un temps réduit pour aller de pair avec la durée de la projection
cinématographique. Kéda OK (C'est OK) n'est donc qu'un
projet commercial brut étiqueté par erreur en tant que film
cinématographique. Sa projection durant la fête ne fait que
refléter en effet la crise du cinéma, ne parvenant plus à s'attirer
un public.
Le
deuxième titre projeté durant la fête est Min awel nazra
(A première vue), le premier long métrage du jeune Ihab Lameï
lequel se porte également en auteur. Il a choisi d'y collaborer
avec la comédienne starlette Mona Zaki et le jeune talentueux
Amr Waked qui ne cesse de faire ses preuves. Ce dernier tient
pour la deuxième fois un premier rôle, après Deil al-samaka
(Queue de poisson) qui n'a pas remporté le succès désiré, bien
qu'il y ait très bien joué.
Dans
un premier temps, le film avait pour titre Bahebek wa awez
atgawézek (Je T'aime et veux t'épouser), ensuite il a été
changé pour Min awel nazra (A première vue). C'est l'histoire
d'un coiffeur qui au lieu de coiffer une mariée le jour de ses
noces il tombe amoureux d'elle. Ensemble, ils décident de prendre
le large, faisant fi au scandale et aux mœurs. L'intrigue est
simple, comique et pas très nouvelle car déjà vue dans des films
d'AnouWagdi ou Clark Gable. Mais les dialogues sont piquants
et le rythme maintenu. Mona Zaki est très convaincante, bien
que sur plusieurs scènes on pouvait très bien voir qu'elle était
enceinte. Et Amr Waked s'est bien défendu, moyennant de toutes
ses armes. Bref, le film a toutes les qualités d'un film de
fête, représentant une comédie amusante sans vulgarité. Marquera-t-il
un point auprès du public ? Amr Waked pourra-t-il se confirmer ?
Les recettes en diront long.
Bahébak
wana kamane (Je T'aime, moi aussi) de Mohamad Al-Naggar,
avec Moustapha Qamar et Somaya Al-Khachab, est le troisième
film de la fête. Il était programmé pour l'été mais les producteurs
ont considéré qu'il avait plus de chance durant la fête, étant
donné qu'il sera l'unique en son genre. Une manière de miser
sur la popularité du chanteur qui y tient le beau rôle.
Moustapha
Qamar après le succès de sa première expérience cinématographique
aux côtés d'Ahmad Zaki dans Al-Batal (Le Champion), s'est
perdu en route. Le chanteur a participé ultérieurement à des
films dits jeunes dénudés de tout sens. Il s'agissait de compilation
d'effets comiques tournés sur des sites merveilleux, où Moustapha
Qamar faisait valoir ses talents de chanteur laissant de côté
le jeu du comédien. Contrairement à des stars de la chanson
comme Franck Sinatra ou Abdel-Halim Hafez, il était hanté par
l'idée que les gens viennent regarder le chanteur adulé plus
que découvrir un acteur qui lui reste encore beaucoup à faire.
Partant de cette idée, ses films étaient en dégradation, rien
qu'un passe-temps disséminé de chansons à paraître dans son
prochain album.
Le
quatrième film est celui d'Alaa Karim, Awel marra téheb ya
qalbi (Amoureux pour la première fois) écrit par Magda Khaïrallah
qui s'inspire de faits réels. D'ailleurs, le fait qu'il puise
ses événements dans la vie d'une comédienne célèbre rendait
difficile la tâche de lui trouver une héroïne. Et finalement
c'était à la comédienne Jala Fahmi d'assurer cette tâche ardue.
Karim a réussi à garder la cadence à l'aide d'une technique
parfaitement maîtrisée. Et Jala Fahmi a trouvé dans le premier
rôle féminin une merveilleuse occasion de se révéler.
Le
film raconte la relation qu'a eue une actrice célèbre — sous
l'effet de la drogue — avec un jeune officier et les conséquences
qui en découlent. L'officier ne parvenant pas à croire qu'il
vient de faire l'amour à sa star préférée lui fait du chantage
et veut à tout prix poursuivre la relation. Tandis que la comédienne
commence par nier toute l'affaire, ensuite fait marche arrière
en découvrant sa grossesse.
Bien
que les faits soutenus par l'officier soient un peu rocambolesques,
on se retrouve face à un conte inversé de Cendrillon, très bien
tissé grâce à l'écriture de Magda Khaïrallah.
Peut-être
ce film est le seul à sortir des carcans des films de fête mais
il est susceptible de plaire en concrétisant les rêves des gens
simples, caressant leurs aspirations. De quoi pouvoir lui attribuer
un caractère populaire, à même de redorer le blason du cinéma
bafoué durant le Ramadan comme à maintes autres reprises.
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