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Iraq . Après sept ans d'existence, le programme « pétrole contre nourriture », chargé d'atténuer les effets de l'embargo sur le peuple iraqien, est arrivé à échéance vendredi dernier.
Pétrole, mais sans nourriture

Les Iraqiens continueront à recevoir des rations alimentaires pendant encore au moins un an, même si le programme « pétrole contre nourriture », mis en place en 1996 par l'Onu, a pris fin vendredi dernier. « La ration alimentaire est un filet de sécurité pour les Iraqiens. Nous poursuivrons donc sa distribution en 2004, tout en examinant les moyens de mettre un terme graduellement à ce système », a déclaré jeudi à Bagdad, Fakhri Rachane, directeur général au ministère du Commerce. « Nous ferons en sorte que toute mesure qui sera prise n'ait pas d'impact négatif sur la vie des Iraqiens », a ajouté M. Rachane, dont le ministère aidé de la coalition se chargera de la distribution des rations.

Le programme « pétrole contre nourriture » permettait à l'Iraq de déroger à l'embargo sur les ventes de pétrole pour financer l'importation de nourriture. « Les Iraqiens ne pourront assurer leurs besoins que d'ici quelques années. Arrêter la distribution des rations d'un coup serait mauvais. Il faudra le faire graduellement », a affirmé Chaker Mahmoud Habib, président du plus grand entrepôt alimentaire étatique de Bagdad.

« Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) espère que le système de distribution public restera inchangé jusqu'à la mi-2004 au moins. Toute interruption significative de ce système aura un impact négatif sévère sur l'accès à la nourriture », a prévenu le PAM dans un communiqué. « Malgré la levée des sanctions économiques et une récolte céréalière exceptionnelle, une grande partie de la population compte encore sur les rations alimentaires », a ajouté le texte, précisant que « quelque 55 % de la population est pauvre et que 44 % souffre d'insécurité alimentaire ».

« La carte de rationnement est essentielle pour les pauvres. Si elle disparaît, le peuple disparaît aussi », a estimé Majeda Hannoun Hussein, mère d'une famille de cinq personnes, qui attend de recevoir son colis mensuel dans le quartier d'Al-Mouthanna, à Bagdad. « Le jour où l'Etat arrêtera de nous aider, les prix flamberont car les commerçants comprendront que nous comptons sur eux », ajoute Mayssoun, une fonctionnaire. « Je gagne aujourd'hui 150 dollars par mois, mais sans la ration, ce salaire ne suffirait pas ».

Chaque Iraqien bénéficiant de la carte de rationnement a droit à 3 kg de riz, 2 kg de sucre, 2 kg de féculents, environ un litre d'huile, ainsi qu'à du sucre, du sel, du thé, du savon et des produits détergents. Il paie une somme symbolique de 250 dinars (0,25 cents) pour couvrir les frais de distribution des quatre centres principaux de Bagdad aux agents locaux.

« Nous espérons cependant que l'Etat améliorera la qualité des produits », a lancé Mme Hussein, en montrant au fond d'un sac en plastique un thé poudreux. M. Rachane a affirmé que le ministère comptait améliorer la qualité de la nourriture. « Mais la priorité reste d'examiner les moyens d'arrêter le rationnement car le gouvernement ne peut maintenir ce système indéfiniment ». L'un de ces moyens serait de remplacer la nourriture par une aide financière. « La ration actuelle coûte à l'Etat 15 dollars. Nous pensons verser aux Iraqiens cette somme directement », selon lui.

« Dans ce cas, les prix vont monter en flèche. Maintenant, les Iraqiens paient moins d'un dollar pour leur ration mensuelle. Après, même si on leur donne 10 dollars, cela ne suffira pas car les marchands leur en réclameront 20 », estime M. Habib. Il a cité comme exemple le lait pour enfant, absent de la ration depuis 3 mois. « Son prix est passé dans les commerces de 250 à 3 000 dinars ». « Le jour où le rationnement prendra fin, je transformerai ce lieu en commerce », dit Abou-Mohsen, qui tient depuis 1996 un point de distribution de rations à Bagdad, en embrassant d'un geste ses sacs de riz et de sucre. « Je vendrai alors à celui qui peut payer ».

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