Dans
sa maison au quartier Haram à Guiza, il mène une
vie calme et sereine. Le silence règne dans la maison
et les décors classiques nous dévoilent un côté
de son caractère. Il nous accueille avec un sourire
et nous offre un thé qu'il nous apporte lui-même
avant de commencer à bavarder sur l'écriture, la
télévision, et beaucoup d'autres sujets. Avec le
scénario du feuilleton Al-Leil we akhroh
(Le bout de la nuit), il a eu un nouveau rendez-vous
avec le succès. « Ce feuilleton représente
l'une de mes expériences les plus importantes. Je
veux mettre l'accent sur certaines valeurs importants
dans la société égyptienne, comme le respect de
la famille, mais qui malheureusement ont tendance
à disparaître à cause du rythme de notre vie quotidienne,
c'est pourquoi j'ai eu recours à l'exemple d'une
famille du sud de l'Egypte, où ces valeurs existent
toujours ». Il a passé plus de 6
mois à écrire ce feuilleton, se servant d'un style
dramatique « tout à fait nouveau » :
celui des flashs-back par lesquels tous les événements
sont racontés. « En narrant les événement
à travers un héros qui fait un voyage en train,
j'ai fait de mon mieux pour éviter la confusion
et l'ennui. J'espère avoir réussi ».
Mohamad Galal Abdel-Qawi est connu pour être
une star incontournable du mois sacré. « C'est
vrai, mais j'avoue que j'aimerais diffuser mes œuvres
loin de ce mois sacré, étouffé par les divers genres
de drames et d'émissions qui déconcentrent les téléspectateurs.
Une bonne œuvre peut attirer l'attention même si
elle ne passe pas pendant le Ramadan, ce qui me
pousse à répéter toujours que mes œuvres peuvent
créer leurs propres conditions ramadanesques ! »,
lance-t-il d'un ton de défi.
Pour lui, écrire n'a pas pour but de divertir le
public, mais de discuter et débattre. « Mon
amour pour l'écriture remonte à l'enfance, lorsque
j'écrivais des poèmes ou bien des petits romans
sur des bouts de papier que je considérais comme
mes biens les plus précieux ».
Son
père, modeste commerçant, veillait à encourager
ce don, sans réel espoir de voir son fils devenir
un jour écrivain, ni même un homme cultivé. « J'ai
trouvé quelques livres précieux dans la petite bibliothèque
de mon père. Entre autres : Mille et une
nuits et Al-Ayam (Les Jours) de Taha Hussein,
que je lisais et relisais, fasciné ».
Des lectures qui l'ont aidé à avoir un style d'écriture
simple, mais éloquent, selon son professeur. « Mes
sujets de rédaction me prenaient tout un cahier
pendant mes études primaires, car j'essayais d'y
exprimer toutes mes idées ! Mon professeur
Hassan Al-Médani en souffrait, mais il m'appréciait
et me considérait comme un nouveau Taha Hussein ! ».
Il n'a jamais oublié ce compliment, jusqu'à ce qu'il
ait enfin réussi à réaliser son rêve de voir son
nom près de celui de son idole, Taha Hussein, en
rédigeant le scénario et le dialogue du feuilleton
Adib, basé sur le roman de Taha Hussein ayant
le même titre. « C'était mon premier grand
succès, car le nom de Taha Hussein, ainsi que le
talent du réalisateur Yéhia Al-Alami ont jeté la
lumière sur moi et sur mon don, encore en germe
à cette époque ».
Toutefois,
les débuts d'Abdel-Qawi dataient d'un peu plus tôt,
lorsqu'il est allé, à l'âge de 18 ans, à Dessouq
dans le gouvernorat de Kafr Al-Cheikh pour compléter
ses papiers de service militaire. « J'ai
vu un officier câliner son cheval et le regarder
dans les yeux comme s'ils discutaient ensemble.
Alors, j'ai eu l'idée d'écrire un roman sur la forte
relation entre un homme et son cheval ».
C'est ce premier roman qui a été interprété à l'écran,
après 10 ans, par le comédien Mahmoud Morsi dans
le feuilleton Al-Ragol wal hossan (L'Homme
et le Cheval).
Venant au Caire de son village Chabasse Al-Malh,
il n'avait qu'un seul but : s'exprimer. Il
a cherché à réaliser son but par l'étude de la langue
arabe, puis de la philosophie. Mais il a décidé,
tout en travaillant comme professeur d'arabe, de
faire des études à l'institut des arts du théâtre.
« J'ai joué le rôle d'un portefaix dans
le feuilleton Al-Ghorba (L'Expatriation) que
j'ai écrit et qui a rencontré un grand succès auprès
des téléspectateurs qui répétaient la même phrase
du héros : Harras gay ! (Harras viendra
très prochainement) ». Et de poursuivre :
« Une fois ce feuilleton diffusé à la télévision
et vu par nos voisins au village, mon père a été
porté sur les épaules. C'est là qu'il a saisi, pour
la première fois, que j'avais raison d'aller vivre
au Caire pour réaliser mes rêves qui sont devenus
réalité ». Ce succès l'a encouragé à changer
de but et à renoncer à son rêve d'acteur pour devenir
un écrivain professionnel. Mais le succès a un prix
et Mohamad Galal Abdel-Qawi décide, à partir de
1981, de se consacrer exclusivement à l'écriture
et de ne vivre que par elle.
« Je crois toujours que l'écrivain doit
être fidèle à sa plume et mon travail entravait
ma création. Je rencontrais parfois des problèmes
qui influençaient ma concentration et mon humeur,
c'est pourquoi j'ai décidé de quitter mon travail
en tant que responsable au théâtre de l'Etat et
de refuser toutes les offres avancées par des pays
arabes, pour me consacrer à l'écriture. Et j'en
suis vraiment satisfait ». Par ses feuilletons
à grande audience, il a fondé avec ses collègues
le phénomène de « L'écrivain star ».
« Pour la première fois, les écrivains et
les dramaturges ont commencé à avoir la même célébrité
que les comédiens. C'était au début des années 1980,
avec Ossama Anouar Okacha, Mahfouz Abdel-Rahmane,
Wahid Hamed et moi-même. Ce qui nous a encouragés
à devenir des dramaturges au lieu de demeurer romanciers ».
Malgré
cette renommée, Abdel-Qawi aurait souhaité publier
des romans écrits, seul moyen, selon lui, de garantir
l'éternité à leur auteur. « Je souhaitais
également maîtriser d'autres langues que l'arabe,
pour pouvoir lire les autres littératures, afin
de pouvoir savourer leur beauté et leur richesse.
Ceci m'a causé un grand manque de connaissance que
j'ai essayé de compenser en veillant à ce que mes
trois enfants apprennent l'anglais tout en améliorant
leur connaissance de la langue arabe ».
Mais
il est néanmoins fier de ce qu'il a accompli. Il
a donné à la télévision égyptienne quelques-uns
de ses drames les plus appréciés : Ghawayech,
Awlad Adam (Les enfants d'Adam), Hala
wal darawich (Hala et les derviches), Nisf
Rabie al-akhar (L'autre moitié de Rabie), Al-Mal
wal banoun (L'argent et les enfants) et Hayat
Al-Gohari. Il aime présenter des héros
du peuple, de Haute-Egypte, des personnages porteurs
de principes, sans jamais oublier de donner à ses
œuvres le sens de l'histoire et des causes qui ont
préoccupé l'Egypte. Souvent, il a abordé la défaite
de 1967 et la victoire de 1973. Abdel-Qawi a vécu
cette période délicate et a voulu la faire revivre
dans ses œuvres.
Par
contre, Mohamad Galal Abdel-Qawi refuse d'écrire
pour le théâtre. Et se justifie : « Franchement,
l'état actuel du théâtre en Egypte ne me plaît pas.
J'ai essayé d'écrire à maintes reprises, mais à
chaque fois je n'arrivais pas à continuer, et je
remboursais aux producteurs leur argent, fuyant
le désordre que vit actuellement la scène théâtrale ».
Il ne cache pas également sa crainte que le public
compare ses œuvres pour le théâtre à celles qui
ont réalisé un grand succès à la télévision.
D'autre part, trois films seulement sont toute sa
carrière au cinéma : Al-Awda wal asfour
(Le Retour et l'Oiseau), Al-Mouled et Farès
dahr al-kheil (Chevalier sans brides), marqué
par la maladie et le décès de son réalisateur Atef
Salem. « Dans l'expérience du film Al-Mouled,
j'ai remarqué que le comédien Adel Imam a pris tout
le succès et c'était son droit en tant que star,
alors que je veux toujours être le maître et la
star de mes œuvres, et c'est mon droit puisque je
suis le père légitime et le créateur de ces
œuvres. Maintenant, ce sont les comédiens qui manipulent
toute l'équipe de travail. Je rces caprices. C'est
pourquoi j'ai préféré ne plus écrire pour le cinéma,
au moins dans les conditions actuelles ».
Refusant le fait de choisir les comédiens de ses
œuvres avant d'écrire, Abdel-Qawi avoue que certains
comédiens ont le don de concrétiser ses idées et
ses personnages sur l'écran, tels que Nour Al-Chérif,
Yousra, Elham Chahine et Fadia Abdel-Ghani. « Quant
à Yéhia Al-Fakharani, il a dépassé même mon imagination
dans ce feuilleton Al-Leil we akhroh, comme
dans Nisf Rabie al-akhar. C'est un excellent
comédien ».
Certains
disent qu'il est un dictateur dans son travail.
Ça ne le gêne pas. « J'accepte les
interventions et les conseils de la part des comédiens
ou des réalisateurs, mais je refuse qu'un producteur
ou un réalisateur enlève une seule phrase sans me
demander mon avis ». Après 48 de carrière,
Mohamad Galal Abdel-Qawi est toujours en train d'essayer
de faire mieux. « Je considère toutes mes
œuvres comme des essais ». Dès qu'il termine
l'écriture d'une œuvre, il pense déjà à la suivante.
« L'œuvre qui me satisfait complètement
est un but en mouvement, que je préfère garder ainsi,
car une fois son but réalisé, l'écrivain n'aura
plus d'enthousiasme pour continuer. J'essaye de
garder mon but toujours en mouvement ».
Un but à ne pas réaliser !
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