| L'objectif
de la Fédération égyptienne de natation n'était
que de donner la chance aux moins expérimentés
de participer à la plus importante des compétitions
du continent. Mais en allant aux Jeux africains
2003 qui se sont achevés il y a quinze jours,
Ahmad Salah, 16 ans, a fait des merveilles.
Le plus jeune des nageurs présents à Abuja
y a en effet remporté deux médailles en papillon :
une d'or au 200 mètres (2 m, 2 sec, 91), et
une de bronze au 100 mètres (55 sec, 25).
Sans compter sa 5e place au 50 mètres de la
même nage. « Je ne m'attendais pas
à réaliser de tels résultats lors de ma première
participation à des Jeux africains. Ce rendez-vous
est la compétition la plus importante pour
la natation. Ce qui me rend le plus heureux
c'est d’avoir inscrit un premier record africain
au 200 mètres. Les conditions pour
y arriver n’ont pas été bonnes. Mais j’ai
un courage à toute épreuve », souligne
Ahmad Salah. « La concurrence entre
Egyptiens, Algériens, Tunisiens et bien sûr
Sud-Africains a vraiment été rude »,
ajoute-t-il.
Mais
comment un nageur peut-il donc remporter une
médaille d'or au 200 mètres alors qu’il ne
parvient pas à décrocher ne serait-ce que
la médaille de bronze au 50 mètres ?
Pour Ahmad Salah, la raison est simple :
si un nageur favorise les épreuves longues,
alors pendant l'entraînement il favorisera
le développement de son endurance. Du coup,
pour les courtes distances comme le 50 mètres,
il sera incapable de libérer un concentré
d’énergie en une période de temps réduite.
« Au 200 mètres, il s’agit de faire
durer l’effort. On ne peut pas appliquer la
technique du 50 mètres. Et vice-versa. Mais
le papillon est ma nage de prédilection. C'est
pourquoi j'ai tenu à en disputer toutes les
épreuves », précise Ahmad, enthousiasmé.
Au
Nigeria, les conditions dans lesquelles se
sont déroulées les courses n’ont pas été idéales.
Les épreuves de natation ayant eu lieu en
fin d’après-midi, les moustiques attirés par
la lumière des projecteurs s'en sont donnés
à cœur joie. « Les moustiques n'ont
pas arrêté de nous piquer. C'était difficile
à supporter. Mais je ne me suis pas déconcentré
et j'ai réussi ».
Ahmad
espère qu’après son exploit du Nigeria, la
Fédération égyptienne et le ministère de la
Jeunesse sauront prendre des mesures propices
à encourager les plus jeunes nageurs qui représentent
l'avenir de la discipline. « J’ai
rencontré beaucoup d’obstacles dans la pratique
de ce sport. Mais je pense pouvoir conserver
ce courage qui me caractérise. Je suis capable
de l’impossible, même avec des moyens matériels
réduits », affirme la jeune vedette.
Il
s'entraîne quotidiennement de 6h à 8h et de
16h à 19h. Le matin est consacré exclusivement
à la nage, tandis que dans l'après-midi se
déroulent les séances de musculation et de
course à pied. « Je m'entraîne au
club Ahli dont je suis membre depuis
9 ans. J'apprécie énormément ce club qui sait
respecter les sportifs », affirme-t-il.
Auparavant, il devait payer lui-même ses entraîneurs.
Mais depuis qu’il a intégré la sélection à
l’âge de 14 ans, des entraîneurs de haut niveau
l'on pris en charge. Et pour le faire progresser,
la fédération lui donne chaque année la chance
de participer à des opens internationaux tels
ceux de Genève et d'Allemagne.
La
seule chose qui le tracasse dans son parcours
de jeune nageur concerne la poursuite de ses
études. « Pendant les années de lycée,
je m’absentais souvent et me contentais en
général de passer les examens. On ne me disait
rien parce que j'étais soutenu par le ministère
de la Jeunesse. Aujourd'hui, je suis en première
année de faculté et je risque d’avoir des
problèmes de compréhension si je n’assiste
pas régulièrement aux cours ». A
un certain moment il a pensé arrêter la natation.
Mais il n’a pas pu se résoudre à l’idée de
mettre un trait sur 8 ans d’efforts et de
négliger un talent exceptionnel. Une ambition
qui lui vient de son enfance. C’est depuis
tout petit qu’il rêve d’atteindre un jour
le niveau de Michael Philis, champion olympique
américain de papillon. |