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Enseignement . Une étude réalisée dans les écoles publiques dans deux gouvernorats du Delta a montré que près d'un quart des élèves des cycles primaire et préparatoire étaient incapables d'écrire leurs noms. L'analphabétisme règne jusque dans les salles de classes, notamment dans les zones rurales. Enquête.
Zéro pointé pour la scolarité
Alors que l'année scolaire venait de débuter, un professeur de langue arabe de la quatrième année primaire de l'école publique de Bandar Kafr Al-Dawar, dans le Delta, a voulu tester le niveau de ses élèves. Les résultats ont été stupéfiants. Les 55 élèves de la classe ont obtenu un zéro, et 25 % d'entre eux ont été incapables d'écrire leurs noms. Un choc qui a poussé le professeur à vouloir ouvrir une enquête pour savoir comment ces élèves étaient arrivés jusqu'en quatrième année avec un niveau aussi médiocre. Une enquête qui a, à son tour, dévoilé une autre catastrophe, puisque les élèves en cycle préparatoire dans 180 autres écoles dans ce gouvernorat sont de ce niveau.

Aujourd'hui, l'investigation suit son cours. Un comité comprenant des experts de l'enseignement et des responsables du gouvernorat de Béheira a été formé et aura pour but de trouver une solution pour ces illettrés qui ont malgré tout pu passer toutes les classes du cycle scolaire. Les experts ont proposé des cours d'alphabétisation ainsi qu'un programme intensif de manière à rattraper ce qu'ils ont raté. Un programme qui leur sera offert parallèlement au reste du programme scolaire. Une honte, mais surtout la preuve d'une déficience grave au niveau de l'enseignement public. Comment en sommes-nous arrivés là ? Cela veut-il dire que les écoles publiques sont en train de donner naissance à une génération d'analphabètes ? Si oui, pourquoi donc consacrer tant d'argent pour un système d'enseignement qui ne fonctionne pas ?


Enseignants absents

Le cas de Kafr Al-Dawar est peut-être isolé. Pourtant, l'image n'est pas plus réjouissante dans d'autres écoles publiques d'Egypte. Dans quelques bourgs d'Atfih, Al-Badrachine, des oasis, le niveau des élèves laisse sérieusement à désirer. Une inspectrice des environs de Guiza, à la retraite, estime que la raison principale de ce problème réside dans l'isolement de ces régions. Ce qui n'encourage pas trop les jeunes diplômés des facultés de pédagogie à se faire embaucher là-bas. Résultat : les enseignants qui sont désignés pour travailler dans ces écoles sont souvent absents, ce qui influe bien évidemment sur le niveau des élèves.

Ce manque d'enseignants a été aggravé par la suppression des écoles de formation qui étaient présentes jusqu'à la fin des années 1980 dans tous les villages d'Egypte. Ces écoles, dont les études durent trois ans, acceptaient les villageois qui venaient d'obtenir le bac et qui voulaient travailler en tant que professeurs dans leurs villages. Une expérience réussie. Les professeurs étaient embauchés dans leurs villages natals et étaient aptes à comprendre les besoins des élèves du même milieu. « Ces écoles ont été supprimées car nous avons voulu améliorer le niveau des enseignants dans les cycles primaire et préparatoire. Nous avons donc exigé que ceux-ci soient diplômés des facultés spécialisées. Nous ne pouvons pas permettre à des personnes qui ne sont pas pédagogues d'enseigner aux élèves surtout durant cette période importante du cycle scolaire, qui constitue la base de leurs connaissances dans l'avenir », estime Samir Ibrahim, président de la direction de l'enseignement de base (primaire et préparatoire) au ministère de l’Education. C’est donc par souci de bien faire que les responsables ont décidé de supprimer ces écoles. Cependant, ils ont oublié de créer des alternatives, d'autant plus qu'il n'y a pas de facultés de pédagogie dans plusieurs gouvernorats d'Egypte. Et aujourd'hui, rares sont ceux qui acceptent de travailler dans ces zones lointaines et privées de tout service. Fathi est professeur de sciences dans le village d'Abou-Tig, à Assiout. Seuls 10 kilomètres le séparent de la route Assiout-Sohag. Ce Cairote, qui habite le quartier de Doqqi, ne voit aucune raison d'être affecté dans une telle région, d’autant plus que d'autres collègues diplômés de la faculté d'Assiout peuvent jouer ce rôle mieux que lui. Ce jeune enseignant verse plus de la moitié de son salaire dans le transport et avoue être souvent absent. Selon les statistiques du ministère, le déficit dans le nombre des professeurs atteint dans quelques régions d'Egypte un taux de 50 %. Pour combler ce vide, le ministère a suggéré des cours de rattrapage supplémentaires dans les écoles des zones rurales. Mais, le problème reste le même car s'il n'y a pas d'enseignants pour donner les cours du programme classique, qui dispensera ceux des cours de rattrapage ?

Ce phénomène ne touche pas uniquement les zones lointaines. Les écoles publiques situées dans les grandes villes souffrent également du même problème. Atef est un élève de Kaabich, à Guiza, il est en cinquième primaire. Cette année, son examen de fin d'année sera préparé par le gouvernorat car il s'agit d'une fin de cycle. Pourtant, le jeune élève est perdu, il ne parvient pas à suivre le programme et il n'est pas le seul. Résultat, un tas de livres scolaires et de devoirs qu'il n'arrive pas à assimiler. Il doit réussir dans toutes les matières, y compris l'anglais. Un véritable défi pour lui. « Je ne comprends rien à ce programme, et je n'ai personne qui puisse m'aider ». Ses parents étant analphabètes, Atef n'a personne pour le suivre dans ses études. La simple idée d'étudier ces matières le panique car la plupart sont totalement incompréhensibles. Il lui est encore difficile d'assimiler les règles de la division alors qu'il est supposé comprendre les bases de l'algèbre. Son père, portier, demande timidement de temps en temps l'aide des habitants de l'immeuble. Des consultations passagères qui ne couvrent pas tout le programme. Ses notes sont très faibles. Pourtant, il est très probable qu’Atef réussisse cette année comme c'était le cas les années précédentes. Et ce, non pas parce que son niveau le lui permet, mais parce qu'il n'y a pas de place dans son école pour des élèves qui redoublent.


L'obsession de la quantité au détriment de la qualité

Malgré tout cela, les autorités académiques s'entêtent à dire que 100 % des enfants en âge de scolarisation dans le cycle primaire sont inscrits dans des écoles. L'important pour elles est que le slogan « L'enseignement pour tous » soit à tout prix respecté. Reste à savoir quel enseignement est dispensé. Lors d'une visite-surprise effectuée par le ministre de l'Education dans une école publique de Haute-Egypte, le professeur d'anglais a voulu montrer les talents de ses élèves. En chœur, les 60 élèves et la maîtresse ont répété le mot « people », mais avec un accent très égyptien, donnant « beoble ». Le ministre, surpris, fait remarquer à l'enseignante : « Vous ne trouvez pas que c'est un peu baladi de prononcer le mot ainsi ? », oubliant que c'est aussi le maximum que peut donner l'enseignante, qui n'a pas non plus eu la chance d'étudier cette langue étrangère correctement. Et d'ailleurs, si elle avait eu un meilleur anglais, aurait-elle accepté de percevoir 150 L.E. de salaire mensuel qu'on lui offre ?

Les responsables se sont rendu compte de la médiocrité du niveau des enseignants. Résultat : 1 130 000 enseignants ont suivi des stages et des programmes d'entraînement cette année. Une formation qui est censée leur permettre d'avoir une meilleure compréhension des besoins des élèves des écoles publiques.

Les établissements scolaires ont eux aussi bénéficié d'un programme de soutien. Aujourd'hui, la plupart des écoles d'Egypte sont équipées d'ordinateurs et d’Internet. Des centaines d'écoles sont en cours de construction pour lutter contre les sureffectifs dans les classes. Des initiatives qui porteront leurs fruits à long terme.

En attendant que la situation se débloque, les élèves de l'école publique doivent probablement compter sur leurs propres initiatives pour obtenir le maximum de connaissances. C'est en fait le constat de Gaber, élève en deuxième préparatoire à l'école publique d'Al-Saf. De nature persévérante, avide d'apprentissage, il a réussi à surmonter les obstacles. Il ne compte plus sur ses enseignants pour apprendre. Et ne se sépare plus de ses livres. Il fait ses propres résumés, exercices et analyses de chaque matière, bref il a créé une méthode de travail propre à lui. Une méthode qui semble marcher puisque ses notes sont parmi les meilleures de la classe. Dans sa petite maison, il reçoit ses camarades de classe qui ont des difficultés à comprendre le programme, et les aide. Son rêve est des plus ordinaires : réussir son bac pour rejoindre la faculté de pédagogie et enseigner à son tour dans une école publique. Seules des personnes avec une telle volonté parviendront un jour à transformer l'enseignement public.

Amira Doss

 

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