Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Patrimoine

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Tradition religieuse . La mosquée d'al-imam Al-Chaféï et son mausolée attirent non seulement les disciples de cet imam, les citoyens et les paysans, mais encore les archéologues et les architectes.
Sur les traces d'al-imam Al-Chaféï

« C'est le dernier vendredi du mois du Ramadan, allons prier à la mosquée d'al-imam Al-Chaféï pour prendre la baraka », dit Hagga Amina à sa fille et ses petits-enfants. Hagga Amina a l'habitude d'aller à al-imam Al-Chaféï tous les vendredis du Ramadan. La prière du vendredi finie, beaucoup d'hommes et de femmes et même d'enfants se précipitent à la porte du mausolée d'al-imam et attendent son ouverture. Une fois celle-ci ouverte, tous ces gens prennent la direction du mausolée. Là a été installée une porte de bois pour séparer les femmes des hommes. « Laissez-moi une place s'il vous plaît, donnez-moi l'occasion de voir et toucher le mausolée », crie Hagga Amina aux femmes qui se pressent dans les lieux. Hagga Amina atteint enfin le mur du mausolée après beaucoup de difficulté. Beaucoup de femmes enlèvent leur voile qui couvrent leurs cheveux et le font passer sur les murs du mausolée de l'imam en pleurant. Celles-ci ont l'habitude de passer leurs foulards sur toutes les tombes même si elles n'appartiennent pas à des Awliyaa (hommes pieux). A côté de la tombe de l'imam, il y a trois autres, celles du souverain ayyoubide Al-Kamel et sa mère, la reine Chams, ainsi que la tombe de l'un des amis de l'imam. Ensuite, elles balayent le sol du darih (tombe) avec leur voile en chuchotant des formules religieuses.

« Al-Imam Al-Chaféï est connu pour sa dévotion et son culte répandu en Egypte dès son arrivée sur les rives du Nil en 198 de l'hégire, 814, jusqu'aujourd'hui », explique le cheikh de la mosquée, surtout pendant le mois du Ramadan. Pour lui, beaucoup de citoyens viennent des quatre coins de l'Egypte, notamment le vendredi, afin de prier dans la mosquée de l'imam et visiter sa tombe. Mais, généralement la plupart des visiteurs sont des oulémas qui suivent le rite chaféïte (l'un des 4 rites de l'islam sunnite). Ils viennent non seulement pour prier, mais encore pour donner des leçons aux habitants des alentours qui ont besoin d'approfondir leur connaissance religieuse.

Pour les visiteurs, d'autres centres d'intérêt sont présents outre l'aspect religieux : c'est la beauté architecturale du mausolée et de la coupole qui le surmonte. Abdel-Monsef Salem, spécialiste d'archéologie islamique, relève d'abord la superficie de ce mausolée, qui est 225 mètres carrés. Il s'agit du plus grand non seulement en Egypte, mais aussi au Moyen-Orient. En même temps, la coupole et la mosquée témoignent du grand intérêt accordé à cet imam de la part des souverains et des habitants dès le début de l'époque ayyoubide jusqu'au règne du khédive Tewfiq vers la fin du XIXe siècle.

En effet, après sa mort en 204 de l'hégire, l'imam a été enterré dans une simple tombe qui appartenait aux fils d'Ibn Al-Hakam. Ces derniers étaient des amis à lui chez qui il a vécu dès son arrivée en Egypte en 198 de l'hégire. Auprès de la tombe, ont été édifiés trois mihrabs pour y prier et apprendre aux étudiants le culte chaféïte. Au fil des ans, le nombre des étudiants augmente et la superficie consacrée pour les études est reste telle qu'elle était. Il fallait attendre 371 ans et l'arrivée de Saladin. Celui-ci a restauré et conservé la tombe. Aussi, il l'a annexée d'une école qu'il a appelée Al-Salahiya afin d'unir tous les étudiants. Mais malheureusement cette école a été complètement détruite. Son existence n'est prouvée que par les documents.


Le bois fait son apparition

Quelques années plus tard, la reine Chams, mère du roi ayyoubide Al-Kamel, a bâti une grande coupole en bois au-dessus de la tombe de l'imam. Elle a voulu que tous les deux, elle et son fils, soient enterrés auprès de cet homme vénéré. C'est pourquoi, elle a construit une très grande coupole en bois doré décorée et dont l'architecture était très développée par rapport à son époque. Incrustée de lapis-lazuli, celle-ci est construite sur « deux niveaux liés à une méthode architecturale non connue en Egypte à cette époque », explique le spécialiste. Cette coupole est devenue le modèle des coupoles de plusieurs autres monuments islamiques. « Les mosquées Al-Zaher Beibars et Al-Nasser Mohamad Ibn Qalaoun, le palais de Bachtak ainsi que l'école de Qaïtbay en sont les plus fameux exemples », affirme Abdel-Monsef Salem. Maintenant, au-dessous de la coupole, on peut distinguer quatre tombes : une grande tombe de l'imam entourée de bois incrusté de verre et dont la porte est en bois recouvert de décorations islamiques. A travers le verre, on peut voir le cercueil couvert d'un tissu vert et surmonté d'un turban. Auprès d'elle, une tombe plus petite. Celle-ci appartient à l'un des amis de l'imam. A côté de ces deux tombes, on voit deux autres : l'une, la plus petite, appartient à la reine Chams et l'autre au souverain Al-Kamel. Elles sont fermées à l'aide de portes en bois et dont la décoration est superbe. Autre importance : cette coupole est « la première construite en bois en Egypte », explique le spécialiste. Ce qui augmente sa valeur archéologique. En même temps, cette coupole est surmontée d'un croissant sous forme de bateau. « Cette forme symbolise la fécondité de la science de l'imam Al-Chaféï ». De même, à l'époque, on y mettait des graines pour les pigeons et les oiseaux. « Malheureusement cette habitude a disparu au fil des siècles », déplore le spécialiste.


Une dévotion continue

Par ailleurs, le mausolée renferme des cercueils en bois dont la date remonte à l'époque ayyoubide. Ils témoignent l'art d'une époque dont les monuments de bois ont été complètement détruits. A la fin de cette époque, l'Egypte a vu plusieurs conflits entre les différents Mamelouks et le gouverneur Chawer. Et par conséquent, tous les monuments en bois ont été les premières victimes. D'où vient l'importance des cercueils conservés sous la coupole d'Al-Chaféï.

L'importance de l'imam chez les souverains n'a pas cessé durant les époques mamelouke et ottomane et aussi chez les citoyens. Chacune des deux équipes avait sa méthode d'exprimer cet amour. Par exemple le sultan Qaïtbay a renouvelé le marbre qui couvrait des parties de la coupole et les mihrabs. Aussi, après avoir constaté que les trois mihrabs ne suivent pas la direction de la qibla, l'ingénieur Chamseddine Ibn Al-Zamane a ajouté un quatrième mihrab qui désigne la direction de la qibla. Cependant, lorsqu'on entre à cet endroit consacré à la prière des femmes, la plupart parmi elles suivent la fausse direction.

Et l'une des plus importantes restaurations effectuées en 1196 pendant le règne d'Abdel-Rahmane Katkhoda. Il a restauré les dalles de l'entrée et les a décorées de la mosaïque marocaine à l'instar de l'Alhambra (le palais rouge) en Andalousie.

Quant à la mosquée, elle a été bâtie en 1309 de l'hégire, 1891, par le khédive Tewfiq. C'est-à-dire après la mort de l'imam de plus que 1 000 ans. « Elle a été construite sur les vestiges de l'école Al-Salahiya », affirme l'archéologue. La construction de la mosquée à la fin du XIXe siècle témoigne que l'imam Al-Chaféï captait les esprits des souverains avant les citoyens.

 
Doaa Elhami
Retour au sommaire
Le messager

Il s'appelle Abou-Abdellah Mohamad Ibn Idriss Ibn Osman Naféï Ibn Al-Thaëb Al-Chaféï. Il est né en 150 de l'hégire/717 à Gaza). Ayant perdu son père prématurément, sa mère l'a emmené vers l'âge de deux ans à La Mecque. Là-bas, il a été élevé, instruit et a appris le fiqh (la jurisprudence islamique) et le hadith. A l'âge de vingt ans, il a été à Médine et est devenu l'un des disciples de l'imam Malek. Après la mort de ce dernier en 179 de l'hégire/796, il a été au Yémen. Ensuite, une amitié a été créée entre lui et l'imam hanafite Mohamad Ibn Al-Hassan Al-Chaïbani. Il est venu ensuite, périodiquement en Egypte. Et il a été bien accueilli comme disciple de l'imam Malek. Puis il a été à Bagdad en 195 de l'hégire/810. Là, il a enseigné le fiqh. Enfin, il est retourné en Egypte en 198 de l'hégire/814 et y a vécu jusqu'à sa mort en 204 de l'hégire/820.

Considéré comme le fondateur de la jurisprudence islamique, on peut diviser la vie de l'imam en deux parties essentielles, la première à Bagdad, et la deuxième en Egypte. A Bagdad, il apprenait la jurisprudence islamique aux disciples. Mais ses années les plus fécondes étaient celles de sa vie en Egypte. Il a écrit son livre Al-Réssala, (Le Message) où il expliquait les sources radicales de la jurisprudence islamique. Al-Chaféï préférait utiliser le dialogue comme style dans ses écrits sans mentionner les noms de ses collègues dont les avis sont différents. Un style simple qui a aidé à faire comprendre et répandre son culte en Egypte.

D. E.

 
 
 
 
 
 
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631