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Iraq . En proie à une recrudescence des attaques meurtrières et des pertes humaines, les Etats-Unis ont décidé d'un transfert rapide du pouvoir aux Iraqiens.
Washington change
son fusil d'épaule

Pour la première fois depuis l'arrivée des Américains en Iraq et la chute du régime de Bagdad, les forces de la coalition ont fixé une date pour la fin de l'occupation : le 30 juin 2004. Sauf que cette fin de l'occupation n'en sera pas vraiment une, seul le statut des forces américaines et de leurs alliés changera, puisque ces forces resteront déployées, jusqu'à ce que la sécurité règne dans le pays, selon l'annonce faite par la coalition.

La déclaration, donnée dimanche par un responsable de la coalition, au lendemain de la mort de 17 soldats dans la chute de deux hélicoptères, l'a bien précisé : « il est très important de communiquer le changement » à venir du statut des forces étrangères en Iraq. « L'occupation s'achèvera à la fin du mois de juin de l'an prochain. A partir du 1er juillet, s'il y a des forces étrangères ici (...), elles le seront à l'invitation des Iraqiens », a-t-il déclaré. Le responsable interprétait les termes de l'accord signé samedi par le Conseil de gouvernement transitoire, fixant un calendrier pour aboutir à une Constitution et à des élections au suffrage universel d'ici à décembre 2005. L'accord prévoit la dissolution de l'Autorité provisoire de la coalition (CPA) et du Conseil de gouvernement transitoire fin juin 2004, quand une nouvelle administration iraqienne sera mise en place.

L'administrateur des Etats-Unis en Iraq, Paul Bremer, a lui déclaré dimanche, dans une interview à la chaîne de télévision américaine ABC, que le transfert de pouvoir à un gouvernement iraqien élu en 2004 s'effectuera sur la base d'une Constitution intérimaire inspirée des principes constitutionnels américains et que Washington aidera à rédiger. Les troupes américaines resteront en Iraq après la passation des pouvoirs à une autorité iraqienne élue, « jusqu'à ce que la situation se soit stabilisée », a précisé Bremer, assurant que « la campagne de résistance contre la coalition (...) ne représente pas une menace stratégique » pour les forces de la coalition.

« Le processus politique va continuer et nous ajusterons le niveau de nos troupes en fonction de la situation de la sécurité en Iraq », a pour sa part déclaré le président George W. Bush, en se déclarant satisfait de l'échéancier sur le transfert du pouvoir à Bagdad. Dans un entretien à la BBC diffusé dimanche, le président américain a en outre répété que les Etats-Unis « ne partiraient pas prématurément » d'Iraq en dépit de la multiplication des attaques contre les troupes de la coalition.

Au lendemain de l'annonce du calendrier du transfert de pouvoir, les forces américaines ont fait une démonstration de leur puissance de feu autour de Tikrit, fief de Saddam Hussein. Cette démonstration a été marquée par des tirs de mortier, des déplacements de chars et d'hélicoptères autour du fief de Saddam Hussein et place forte de la résistance contre la coalition, selon un officier américain. D'après le lieutenant-colonel Steven Russell, qui commande le 22e bataillon de la 4e division d'infanterie, il s'agissait bien plus que d'une démonstration de force face à un ennemi qui se cache. Cette démonstration de force intervient également au lendemain de la diffusion d'un message attribué à Saddam qui appelle à la résistance. Dans le message diffusé par la chaîne satellitaire Al-Arabiya basée à Doubaï, le président iraqien déchu affirme que les troupes de la coalition sont dans « l'impasse en Iraq après s'être imaginées qu'elles partaient pour une promenade » en lançant leur offensive. Appelant à combattre les autorités iraqiennes intérimaires, il a indiqué que « celui qui a été installé par les armées étrangères (...) est dans la même situation (que les occupants), qu'il faut combattre, avant même les armées étrangères. C'est un devoir légitime, patriotique et humanitaire ». « Les envahisseurs n'ont d'autre choix que de quitter notre pays, terre de l'arabité et de l'islam », ajoute le message.


Poursuite de la résistance

En réaction, le président américain Georges Bush a déclaré que « c'est de la propagande. Nous ne partirons pas avant que le travail soit fait, c'est clair et simple ». Cette déclaration montre bien que les Américains sont déterminés à rester, bien qu'ils aient fixé la date du 30 juin 2004 pour la fin de l'occupation. De même, la résistance compte bien se poursuivre. D'ailleurs, l'annonce par les Américains de l'accélération du transfert du pouvoir aux Iraqiens n'a pas mis le holà aux attaques contre les forces de la coalition et les Iraqiens qui en sont proches. Le vice-gouverneur de Kirkouk (nord), Ismaïl Ahmad Rajab Al-Hadidi, a indiqué qu'il avait été blessé, ainsi que son chauffeur, dans un attentat dimanche soir. Par ailleurs, au moins 12 attaques ont été menées contre les forces américaines entre samedi et dimanche, selon un porte-parole de la 4e division d'infanterie déployée à Tikrit, fief du président déchu au nord de Bagdad. A Mossoul, à 225 km au nord de la capitale, trois soldats américains ont été blessés par des tirs d'armes automatiques contre leur convoi samedi soir, selon un officier de police iraqien. Un porte-parole militaire a indiqué ne pas avoir d'informations sur une telle attaque.

A la suite de ces attaques, les forces américaines ont tiré dimanche un missile guidé contre un site utilisé par les opposants à la coalition, pour la première fois depuis l'annonce de la fin des opérations militaires majeures en Iraq le 1er mai, a annoncé un porte-parole militaire, sans être en mesure de dire si le tir avait fait des victimes ou de préciser l'étendue des dégâts. Alors que dans la capitale, cinq fortes explosions ont été entendues dimanche soir.

Quant aux deux hélicoptères Blackhawk qui se sont écrasés samedi à Mossoul, dans le nord de l'Iraq, faisant douze morts parmi les soldats américains, Paul Bremer a affirmé qu'ils étaient entrés en collision pour une raison indéterminée. Selon un officier de police iraqien, un des hélicoptères a tenté d'éviter un tir de missile sol-air et a heurté l'autre appareil.

Abir Taleb
Le Conseil iraqien veut une résolution de l'Onu sur l'accord avec les Américains

Le Conseil de gouvernement transitoire iraqien va demander le vote d'une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu sur l'accord conclu samedi avec les Américains sur le transfert des pouvoirs, a indiqué mardi un de ses membres. « Nous allons envoyer une lettre au président du Conseil de sécurité et au secrétaire général de l'Onu (Kofi Annan) pour leur demander le vote d'une nouvelle résolution au Conseil soutenant l'accord et approuvant le calendrier » du transfert des pouvoirs, a déclaré Mahmoud Ali Osmane. M. Osmane est l'un des 12 membres du comité formé la semaine dernière par le Conseil de gouvernement iraqien pour mettre en place d'ici au 15 décembre un calendrier en vue de l'élaboration d'une Constitution et la tenue d'élections législatives, comme le requiert la résolution 1 511 de l'Onu, votée en octobre. « Le comité s'est réuni pour la première fois hier (lundi) », a affirmé M. Osmane. « Comme le calendrier (stipulé par l'accord) est désormais clair, nous allons nous réunir une ou deux fois encore et d'ici une semaine à dix jours, nous enverrons notre lettre à l'Onu », a-t-il précisé.

L'accord prévoit le transfert du pouvoir aux Iraqiens à la mi-2004 et l'élection au suffrage universel d'une assemblée constituante d'ici décembre 2005, sans spécifier de rôle particulier pour l'Onu.

Du côté de l'organisation internationale, M. Annan a indiqué lundi que l'Onu étudierait « très soigneusement » cet accord, avant de décider si elle peut y jouer un rôle. Les Etats-Unis, eux, ont fait part de leur souhait que l'Onu joue un rôle dans leur projet de calendrier accéléré du transfert de la souveraineté aux Iraqiens. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a déclaré lundi s'être entretenu de cette question avec le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan. « J'ai été en contact avec le secrétaire général Annan ces dernières 24 heures pour discuter du rôle que l'Onu pourrait jouer et lui demander comment il entrevoyait la désignation d'un nouveau représentant pour l'Iraq », a expliqué M. Powell. Tout en ajoutant  : « Nous voulons que les Nations-Unies jouent un rôle et cela fait partie de notre plan ».

Le calendrier fixé par l'accord de samedi a été dans l'ensemble accueilli avec « satisfaction » par les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, réunis lundi à Bruxelles. Mais pour le président français Jacques Chirac, « Seul un transfert rapide de la souveraineté au peuple iraqien, et aussi naturellement des responsabilités que cela implique, permettra une solution ».

Le gouvernement saoudien s'est lui aussi félicité de l'accord conclu entre le Conseil de gouvernement transitoire iraqien et les Etats-Unis. « C'est un pas positif sur la bonne voie pour que le peuple iraqien prenne en main son destin et trace son avenir. Il est conforme à la résolution 1 511 du Conseil de sécurité de l'Onu », a indiqué le gouvernement au terme de sa réunion hebdomadaire, tenue lundi soir à La Mecque (ouest), sous la présidence du roi Fahd, selon l'agence.

Tout en espérant que cet accord contribuera à « stabiliser l'Iraq frère et à le sortir de sa crise », le gouvernement exhorte « toutes les composantes du peuple iraqien à unifier leur action dans l'intérêt de leur pays ».

Sur le terrain, deux nouveaux soldats américains ont été tués et deux autres blessés dans deux attaques lundi au nord de Bagdad, alors que les troupes de la coalition poursuivaient leur traque des partisans présumés de Saddam Hussein, notamment à Tikrit, fief du dictateur déchu. Cette opération, Cyclone de lierre 2, engagée dimanche, est une « démonstration de force destinée à impressionner les habitants de la région et prouver que les troupes américaines sont capables de faire usage de toutes sortes d'armes à leur disposition dans leur traque contre les troupes hostiles en Iraq », selon un porte-parole américain. L'armée américaine a indiqué avoir tué six loyalistes de l'ancien régime iraqien et arrêté 99 personnes soupçonnées d'activités hostiles à la coalition au cours des dernières 24 heures.

 

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