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Le directeur de l'Organisation mondiale du commerce, Supatchai Panitchpakdi, de passage au Caire, a assisté aux réunions des ministres du Commerce africains. Il prévoit un retour rapide aux négociations de l'OMC, après l'impasse du sommet de Cancun.
« La croissance des échanges mondiaux
est de plus en plus anémique
 »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous assisté aux rencontres des ministres du Commerce africains, au Caire, les 13 et 14 novembre 2003 ?

Supatchai Panitchpakdi : Nous préparons la réunion qui aura lieu le 15 décembre à Genève. Personne n’est sorti gagnant du sommet de Cancun, à la mi-septembre. Tout le monde a perdu, c’est pourquoi on organise ces réunions pour relancer les négociations. L’Afrique est un groupe important qui peut pousser un peu les choses. J’ai demandé instamment aux pays africains de rester actifs au plus haut niveau, dans le cadre des prochaines négociations, à Genève. La participation accrue de l'Afrique a déjà commencé à porter ses fruits, notamment concernant le dossier du coton, à Cancun. Je persiste à dire que les pays en voie de développement ont besoin du commerce pour sortir de la pauvreté.

La principale contribution que l'OMC peut faire au développement durable est de mener à bonne fin le Cycle du développement de Doha, consacré aux avantages que la population peut tirer de la mondialisation et du commerce international. J’appelle tous les pays du monde à axer leur attention sur le Programme de Doha, actuellement dans une impasse, et à prouver leur volonté de stimuler l'économie mondiale par une libéralisation accrue des échanges et des règles commerciales plus équitables. Et ce, car l'échec du Programme de Doha ferait perdre aux pays en voie de développement une occasion de s'intégrer plus complètement dans l'économie mondiale et de bénéficier de la croissance économique que le commerce peut entraîner.

— Avez-vous présenté aux Africains un projet de compromis ?

— Nous avons abordé presque tous les dossiers touchant au commerce international après Cancun, y compris le dossier agricole et les autres dossiers non agricoles, dits dossiers de Singapour. Je suis sûr que tous les pays seront disposés à être flexibles et pragmatiques pour reprendre à nouveau les négociations qui se dérouleront à Genève le 15 décembre prochain, notamment en ce qui concerne les questions de Singapour.

Pour les pays en voie de développement — pays africains inclus — qui refusent la discussion des dossiers non agricoles, nous pourrons entamer les négociations concernant deux seulement des quatre nouveaux sujets dits « de Singapour », l'accès aux marchés publics et la facilitation des échanges. Les deux autres, l'investissement, thème cher à l'Union européenne et au Japon, et la concurrence, pourront être renvoyés à plus tard.

— Quels sont les moyens dont dispose l’OMC pour faire pression sur les membres en faveur de la reprise des négociations ?

— Il est dans l’intérêt de tous les pays participants de faire des concessions et d'en tirer des contreparties. De « donner » et de « prendre ». Ce n’est donc pas l’OMC qui fait quoi que ce soit vis-à-vis de l’Union Européenne (UE) ou des Etats-Unis. C’est dans l’intérêt de tous de reprendre les discussions. Et je pense que oui, ils le feront. Déjà les Etats-Unis ont fait preuve d'une grande flexibilité lors des réunions de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) tenues à Bangkok. Ils disaient être prêts à poursuivre les négociations. Et quand j’ai parlé avec le commissaire européen, il a dit avoir besoin de quelque temps pour que les Etats membres se consultent entre eux. C’est un large groupe de 15 membres, ils ont donc besoin de plus de temps et je pense qu’on devrait être compréhensifs à ce sujet. Pascal Lamy a également reconnu la nécessité de continuer notre travail de consultation à Genève, et le fait que l’UE ne participe pas ne veut pas dire qu’elle bloque les négociations, pas du tout. Et je pense qu’en temps voulu, quand les membres montreront une approche sérieuse, ils reviendront tous, c’est sûr, car c’est dans l'intérêt de tous.

— Comment évaluez-vous l'échec de la conférence de Cancun ?

— A mon avis, la conférence de Cancun n’a pas échoué. Au contraire, les pays en voie de développement ont réussi à réaliser leur volonté, en imposant l’initiative du coton parrainée par quatre pays africains. Nous avions de multiples dossiers difficiles à discuter à Cancun. Le nombre des pays participants était énorme et les sujets étaient aussi nombreux. Contrairement à ce qui a été publié dans la presse, on a réalisé beaucoup de choses importantes, et même plus que ce qu’on avait déjà fait avant Cancun, sur les dossiers agricole et même industriel. Quant au dossier de Singapour, les pays ont fait preuve d’une certaine flexibilité en ce qui concerne ce sujet.

Je pense que les discussions de Cancun étaient concentrées. En abordant certaines questions, il y avait des pays qui faisaient des remarques assez fortes, dont certaines étaient essentiellement politiques. Il est tout à fait normal que lorsque les ministres entrent dans une discussion économique parfois acharnée, il en résulte par conséquent des débats politiques encore plus acharnés. Mais sur le plan plus restreint des réunions, les pays réussissent parfois à aboutir à des résultats positifs ou à des compromis. Je suis sûr que l'échec du Programme de Doha pour le développement ferait perdre aux pays en voie de développement une occasion de s'intégrer totalement dans l'économie mondiale et de bénéficier de la croissance économique que le commerce peut entraîner.

— Que dites-vous de la stagnation actuelle du commerce international ?

— Je pense que la croissance des échanges est de plus en plus anémique, d'après le rapport de l'OMC intitulé Statistiques du commerce international (2003), ce qui exige la reprise des négociations actuellement enlisées. Sur la base des chiffres du premier semestre 2003 et de la progression des indicateurs précurseurs du troisième trimestre, on obtient une projection de la croissance du commerce mondial de marchandises de 3 %, soit quasiment aucun changement par rapport au chiffre de l'année précédente. Alimenté par une forte demande d'importations dans les pays en voie de développement d'Asie, dans les économies en transition et aux Etats-Unis, le commerce mondial a repris en 2002 après avoir fortement reculé en 2001. Mais la croissance réelle de 3 % ne correspondait qu’à la moitié du taux de l'expansion du commerce dans les années 1990. A cela ajoutons la quasi-stagnation des courants d'échanges au premier semestre 2003. Ce constat diminue les espoirs d'un redressement rapide du commerce mondial. Ce marasme et les perspectives d'une faible expansion des échanges en 2003 renforcent la nécessité déjà urgente pour les gouvernements membres de l'OMC de remettre sur les rails les négociations commerciales mondiales.

— Que pensez-vous de la proposition de créer un nouveau mécanisme pour les négociations, autre que celui basé sur le consensus ?

— Un groupe a été formé pour formuler un rapport et le présenter à l’organisation proposant une solution pour l’avenir. Certaines parties de ce rapport seront discutées avec les différents membres. Mais les discussions seront menées sur le long terme et non pas dans l’immédiat.

Propos recueillis par Dahlia Réda et Réhab Moustafa

 

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