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Arabie saoudite . La lutte contre le terrorisme ébranle l'équilibre des relations américano-saoudiennes, basées sur l'or noir d'un côté, et sur un indispensable soutien politique de l'autre.
Les liaisons dangereuses
Une relation ambivalente, c’est ainsi que l'on décrit les liens qui unissent aujourd'hui l’Arabie saoudite et les Etats-Unis. Liés par un très grand nombre d’intérêts économiques et sécuritaires, ils possèdent pour autant des divergences importantes sur le plan idéologique. Interdépendant sur de nombreux plans, les deux régimes sont condamnés à entretenir des liens, tout en étant tendus. En effet, toutes les administrations depuis Franklin Roosevelt dans les années 1930 ont entretenu des relations étroites avec la famille royale saoudienne, surtout en raison du pétrole détenu par ce pays dont l'économie américaine et les autres pays industrialisés ont besoin. Un quart des réserves mondiales (261,7 milliards de barils) les plus facilement accessibles se trouvent en effet dans le royaume.

Au cours de ces six dernières décennies, Washington a offert son soutien politique au régime en échange de l'accès à son pétrole. Si les Etats-Unis ont diversifié leurs approvisionnements, ils importaient encore 13,46 % de leurs hydrocarbures d'Arabie saoudite en 2002, faisant de Riyad le deuxième fournisseur des Etats-Unis après le Canada (17,09 %) et devant le Venezuela (12,2 %), selon les dernières statistiques officielles. Cette relation avec l'Arabie saoudite s'est fortement compliquée depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis en mettant en lumière certains aspects de la situation politique dans le royaume qui provoquent frustrations et colère au Congrès américain.

« Depuis les événements du 11 septembre, les journaux et autres institutions américaines ont souligné que les causes profondes du terrorisme se trouvent dans le système d’enseignement, dans les médias et dans l'absence de démocratie qui prévaut dans de nombreux pays arabes, notamment en Arabie saoudite. Ce pays ayant été considéré comme la source principale des terroristes qui s’attaquent aux intérêts américains partout dans le monde. Ce qui a fait que des responsables américains ont accusé des responsables saoudiens d’avoir des sympathies vis-à-vis des organisations terroristes surtout avec Al-Qaëda », explique Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et directeur du centre d’études pour le développement. Pour tenter de régler cette situation, les Etats-Unis ont alors proposé qu’il y ait un certain nombre de réformes culturelles au sein du royaume. « Une mission américaine est allée en Arabie saoudite pour examiner les changements qu’il faudrait introduire, du point de vue américain, dans les institutions religieuses, dans les cours de religion des écoles saoudiennes, et même étudier des directives pour les prêches dans les mosquées lors de la prière du vendredi ».


Pressions internes

Mais coincé entre les pressions venant de l’extérieur et la montée en puissance du mécontentement interne dû à la présence des forces militaires installées sur leur territoire, le gouvernement saoudien a préféré prendre des distances à l’égard des politiques américaines dans la région. « Ils ont même demandé aux Américains d’opérer des retraits des troupes américaines de l’Arabie saoudite », ajoute Al-Sayed.

Cela dit, le royaume wahhabite ne peut guère se passer de l'assistance américaine en matière de sécurité. Ce qui ne manque pas de susciter la colère de certains cercles à Washington. Pour le sénateur démocrate Charles Schumer (New York), « la famille royale a passé un pacte avec le diable » en donnant, en échange du soutien pour se maintenir au pouvoir, des centaines de millions de dollars à ce clergé extrémiste qui finance les réseaux terroristes comme Al-Qaëda. En août 2002, plus de 600 familles des victimes du 11 septembre avaient engagé des actions en justice contre plusieurs membres de la famille royale saoudienne et d'autres institutions, réclamant au total 1 000 milliards de dollars.

Les Saoudiens s'étaient alors dit victimes d'une tentative pour s'emparer de leurs avoirs aux Etats-Unis, estimés entre 400 et 600 milliards de dollars, selon des chiffres cités par un rapport publié en septembre par le Congressional Research Service (organisme de recherche du Congrès). Certains Saoudiens avaient même menacé de retirer ces investissements, jetant momentanément un froid sur les marchés américains. Les Etats-Unis ont besoin des placements étrangers pour combler leur énorme déficit des comptes courants qui dépasse les 500 milliards de dollars, a souligné John Lonski, le principal économiste de Moody's, le firme de notation financière.

Toutefois, le pire scénario serait « la prise de pouvoir à Riyad par un régime extrémiste islamiste, comme ce qui s'était passé en Iran à la fin des années 1970 », a-t-il estimé. Etant donné l'influence saoudienne sur les prix du pétrole, « cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur l'économie américaine et mondiale », a encore dit cet économiste. « On a constaté ces derniers temps que d’autres régimes dans les pays du Golfe ont introduit des mesures visant à installer un environnement plus démocratique. Ainsi on a vu émerger au Koweït, une assemblée de la nation élue, et les journaux de ce pays jouissent d’une plus grande liberté d’expression. Il y a également une assemblée élue à Bahreïn, et dans la nouvelle charte de ce pays, il a été promis au peuple de pouvoir désormais exercer pleinement ses droits civils et politiques. Au Qatar, la femme a été autorisée à se présenter aux élections et à participer en tant que votante. La même chose a eu lieu à Oman et au Yémen. Donc il ne reste que l’Arabie saoudite et les Emirats qui n’ont pas pris des mesures pour la démocratisation de leur système politique », affirme Al-Sayed

Mais avec une situation qui ne cesse de gagner en complexité et d’où le gouvernement saoudien aura sûrement beaucoup de mal à sortir, le principal défi pour les Etats-Unis dans leurs relations avec Riyad est de promouvoir des changements démocratiques sans provoquer d'instabilité (...), de manière à garder un accès au pétrole et éviter d'embraser le Proche-Orient. Une alliance délicate et condamnée à être maintenue entre Washington et Riyad.

Randa Achmawi

 

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