| Dimanche
16 novembre, le désastre à Port-Saïd. Un énorme incendie
ravage le marché commercial de la ville, situé dans le
quartier de Hay Al-Arab. Le bilan est lourd : 8 morts
selon le gouvernorat de Port-Saïd (plus de 20 selon les
habitants), 16 maisons détruites, une quarantaine de boutiques
entièrement brûlées et 85 personnes hospitalisées, dont
certaines dans un état grave. Le montant des dégâts s’élève
à 10 millions de L.E. environ.
L’incendie
s’est déclenché aux alentours de 15h. « Nous avons entendu
le bruit d’une explosion assourdissante. Ensuite, nous
avons vu des flammes progresser sur les maisons en bois.
Sous ces maisons, il y avait des boutiques et des entrepôts
de vêtements. L’un des propriétaires de ces boutiques,
Am Bassiouni, marchand âgé, a trouvé la mort après avoir
été entièrement brûlé », raconte l’un des témoins.
Certains
affirment que l’incendie a éclaté à cause d’un court-circuit
dans l’une des boutiques. D’autres assurent qu’il est
dû à l’explosion d’une bonbonne de gaz. Le feu s’est étendu
très rapidement aux habitations en bois et aux magasins
dans quatre rues de ce quartier populaire de Port-Saïd.
La panique s’est emparée des habitants. « Les habitants
ont appelé les pompiers, mais ces derniers ont mis beaucoup
de temps. Certains volontaires se sont donc pressés de
monter dans les maisons pour venir au secours des habitants,
notamment les personnes âgées, les enfants et les femmes
qui préparaient à ce moment-là le repas de l’iftar. Certains
de ces volontaires sont montés par les escaliers mais
ceux-ci fabriqués en bois ont tout de suite pris feu.
D’autres, pour ne pas perdre de temps, ont tenté de parvenir
à l’intérieur des maisons en escaladant les lampadaires
de la rue après avoir coupé le courant électrique », raconte
Abdallah, un des habitants qui a participé aux secours.
L’incendie
a donné lieu à des scènes dramatiques. Les victimes, rattrapées
par les flammes, se sont précipitées sur les toits de
leurs maisons en hurlant. Mais le feu se propageait rapidement.
« Les piliers en bois installés par les commerçants pour
étaler leurs marchandises se sont effondrés. Certains
habitants ont tenté de sauver leur vie en se jetant par
les fenêtres. Les gens dans la rue ont utilisé des couvertures
pour tenter de faire face aux flammes mais en vain »,
ajoute l’un des témoins. « J’ai tout perdu. Ma maison,
ma boutique et des marchandises d’une valeur de 20 000
L.E. que je devais vendre à l’occasion de l’Aïd. Il ne
me reste plus rien », se lamente Waël Attiya, propriétaire
d’une boutique de vêtements importés qui a brûlé entièrement.
Il raconte que les flammes ont tout ravagé : les tissus,
les parfums et les objets en plastique.
Les habitants
se plaignaient de la lenteur des secours. Les trois pompiers
et six ambulances dépêchés pour secourir les victimes
ne sont arrivés sur les lieux du drame que trois quarts
d’heure après le déclenchement de l’incendie. Celui-ci
n’a été maîtrisé qu’aux alentours de 21h30. « Les pompiers
sont arrivés. Ils ont mis du temps pour trouver les piquets
d’incendies. Ensuite, ils ont déployé des tuyaux à eau
pour éteindre les flammes mais les tuyaux étaient troués
(!) et ils n’ont rien pu faire », rapporte l’un des habitants.
Il affirme que les pompiers ont installé une sorte d’ascenseur
pour parvenir aux toits des maisons mais celui-ci est
tombé en panne !! Résultat, les pompiers ont dû demander
des secours de villes voisines comme Ismaïliya. « Ce qui
a gêné l’accès des ambulances et des véhicules de pompiers,
c’est l’exiguïté des ruelles. Les marchands y avaient
installé des marchandises en tous genres », affirme pour
sa part un des officiers de la défense civile. « Les secouristes
sont venus trop tard. Nous avons été obligés de transférer
nous-mêmes les blessés vers les hôpitaux. Parmi les hôpitaux
proches, il y avait deux publics et un privé. Ce dernier
a refusé strictement d’accueillir les blessés. Ce n’est
qu’après des conflits avec les responsables qu’il a accepté
de recevoir un petit nombre de cas qui nécessitent un
traitement et qui sont sortis le lendemain », révèle Al-Sayed,
un des habitants.
L’hôpital
public de Port-Saïd a reçu, lui, une soixantaine de blessés
graves dimanche soir. Selon la direction de l’hôpital,
ils ne sortiront que dans un ou deux mois. « Deux d’entre
eux souffrent de brûlures graves et ont peu de chance
de s’en sortir. 10 % des malades souffrent d’asphyxie
et de troubles divers dus au choc », déclare Amr Abdel-Hafiz,
le médecin de permanence à l’hôpital.
Le gouverneur
de Port-Saïd, Moustapha Kamel, a donné l’ordre aux habitants
d’évacuer toute la zone sinistrée, de crainte que les
maisons brûlées ne s’effondrent. Néanmoins, cette décision
n’a pas empêché certains enfants de pénétrer dans ces
maisons pour les piller.
C’est la
première fois qu’un incendie d’une telle ampleur ravage
Port-Saïd. Toutefois, une autre tragédie avait eu lieu
l’année dernière dans le même quartier presqu’à la même
période, deux semaines avant le petit Baïram. Deux boutiques
avaient été ravagées et une maison démolie. A cette saison,
les commerçants cherchent à obtenir des autorisations
pour installer leurs marchandises un mètre hors de leurs
boutiques. Ils paient 136 L.E. pour un mois. Pourtant,
certains d’entre eux étendent leurs marchandises à plus
de trois mètres en dehors des magasins ce qui fait qu’ils
ferment complètement le passage dans la ruelle. Après
l’incendie de l’année dernière, ces autorisations ont
été retirées. Mais les commerçants ont protesté, arguant
qu’il s’agit de leur gagne-pain. « Nous leur avons donné
l’autorisation mais après s’être assurés qu’ils ont des
certificats attestant que leurs boutiques sont conformes
aux critères de sécurité, notamment la possession d’extincteurs.
Ils ont tous apporté ces certificats. Mais le jour de
l’incendie il s’est avéré qu’aucun commerçant n’avait
d’extincteur », explique Amr Al-Qammach, responsable à
la direction du quartier. En fait, le directeur du quartier
et le président de l’Organisme de la défense civile subissent
actuellement des investigations du Parquet. Le gouverneur
a interdit les installations de marchandises hors des
boutiques dans toute la ville. Les contrevenants auront
une grande amende à payer, ils risquent une peine de prison
et la saisie de leurs marchandises. Les députés de Port-Saïd
entendent présenter une interpellation au gouvernement
pour dénoncer la négligence des responsables. Celle-ci
sera discutée après le petit Baïram.
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