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« Quel
est le prénom du héros de ce film ? », lance
la voix d'un présentateur en demandant aux téléspectateurs
de choisir parmi quatre réponses possibles, et d'appeler
un numéro de téléphone qui commence par 0900. « L'heureux
gagnant se verra proposer 5 000 L.E. ou un voyage »,
poursuit la voix. Il s'agit là de l'une des nombreuses
séquences des jeux téléphoniques diffusés régulièrement
sur les chaînes de télévision locales, souvent sous forme
d'intermède entre deux programmes.
Le principe
de ces jeux est simple. Des sociétés privées ou même des
particuliers louent des lignes téléphoniques à l'Organisme
des télécommunications et s'en servent pour organiser
des jeux, diffusés à la télévision, à la radio, ou dans
la presse à titre de publicité. L'objectif est clair,
il s'agit de faire des bénéfices. Chaque appel est facturé
1,5 L.E. la minute. « Les bénéfices sont partagés
entre la société locatrice, l'Organisme des télécommunications
et l'Union de la radio et de la télévision. Chaque partie
reçoit le tiers des gains », explique le responsable
d'une société qui organise ce genre de jeux téléphoniques.
« Nous organisons ce genre de jeux à la télé et
à la radio. L'objectif est d'attirer le plus grand nombre
d'appels », assure-t-il. Il avoue que les marges
de bénéfice sont très importantes. Elles peuvent s'élever
à plusieurs dizaines de milliers de L.E. « Il
n'y a qu'un seul prix distribué, le reste de l'argent
est du bénéfice net », poursuit-il. Le principe
est de maintenir les personnes le plus longtemps possible
sur la ligne téléphonique afin de réaliser le maximum
de gains.
Très répandus
pendant le mois de Ramadan, ces jeux sont de plus en plus
critiqués. L'ancien mufti de la République, Nasr Farid
Wassel, avait déjà ouvert le débat il y a quelques années
en affirmant que ces jeux étaient illicites. « C'est
une forme déguisée de jeux de hasard prohibés par l'islam »,
avait-il alors déclaré. « Cette pratique est illicite.
Chacun des participants verse une somme d'argent à travers
les appels téléphoniques et un seul rafle la mise. Il
y a une vraie ressemblance avec les jeux de hasard »,
estime aussi le député islamiste Akram Al-Chaër. Mais
ce n'est pas tout. « Ces jeux sont une véritable
arnaque. Le tarif des appels est souvent indiqué en caractères
minuscules ou pas indiqué du tout. Et de nombreux auditeurs,
téléspectateurs ou lecteurs se laissent prendre au jeu »,
déplore le député. Il accuse l'Etat d'escroquer les gens
en cautionnant et en participant à de telles pratiques.
Akram Al-Chaër entend poser une question au gouvernement
au cours de la session parlementaire pour savoir comment
ces sociétés obtiennent leurs autorisations et sur quelles
bases. De son côté, l'Organisme des télécommunications
et l'Union de la radio et de la télévision affirment que
des mesure sont prises pour garantir le sérieux des sociétés
et améliorer le niveau des jeux. « Des conditions
sont posées concernant le choix des questions à poser.
Le ministère des Affaires sociales délivre les autorisations
aux sociétés qui désirent organiser de tels jeux pour
vérifier qu'elles sont honnêtes et que les prix sont réels »,
explique une responsable de l'Union de la radio et de
la télévision, sous couvert d'anonymat. Elle écarte l'idée
d'interdire la diffusion de ces jeux télévisés, car « ils
rapportent des gains importants à la télévision ».
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