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Ingénieurs . La profession se mobilise pour obtenir la levée de la tutelle judiciaire imposée à la corporation depuis huit ans.
Le syndicat veut recouvrer sa liberté

Le gouvernement lèvera-t-il la tutelle judiciaire imposée au Syndicat des ingénieurs ? Depuis quelques semaines, les ingénieurs se mobilisent pour mettre fin à cette situation qui dure depuis maintenant 8 ans. C'est ainsi qu'un groupe d'ingénieurs, principalement des Nassériens, réunis sous le nom de Groupe des ingénieurs démocrates, a réussi à collecter la signature de 650 membres du syndicat approuvant la tenue d'une réunion extraordinaire de l'assemblée générale. L'objectif est de discuter de la possibilité de convoquer une réunion normale de l'assemblée générale et d'organiser des élections. « Les ingénieurs commencent à en avoir assez de cette situation », estime Magued Al-Sawi, membre de l'Ordre, et l'un des participants à cette mobilisation. « Il n'existe pas un syndicat au monde qui soit resté 8 ans sous la tutelle judiciaire. Où sont les droits des ingénieurs ? Nous voulons changer cette situation. Nous n'agissons pas en tant que Nassériens ou gauchistes. Nous voulons que tous les ingénieurs, qu'ils soient libéraux ou Frères musulmans, participent à la libération de leur syndicat », ajoute Al-Sawi.

L'Ordre des ingénieurs a été placé sous tutelle judiciaire en 1995 après que les Frères musulmans, qui dominaient alors le Syndicat, eurent été accusés de corruption et de détournement de fonds. Depuis, les ingénieurs, au nombre de 300 000, attendent le moment propice pour mettre fin à cette situation. « A plusieurs reprises, nous avons demandé aux autorités l'autorisation pour tenir des élections et élire un conseil d'administration, mais en vain », affirme Magued Al-Sawi. Il ajoute que l'absence de contrôle de la part de l'organisme central des comptes sur le syndicat a donné lieu à de nombreuses infractions. « Cela a donné la chance aux tuteurs de profiter de leurs positions en utilisant les ressources du syndicat qui dépassent le demi milliard de L.E. dans leurs propres intérêts ». Les syndicats qui sont placés sous tutelle judiciaire ne sont en effet pas soumis au contrôle de l'Organisme central des comptes.

Mounir Mégahed, membre du groupe des ingénieurs démocratiques, pense qu'il ne sera pas facile d'obtenir la levée de la tutelle : « Le ministre de l'Irrigation a affirmé que le syndicat ne peut pas convoquer une réunion urgente de l'assemblée générale, puisqu'il est sous tutelle. Nous avons l'intention d'engager un procès. Parallèlement, nous avons établi un plan de travail et nous allons coordonner avec tous les partis et les autres syndicats afin d'alerter l'opinion publique jusqu'à ce que les élections soient organisées dans notre établissement ».

Craignant un retour en force des Frères musulmans, le gouvernement semble écarter pour le moment la tenue d'éventuelles élections au syndicat. Pourtant, pour bon nombre d'ingénieurs, les Frères musulmans ne constituent plus un problème. « Les Frères musulmans ont annoncé qu'ils sont prêts à se retirer des élections s'il n'y a pas d'autres moyens pour que le gouvernement accepte la tenue d'élections », assure Mohamad Bechr, ancien secrétaire général du syndicat. Selon lui, le vrai problème est que « le gouvernement est conscient de sa faiblesse dans les syndicats face aux autres courants. C'est pour cela qu'il essaie de retarder les élections ».

La mobilisation des ingénieurs est le résultat de l'état du malaise général qui ne sévit pas seulement au sein des syndicats, mais dans l'ensemble de la société. Dans le domaine politique, il existe une vraie crise démocratique qui entrave l'action de la société civile comme les partis, et les syndicats. L'Ordre des ingénieurs n'y échappe pas.

May Atta

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