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L'Amérique et la démocratie au Moyen-Orien
Par Ibrahim Nafie

Ibrahim Nafie Le discours du président Bush sur l'évolution démocratique au Moyen-Orient comporte des points positifs, notamment la reconnaissance de l'identité culturelle des pays et des populations de la région. Cela signifie que l'évolution démocratique doit tenir compte de cette identité et refléter sa culture propre. C'est précisément dans ce cadre que la vision du président Bush dépasse l'idée que certains tendent à propager. Cette dernière consiste à lier le progrès démocratique au Moyen-Orient à l'application du modèle occidental, en adoptant ses valeurs et ses institutions. C'est dans cet esprit que l'avancée démocratique a été antérieurement conçue. L'évolution se réduisait ainsi à l'imitation fidèle des institutions occidentales sans considération de l'identité respective de chaque région. La reconnaissance par le président Bush de l'identité propre aux pays de la région représente un saut qualitatif dans la vision du président américain.

Un autre point positif dans le discours du président Bush consiste à rappeler que le progrès démocratique ne peut se faire du jour au lendemain. Il s'agit d'une évolution progressive, non d'une décision subite, abstraction faite des conditions particulières des Etats concernés.

Par ce discours, le président américain a en quelque sorte rectifié le tir au sujet du Moyen-Orient en modifiant certains préjugés antérieurs, entre autres les contradictions supposées entre démocratie et islam. Il est toutefois frappant que le discours de Bush ne prête aucune attention aux exigences préalables à un progrès démocratique. Le président n'a rien signalé en effet au sujet de l'occupation militaire israélienne qui pèse sur le peuple palestinien ou annoncé un engagement pour un retrait des troupes américaines d'un Etat indépendant membre des Nations-Unies, en l’occurrence l'Iraq. Les pratiques américaines en Iraq contredisent ce qui est dit dans le discours officiel. En Palestine, la politique américaine représente l'archétype d'un parti pris en faveur de l'occupation qui commet les pires crimes contre le peuple : violation des valeurs humaines, morales, sociales, voire démocratiques.

Rappelons que le président Bush lui-même a mené, avec certains membres de son gouvernement, une campagne de diffamation et d'incitation contre Yasser Arafat, le président élu par son peuple à travers des élections libres et honnêtes sous contrôle international. Certains responsables de l'Administration Bush se sont engagés sur cette voie, allant jusqu’à insinuer l'éventualité d'une intervention militaire pour renverser le président palestinien au cas où il serait réélu.

Y a-t-il un rapport entre tout cela et la démocratie ou les droits de l'homme ? Le président Bush ne sait-il pas que le droit des peuples à choisir leurs dirigeants est l'alphabet de la démocratie ? Comment et sous quels prétextes le président Bush pourra-t-il expliquer les appels anti-Arafat ?

Ceci montre clairement la politique du double standard que poursuivent les Etats-Unis et qui se manifeste dans l'écart entre le discours vantant les mérites de valeurs telles que la démocratie et la liberté et les politiques américaines dans la région.

En Iraq, les Etats-Unis occupent un Etat arabe et deviennent ainsi comme Israël un Etat d'occupation traditionnelle. Et bien que Washington ait justifié la guerre contre l'Iraq par la volonté d'éliminer les armes de destruction massive, sa crédibilité dans l'opinion mondiale est au plus bas, et ce pour plus d'une raison. Les prétendues armes iraqiennes n'ont jamais été trouvées. D'autre part, Washington déclare qu'il s'efforce d'établir en Iraq un système démocratique qui servirait de modèle pour le reste de la région. La question est de savoir quel rapport existe-t-il entre toutes ces mesures et les propos sur le respect de l'identité propre aux populations de la région ?

L'on peut dire clairement à l'Administration américaine que les populations de la région n'ont aucune confiance dans les propos du président américain. Pour gagner la confiance et le respect de ces populations, l'Administration américaine doit prouver ses bonnes paroles par les actes. Elle doit préparer le retrait de ses forces et transférer le dossier iraqien aux Nations-Unies, comme le réclament la France et l'Allemagne. Si Washington souhaite améliorer ses relations avec les Etats arabes, elle doit adopter une vision objective et mettre fin à son occupation injustifiée de l'Iraq.

 

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