| Le
discours du président Bush sur l'évolution démocratique
au Moyen-Orient comporte des points positifs, notamment
la reconnaissance de l'identité culturelle des pays et
des populations de la région. Cela signifie que l'évolution
démocratique doit tenir compte de cette identité et refléter
sa culture propre. C'est précisément dans ce cadre que
la vision du président Bush dépasse l'idée que certains
tendent à propager. Cette dernière consiste à lier le
progrès démocratique au Moyen-Orient à l'application du
modèle occidental, en adoptant ses valeurs et ses institutions.
C'est dans cet esprit que l'avancée démocratique a été
antérieurement conçue. L'évolution se réduisait ainsi
à l'imitation fidèle des institutions occidentales sans
considération de l'identité respective de chaque région.
La reconnaissance par le président Bush de l'identité
propre aux pays de la région représente un saut qualitatif
dans la vision du président américain.
Un
autre point positif dans le discours du président Bush
consiste à rappeler que le progrès démocratique ne peut
se faire du jour au lendemain. Il s'agit d'une évolution
progressive, non d'une décision subite, abstraction faite
des conditions particulières des Etats concernés.
Par
ce discours, le président américain a en quelque sorte
rectifié le tir au sujet du Moyen-Orient en modifiant
certains préjugés antérieurs, entre autres les contradictions
supposées entre démocratie et islam. Il est toutefois
frappant que le discours de Bush ne prête aucune attention
aux exigences préalables à un progrès démocratique. Le
président n'a rien signalé en effet au sujet de l'occupation
militaire israélienne qui pèse sur le peuple palestinien
ou annoncé un engagement pour un retrait des troupes américaines
d'un Etat indépendant membre des Nations-Unies, en l’occurrence
l'Iraq. Les pratiques américaines en Iraq contredisent
ce qui est dit dans le discours officiel. En Palestine,
la politique américaine représente l'archétype d'un parti
pris en faveur de l'occupation qui commet les pires crimes
contre le peuple : violation des valeurs humaines,
morales, sociales, voire démocratiques.
Rappelons
que le président Bush lui-même a mené, avec certains membres
de son gouvernement, une campagne de diffamation et d'incitation
contre Yasser Arafat, le président élu par son peuple
à travers des élections libres et honnêtes sous contrôle
international. Certains responsables de l'Administration
Bush se sont engagés sur cette voie, allant jusqu’à insinuer
l'éventualité d'une intervention militaire pour renverser
le président palestinien au cas où il serait réélu.
Y
a-t-il un rapport entre tout cela et la démocratie ou
les droits de l'homme ? Le président Bush ne sait-il
pas que le droit des peuples à choisir leurs dirigeants
est l'alphabet de la démocratie ? Comment et sous
quels prétextes le président Bush pourra-t-il expliquer
les appels anti-Arafat ?
Ceci
montre clairement la politique du double standard que
poursuivent les Etats-Unis et qui se manifeste dans l'écart
entre le discours vantant les mérites de valeurs telles
que la démocratie et la liberté et les politiques américaines
dans la région.
En
Iraq, les Etats-Unis occupent un Etat arabe et deviennent
ainsi comme Israël un Etat d'occupation traditionnelle.
Et bien que Washington ait justifié la guerre contre l'Iraq
par la volonté d'éliminer les armes de destruction massive,
sa crédibilité dans l'opinion mondiale est au plus bas,
et ce pour plus d'une raison. Les prétendues armes iraqiennes
n'ont jamais été trouvées. D'autre part, Washington déclare
qu'il s'efforce d'établir en Iraq un système démocratique
qui servirait de modèle pour le reste de la région. La
question est de savoir quel rapport existe-t-il entre
toutes ces mesures et les propos sur le respect de l'identité
propre aux populations de la région ?
L'on
peut dire clairement à l'Administration américaine que
les populations de la région n'ont aucune confiance dans
les propos du président américain. Pour gagner la confiance
et le respect de ces populations, l'Administration américaine
doit prouver ses bonnes paroles par les actes. Elle doit
préparer le retrait de ses forces et transférer le dossier
iraqien aux Nations-Unies, comme le réclament la France
et l'Allemagne. Si Washington souhaite améliorer ses relations
avec les Etats arabes, elle doit adopter une vision objective
et mettre fin à son occupation injustifiée de l'Iraq. |