| Qu'est-il
arrivé à l'Egypte ? Ce pays glorieux qui aux yeux
de nos confrères arabes était symbole de fierté et représentait
un modèle à suivre en matière de culture, d'art, de progrès
et d'épanouissement ? Nous sommes presque inconscients
de ce qui se passe dans notre pays parce qu'on y réside.
Mais à chaque fois qu'on le quitte et qu'on le regarde
de loin, apparaît le degré de régression que nous avons
accusé ces dernières années. D'ailleurs, si cette régression
persiste, nous arriverions au seuil d'une véritable catastrophe
qui nous surprendrait.
Je
viens de rentrer d'un voyage en Italie au cours duquel
j'ai visité Rome, Naples et Palerme. A Naples, j'ai rencontré
un passionné de l'Egypte, Michele Capasso, président de
l'Académie de la Méditerranée, qui a choisi de décerner
cette année tous les prix à des personnalités arabes ayant
déployé de grands efforts pour servir leurs pays. Ainsi
le prix de la culture a été décerné à Mme Suzanne Moubarak
pour ses efforts dans les différents projets culturels,
depuis la Bibliothèque d'Alexandrie jusqu'à la collection
Lecture pour tous. Le prix de l'art et de la créativité
a été décerné à notre grand homme de lettres Naguib Mahfouz
pour son apport à la littérature arabe. Le prix de la
paix est allé au prêtre palestinien Elias Chakour pour
ses efforts de paix entre Palestiniens et Israéliens.
L'un
des efforts dont Capasso est fier est cet important ouvrage
de référence publié par l'institut sur le réalisateur
égyptien Salah Abou-Seif en italien et arabe. C'était
le premier ouvrage de référence à l'étranger sur le père
du réalisme égyptien et qui s'est largement imprégné de
l'école italienne de réalisme : le vérisme.
Capasso
m'a raconté pendant une heure la torture qu'il a dû subir
en Egypte et les obstacles successifs, entre autres aux
douanes à Alexandrie, pour sortir les exemplaires du livre
sur Salah Abou-Seif pour que la première dame d'Egypte
le présente lors d'une cérémonie tenue spécialement à
cette fin à la Bibliothèque d'Alexandrie. Le livre est
resté prisonnier des douanes pendant dix jours dans l'attente
de la signature de 92 personnes. Les journaux avaient
annoncé pour le même jour cette cérémonie. Capasso s'est
mis à les montrer aux fonctionnaires de la douane, mais
jusqu'à 15 h, une heure avant la tenue de la cérémonie,
les douanes n'avaient pas achevé leurs procédures. Après
le départ des fonctionnaires, Capasso s'est trouvé seul
sans obtenir les signatures requises.
Pourrions-nous
imaginer ce qui aurait pu arriver si les livres n'avaient
pas été là au moment où se déroulait la cérémonie en présence
de Mme Moubarak, des invités, des hommes de médias égyptiens
et étrangers. C'est Capasso lui-même qui a sauvé la situation
grâce aux exemplaires qu'il avait sur lui, passés inaperçus
devant les fonctionnaires de la douane.
Le
lendemain de la cérémonie, Capasso est revenu aux douanes
pour récupérer les exemplaires toujours retenus. Ils l'informèrent
qu'il devait payer une grande somme contre « ces
marchandises ». Il leur a expliqué que ce n'était
pas des marchandises parce que le livre n'est pas destiné
à la vente et que l'Académie de la Méditerranée était
un organisme scientifique non commercial qui ne cherche
pas le profit et qu'elle était financée par l'Union européenne
pour effectuer des recherches sur la Méditerranée dans
différents domaines. Malgré cela, la bureaucratie n'a
quand même pas été pas convaincue. Ensuite, les autorités
des douanes ont fait marche arrière, mais à condition
que chaque destinataire du livre signe un papier selon
lequel il n'a rien payé pour acquérir ce livre. Ce document
devait être remis à la douane avant le départ de Capasso.
Cela
est-il raisonnable ? Qu'est-ce que l'Egypte peut
gagner de ces complications bureaucratiques vaines ?
Dans le passé, nous regardions le système des pays développés
comme un modèle, et citions l'exemple américain où les
impôt se paient par la poste. Avec le retard actuel, nous
nous servons des pays du tiers-monde comme exemple, dont
des pays arabes dont nous avons contribué au développement.
A
Rome, j'ai rencontré un jeune diplomate égyptien qui avait
travaillé avant ce poste à l'ambassade d'Egypte à Abou-Dhabi.
Il m'a expliqué que, par exemple, tous les contacts avec
le service de la circulation se faisaient à travers l'Internet.
Est-il possible que l'Egypte, qui a contribué au progrès
des pays arabes, ait les pires services de la région ?
L'architecte
qui a planifié Abou-Dhabi était l'Egyptien Abdel-Rahmane
Makhlouf. Comment donc ce pays a confié cette tâche à
un Egyptien, alors que le gouvernement égyptien ne fait
que poser des obstacles face à ses enfants, ingénieurs,
médecins et autres ? Jusqu'à quand le citoyen égyptien
restera-t-il sans valeur aux yeux du gouvernement ?
EgyptAir
a sans doute été témoin d'un progrès important depuis
que le ministre Ahmad Chafiq a pris en charge la société.
A tel point qu'il est étonnant de constater la bonne organisation
de l'entreprise, à laquelle on n'était pas habitué. Il
lui manque cependant de faire preuve de respect envers
le public, peut-être parce que cela fait partie d'une
tradition gouvernementale très lointaine.
Une
fois que l'avion a atterri à l'aéroport de Rome Fiumicino,
le pilote n'a pas fait les manœuvres qu'il faut pour s'arrêter
dans l'aire qui lui était destinée, s'immobilisant 20
mètres plus loin. La marche arrière n'existant pas, il
a fallu chercher un remorqueur pour tirer l'appareil en
arrière. Tout cela a nécessité 20 minutes. En attendant,
les passagers étaient debout, bagages en main. Le pilote
s'est-il excusé pour cette erreur ridicule que nous avons
découverte après notre atterrissage ? Bien sûr que
non. Après dix minutes de mystère, il a balbutié quelques
mots incompréhensibles comme s'il venait de se réveiller
pour dire aux passagers avec une audace que je lui envie
que le retard est dû à ces remorqueurs. Mais l'intervention
de ces équipements n'est nécessaire qu'en cas d'erreur
du pilote.
Un
tel comportement est non seulement non convenable, mais
il est aussi irrespectueux envers les passagers qui doivent
savoir ce qui se passe dans l'avion.
Le même scénario ou presque s'est répété lors de mon trajet
retour. Mais cette fois, les passagers ont été retenus
deux heures, attendant le décollage. Cette fois-ci, ce
n'était pas la faute d'EgyptAir, mais là encore,
le pilote n'a pas cherché à contenir la situation.
Les
autorités d'immigration italiennes avaient retenu 3 passagers
égyptiens qui rentraient après une longue période de travail
avec de grandes sommes d'argent dont la provenance n'était
pas prouvée. A l'issue des investigations, deux seulement
ont pu partir. Quant au troisième, il a été interdit de
quitter le territoire, c'est pourquoi les soutes ont été
fouillées pour retrouver ses bagages.
Normalement,
ceci a duré quelque temps et il fallait attendre qu'un
couloir aérien soit disponible pour que l'avion puisse
s'envoler.
Au
bout de deux heures, les passagers impatients se sont
bousculés vers la cabine de pilotage pour savoir ce qui
se passait. La voix du pilote retentit pour dire qu'ils
attendaient des passagers en retard. Les passagers italiens
furieux se demandaient pourquoi le pilote ne leur avait
pas dit la vérité. Je ne leur ai pas donné la réponse
réelle en leur disant que pour EgyptAir, tous les
passagers sont insignifiants, égyptiens ou pas. Il n'est
guère important qu'ils soient tenus au courant de ce qui
se passe. Si le pilote s'est adressé à vous, c'est là
une concession pour laquelle vous devez le remercier.
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