Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Carrefour

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie
Carrefour
de Mohamed Salmawy
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
La régression ... et la valeur du citoyen
Par Mohamed Salmawy

Qu'est-il arrivé à l'Egypte ? Ce pays glorieux qui aux yeux de nos confrères arabes était symbole de fierté et représentait un modèle à suivre en matière de culture, d'art, de progrès et d'épanouissement ? Nous sommes presque inconscients de ce qui se passe dans notre pays parce qu'on y réside. Mais à chaque fois qu'on le quitte et qu'on le regarde de loin, apparaît le degré de régression que nous avons accusé ces dernières années. D'ailleurs, si cette régression persiste, nous arriverions au seuil d'une véritable catastrophe qui nous surprendrait.

Je viens de rentrer d'un voyage en Italie au cours duquel j'ai visité Rome, Naples et Palerme. A Naples, j'ai rencontré un passionné de l'Egypte, Michele Capasso, président de l'Académie de la Méditerranée, qui a choisi de décerner cette année tous les prix à des personnalités arabes ayant déployé de grands efforts pour servir leurs pays. Ainsi le prix de la culture a été décerné à Mme Suzanne Moubarak pour ses efforts dans les différents projets culturels, depuis la Bibliothèque d'Alexandrie jusqu'à la collection Lecture pour tous. Le prix de l'art et de la créativité a été décerné à notre grand homme de lettres Naguib Mahfouz pour son apport à la littérature arabe. Le prix de la paix est allé au prêtre palestinien Elias Chakour pour ses efforts de paix entre Palestiniens et Israéliens.

L'un des efforts dont Capasso est fier est cet important ouvrage de référence publié par l'institut sur le réalisateur égyptien Salah Abou-Seif en italien et arabe. C'était le premier ouvrage de référence à l'étranger sur le père du réalisme égyptien et qui s'est largement imprégné de l'école italienne de réalisme : le vérisme.

Capasso m'a raconté pendant une heure la torture qu'il a dû subir en Egypte et les obstacles successifs, entre autres aux douanes à Alexandrie, pour sortir les exemplaires du livre sur Salah Abou-Seif pour que la première dame d'Egypte le présente lors d'une cérémonie tenue spécialement à cette fin à la Bibliothèque d'Alexandrie. Le livre est resté prisonnier des douanes pendant dix jours dans l'attente de la signature de 92 personnes. Les journaux avaient annoncé pour le même jour cette cérémonie. Capasso s'est mis à les montrer aux fonctionnaires de la douane, mais jusqu'à 15 h, une heure avant la tenue de la cérémonie, les douanes n'avaient pas achevé leurs procédures. Après le départ des fonctionnaires, Capasso s'est trouvé seul sans obtenir les signatures requises.

Pourrions-nous imaginer ce qui aurait pu arriver si les livres n'avaient pas été là au moment où se déroulait la cérémonie en présence de Mme Moubarak, des invités, des hommes de médias égyptiens et étrangers. C'est Capasso lui-même qui a sauvé la situation grâce aux exemplaires qu'il avait sur lui, passés inaperçus devant les fonctionnaires de la douane.

Le lendemain de la cérémonie, Capasso est revenu aux douanes pour récupérer les exemplaires toujours retenus. Ils l'informèrent qu'il devait payer une grande somme contre « ces marchandises ». Il leur a expliqué que ce n'était pas des marchandises parce que le livre n'est pas destiné à la vente et que l'Académie de la Méditerranée était un organisme scientifique non commercial qui ne cherche pas le profit et qu'elle était financée par l'Union européenne pour effectuer des recherches sur la Méditerranée dans différents domaines. Malgré cela, la bureaucratie n'a quand même pas été pas convaincue. Ensuite, les autorités des douanes ont fait marche arrière, mais à condition que chaque destinataire du livre signe un papier selon lequel il n'a rien payé pour acquérir ce livre. Ce document devait être remis à la douane avant le départ de Capasso.

Cela est-il raisonnable ? Qu'est-ce que l'Egypte peut gagner de ces complications bureaucratiques vaines ? Dans le passé, nous regardions le système des pays développés comme un modèle, et citions l'exemple américain où les impôt se paient par la poste. Avec le retard actuel, nous nous servons des pays du tiers-monde comme exemple, dont des pays arabes dont nous avons contribué au développement.

A Rome, j'ai rencontré un jeune diplomate égyptien qui avait travaillé avant ce poste à l'ambassade d'Egypte à Abou-Dhabi. Il m'a expliqué que, par exemple, tous les contacts avec le service de la circulation se faisaient à travers l'Internet. Est-il possible que l'Egypte, qui a contribué au progrès des pays arabes, ait les pires services de la région ?

L'architecte qui a planifié Abou-Dhabi était l'Egyptien Abdel-Rahmane Makhlouf. Comment donc ce pays a confié cette tâche à un Egyptien, alors que le gouvernement égyptien ne fait que poser des obstacles face à ses enfants, ingénieurs, médecins et autres ? Jusqu'à quand le citoyen égyptien restera-t-il sans valeur aux yeux du gouvernement ?

EgyptAir a sans doute été témoin d'un progrès important depuis que le ministre Ahmad Chafiq a pris en charge la société. A tel point qu'il est étonnant de constater la bonne organisation de l'entreprise, à laquelle on n'était pas habitué. Il lui manque cependant de faire preuve de respect envers le public, peut-être parce que cela fait partie d'une tradition gouvernementale très lointaine.

Une fois que l'avion a atterri à l'aéroport de Rome Fiumicino, le pilote n'a pas fait les manœuvres qu'il faut pour s'arrêter dans l'aire qui lui était destinée, s'immobilisant 20 mètres plus loin. La marche arrière n'existant pas, il a fallu chercher un remorqueur pour tirer l'appareil en arrière. Tout cela a nécessité 20 minutes. En attendant, les passagers étaient debout, bagages en main. Le pilote s'est-il excusé pour cette erreur ridicule que nous avons découverte après notre atterrissage ? Bien sûr que non. Après dix minutes de mystère, il a balbutié quelques mots incompréhensibles comme s'il venait de se réveiller pour dire aux passagers avec une audace que je lui envie que le retard est dû à ces remorqueurs. Mais l'intervention de ces équipements n'est nécessaire qu'en cas d'erreur du pilote.

Un tel comportement est non seulement non convenable, mais il est aussi irrespectueux envers les passagers qui doivent savoir ce qui se passe dans l'avion.
Le même scénario ou presque s'est répété lors de mon trajet retour. Mais cette fois, les passagers ont été retenus deux heures, attendant le décollage. Cette fois-ci, ce n'était pas la faute d'EgyptAir, mais là encore, le pilote n'a pas cherché à contenir la situation.

Les autorités d'immigration italiennes avaient retenu 3 passagers égyptiens qui rentraient après une longue période de travail avec de grandes sommes d'argent dont la provenance n'était pas prouvée. A l'issue des investigations, deux seulement ont pu partir. Quant au troisième, il a été interdit de quitter le territoire, c'est pourquoi les soutes ont été fouillées pour retrouver ses bagages.

Normalement, ceci a duré quelque temps et il fallait attendre qu'un couloir aérien soit disponible pour que l'avion puisse s'envoler.

Au bout de deux heures, les passagers impatients se sont bousculés vers la cabine de pilotage pour savoir ce qui se passait. La voix du pilote retentit pour dire qu'ils attendaient des passagers en retard. Les passagers italiens furieux se demandaient pourquoi le pilote ne leur avait pas dit la vérité. Je ne leur ai pas donné la réponse réelle en leur disant que pour EgyptAir, tous les passagers sont insignifiants, égyptiens ou pas. Il n'est guère important qu'ils soient tenus au courant de ce qui se passe. Si le pilote s'est adressé à vous, c'est là une concession pour laquelle vous devez le remercier.

Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631