|
Après dix
ans de guerre civile et quelque 300 000 morts, le
Burundi a fait un grand pas vers la pacification, avec
la signature dimanche d'un accord de paix global entre
les autorités de Bujumbura et le principal mouvement rebelle.
Le président burundais, Domitien Ndayizeye, et le chef
des Forces pour la Défense de la Démocratie (FDD), le
principal mouvement rebelle hutu, Pierre Nkurunziza, ont
signé cet accord historique lors d'un sommet des chefs
d'Etat de la région à Dar es-Salam dans l’est de la Tanzanie.
Ouvrant la
voie à un partage du pouvoir entre les deux principaux
protagonistes du conflit dans ce petit pays d’Afrique
centrale de 7 millions d’habitants, cet accord marque
l’aboutissement d’un processus de paix particulièrement
chaotique, entamé il y a cinq longues années. Sa signature
permettra notamment la transformation des FDD en parti
politique préalablement à son entrée dans un gouvernement
élargi. Les anciens rebelles hutus des FDD devraient être
également intégrés, à terme, dans les forces armées, pour
l’instant dominées par la minorité tutsie. Si tout se
déroule comme prévu, le Burundi aura fait un grand pas
vers la paix.
Plusieurs
dirigeants africains ont participé au sommet : le
chef de l'Etat ougandais Yoweri Museveni, président de
l'initiative régionale pour le Burundi, le chef de l'Etat
mozambicain et président en exercice de l'Union Africaine
(UA) Joaquim Chissano, le premier ministre éthiopien,
Meles Zenawi. Etaient également présents le vice-président
sud-africain et principal médiateur dans la crise burundaise,
Jacob Zuma, ainsi que le président de la République Démocratique
du Congo (RDC), Joseph Kabila. Le Gabon, le Kenya, le
Rwanda et la Zambie étaient représentés par leur vice-président
ou des ministres.
En quelques
mois, tout s’est accéléré au Burundi en raison des pressions
de la communauté internationale, de la paupérisation grandissante
de la population et de l’arrivée au pouvoir, fin avril
dernier, d’un président hutu, qui a succédé à un Tutsi,
Pierre Buyoya. De plus, l’armée a réalisé qu’elle ne pouvait
pas écraser les rebelles, et ceux-ci qu’ils ne pouvaient
pas contrôler durablement une partie du territoire.
Dans son
discours devant les chefs d'Etat, le président du Burundi
a appelé la communauté internationale à soutenir financièrement
le processus de paix « pour financer les mécanismes
d'observation du cessez-le-feu, dont les opérations de
démobilisation et de désarmement » des combattants,
a-t-il déclaré. « La tâche est immense »,
a-t-il reconnu, citant la mise en application de l'accord,
le rapatriement des réfugiés, la reconstruction économique
et, à la fin du processus, l'organisation d'élections
démocratiques.
Cependant,
le deuxième mouvement rebelle hutu, les Forces Nationales
de Libération (FNL), était le grand absent de la cérémonie
de dimanche. Actif dans une seule des 16 provinces du
Burundi, autour de la capitale Bujumbura, ce mouvement
compte entre 1 500 et 2 500 combattants selon
diverses estimations. Les FNL qui accusent les FDD de
« trahir » la cause hutue, ont annoncé
à plusieurs reprises qu’ils ne négocieront « jamais
avec le gouvernement de transition du Burundi ».
Ils veulent des négociations directes avec les leaders
tutsis et en particulier avec l’armée.
A la veille
de la signature de l’accord, le secrétaire général des
FDD, Hussein Radjabu, a « déploré la non
participation des FNL » au processus de paix.
« Elles (les FNL) vont perdre énormément. Elles
ont combattu et ont fait un travail honorable, mais elles
n’exploitent pas cette chance », a-t-il souligné.
|