Les relations
commencent à se normaliser entre le Rwanda et le Tribunal
Pénal International pour le Rwanda (TPIR). C'est ce qui
ressort de la première visite que Hassan Bubacar Jallow,
nouveau procureur général du TPIR, a achevé vendredi à
Kigali où il a rencontré Paul Kagamé, président du Rwanda.
Hassan Bubacar Jallow, ex-ministre de la Justice en Gambie,
est le remplaçant de la Suissesse Carla del Ponte, dont
les relations avec le gouvernement rwandais s'étaient
fortement détériorées ces derniers mois. Le TPIR, mis
en place par les Nations-Unies et siégeant à la Haye,
a pour mission de juger les criminels du génocide rwandais
de 1994, lors duquel des extrémistes hutus avaient massacré
plus de 800 000 Tutsis et Hutus modérés.
Cette
visite avait pour objectif de réchauffer les relations
entre Kigali et le TPIR. Lorsque Carla del Ponte était
encore chargée du tribunal, le gouvernement rwandais et
les associations de rescapés du génocide accusaient le
TPIR de « lenteur » et « d'incompétence »,
tandis que le TPIR reprochait au gouvernement son manque
de coopération. « M. Jallow venait prendre contact,
ce genre de visite ne peut donner lieu à des prises de
position conflictuelles. Mais on ne sait pas encore ce
qu'il pense sur le fond des dossiers », remarquait
ainsi un diplomate occidental en poste à Kigali. En effet,
Hassan Bubacar Gallow a insisté sur « l'accueil
chaleureux » qui lui avait été fait, et a déclaré
vendredi avoir « trouvé une immense bonne volonté
de la part du gouvernement » rwandais. Paul Kagamé
a assuré le procureur de son « soutien »
et de l'entière coopération du gouvernement et du peuple
rwandais, tandis que le procureur général du Rwanda, Gérard
Gahima, s'est déclaré « optimiste » après
s'être entretenu avec M. Jallow. « Je crois que
le nouveau procureur (du TPIR) est décidé à améliorer
le fonctionnement du tribunal », a-t-il déclaré.
Hassan Bubacar
Jallow et le gouvernement rwandais ont effectivement paru
s'accorder sur plusieurs questions. M. Jallow a ainsi
pu rassurer le gouvernement sur les « lenteurs »
du tribunal, déclarant que le Conseil de sécurité des
Nations-Unies allait allouer 5 juges supplémentaires au
TPIR, qui pourraient ainsi créer de nouvelles chambres,
dont une « d'ici la nouvelle année ».
Ceci permettrait au TPIR de respecter l'échéance de son
mandat, qui s'achève en 2008. Les associations de rescapés
du génocide ont, quant à elles, accepté de retourner témoigner
aux audiences du TPIR à Arusha (Tanzanie), dont elles
s'étaient retirées pour protester contre les « mauvais
traitements » qu'elles disaient y subir. Ceci
devrait permettre à plusieurs procès qui avaient été interrompus,
faute de témoins, de reprendre. Vendredi, le TPIR a ainsi
pu annoncer la reprise du procès d'Emmanuel Ndindabazihi,
ancien ministre rwandais des Finances, accusé de génocide
et de crimes contre l'humanité.
Le TPIR pourrait
également accepter d'accéder à une demande récurrente
de Kigali, le jugement par les instances juridiques rwandaises
des crimes jugés « moins importants ».
« J'ai toujours pensé que si cela (les jugements
des crimes du génocide) arrivait, il serait très important
pour les Rwandais de voir la justice rendue au Rwanda
même », déclarait ainsi le président Paul Kagamé.
M. Jallow semblait, lors de sa visite, approuver cette
démarche : « Il est important que nous nous
concentrions sur les principaux responsables de ce qui
est arrivé. (...) En ce qui concerne les personnes accusées
de crimes moins importants, nous devons trouver d'autres
solutions, peut-être en les transférant devant des juridictions
nationales, y compris au Rwanda ». M. Jallow
a également précisé que de nouvelles inculpations allaient
être prononcées courant 2004.
Cependant,
le sujet le plus controversé, et qui avait en partie déclenché
la crise entre le Rwanda et Carla del Ponte, a été soigneusement
éludé, à savoir, le jugement par le TPIR de membres de
l'actuel gouvernement, qui étaient à l'époque du génocide
membres du Front patriotique rwandais (mouvement à majorité
tutsie, dirigé par Paul Kagamé, qui avait réussi à mettre
un terme au génocide puis à accéder au pouvoir), accusés
d'avoir à leur tour perpétré des atrocités contre les
Hutus. Paul Kagamé s'était ouvertement opposé à Carla
del Ponte sur ce sujet. A cet égard, Hassan Bubacar Jallow
s'est borné à souligner que « le Conseil de sécurité
a été assez clair dans sa résolution, affirmant que nous
devons enquêter dans chaque camp », et que « le
mandat (du TPIR) est assez large, qu'il couvre
tout ce qui s'est passé au Rwanda ». L'idylle
entre Kigali et La Haye pourrait donc bien ne pas durer
longtemps. |