Face
au centre Al-Hanaguer, une foule compacte
attirée par le chant et la danse se bouscule. Les
interprètes portent des habits folkloriques aux
couleurs voyantes, à l'occasion d'une fête nubienne.
Un cortège qui commence au terrain de l’Opéra et
qui avance petit à petit vers le centre Al-Hanaguer.
D'un coup, on se retrouve dans le noir, dans le
silence. Un air mélancolique emplit la salle et
une chanson folklorique nubienne introduit les événements.
Il s’agit d’une adaptation de 3 romans du Nubien
Idriss Ali : Donqola, Al-Nubi
(le Nubien) et Al-Leab fawq guébal Al-Nouba
(Jouer sur les monts Nubie) effectuée par Hazem
Chéhata. Ceci dit, une trilogie sur l’histoire de
la Nubie et ses habitants avant, pendant et après
leur déportation après l'immersion de leur terre
natale au lendemain de la construction du Haut-Barrage
d'Assouan (Al-Tahguir).
« Idriss
Ali est un romancier remarquable et non raciste.
Il décompose la vie nubienne, analysant les effets
de cette déportation sur la population. Certains
émigrés ont refusé de s’adapter à leurs nouveaux
villages alors que d'autres ont réussi à s'intégrer.
La Nubie est restée pour longtemps un sujet tabou.
Le projet du Haut-Barrage était un projet gigantesque
et important pour toute l’Egypte, mais il a causé
l’inondation des villages nubiens dans le sud de
l’Egypte. A un moment donné, il aurait fallu que
les protagonistes de ce drame se prononcent »,
souligne le metteur en scène.
Awad
Chalali se présente comme personnage principal et
narrateur. C'est est un jeune Nubien qui travaille
sur un bateau touristique et passe sa vie à bord.
Toujours, il se pose la même question sur scène :
« Qu’est-ce qu’une patrie ? ».
Obsédé par le souvenir de son village, par un rêve
enfantin visant à réunifier tous les villages nubiens
d’autrefois en une patrie qu'il situerait auprès
de la 4e cataracte, il crée alors un site Internet :
alnouba.com Un site spécialisé sur sa Nubie,
sa vie et sa famille.
Les
idées de Chalali évoquent des sujets plus régionaux
et universels. Le rêve avorté d’unifier la Nubie
s'identifie à l'échec des pays arabes à s'unir et
à celui du socialisme en Egypte. « Je fais
comme dans les romans, j'expose une multitude de
voix et de points de vue qui se chevauchent. Et
c’est au spectateur de juger et de choisir »,
explique Nasser Abdel-Moneim, dont la mise en scène
n'est pas sans rappeler le monde du www.com. Ainsi,
l’ordinateur d’Awad Chalali fait partie tenante
du décor. Et la toute première scène est présentée
comme une page d’accueil sur le web. Des panneaux
font office de cadres où sont placées les photos
des personnages, les grands parents de Chalali,
sa bien-aimée … Tous ces cadres portent en
effet l'inscription alnouba.com
Et
pour relancer l'intrigue, les personnages se permettent
de temps en temps d’utiliser le mot click pour
annoncer du nouveau dans la pièce. Ainsi, on passe
d’une histoire à l’autre, d’un personnage à l’autre,
d’un temps à l’autre, d’un présent à un flash-back,
dans la plus grande rapidité.
De
même, la musique et l’éclairage sont habilement
utilisés pour bien accélérer le rythme. Mais parfois,
cet excès de rapidité prête à confusion, même si
le metteur en scène tente de le justifier par l'usage
d'une technique cinématographique propre à l'ère
Internet, où tout change par un simple click. |