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Ramadan
. Deux feuilletons,
Al-Amma Nour (Tante Nour) et Massälet mabdaa
(Question de principe) construisent autour de deux universitaires
une réflexion sur les principes à adopter pour ordonner
le chaos.
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Parole
de femmes |
| Il y a peut-être
un parti pris féministe dans le choix des réalisateurs
Adel Al-Aassar et Khaïri Bichara de placer au centre de
la mise en scène de leurs œuvres respectives, Al-Amma
Nour (Tante Nour) et Massälet mabdaa (Question
de principe), deux femmes : Nour (Nabila Ebeid),
docteur en psychologie venant tout juste d'Amérique, et
Roqaya (Elham Chahine), docteur en droit ayant étudié
en France. Ces femmes sont celles par qui les histoires
arrivent et évoluent. Mais ce parti pris reste sans intérêt
s'il n'est
pas relayé par une bonne exécution des deux protagonistes
de leurs propres plans. Le véritable enjeu du récit de
Tante Nour, diffusé sur la Une à 20h30, tient à
ce que ce personnage devient le centre de l'existence
des autres. C'est la tante gâteau, cultivée, intelligente,
généreuse, arrivée des Etats-Unis pour réintégrer un espace
familial, le foyer de son frère Mounir, dans son pays
d'origine, et se fondre en lui. Des figures peuplent ce
microcosme où elle s'introduit : Deyaa, un ingénieur
agronome au chômage, Serag, étudiant en droit, Chorouq,
vendeuse, et Qamar, élève au bac. Ce sont ses neveux et
nièces qui portent tous en eux des fictions potentielles,
laissées en germe. Ils lui vouent une admiration où se
mêlent le désir d'identification et l’idéalisation d'une
culture et d'une douceur de vivre américaines dont elle
est médium. Il s'agit pour eux du besoin d'accorder des
possibilités d'action et d'imaginaires construits dont
elle est porteuse à leurs désirs. Nour explore des situations
de la vie individuelle, de la vie de famille, invitée
à livrer son expérience autour du thème : « Le
bonheur dépend-il de nous ? ». Spécialiste
en psychologie, elle est appelée pour veiller au bon état
mental de son entourage, un renfort à l'épanouissement
personnel et le mieux vivre. Cependant, au lieu de découvrir
un champ d'investigation : le sort des jeunes, des
femmes, les transformations de la société et d'autres
approches qui peuvent alimenter la fiction pour poser
des questions essentielles, l'attitude de Nour consiste
à toujours se réjouir de ce qu'on a pu faire, jamais se
plaindre de ce qu'on n'a pu accomplir. Avec un régime
de parole (complexe dosage de psychologie et de bon sens),
elle diagnostique le dérapage des conduites, exigeant
la mobilisation sur-le-champ des capacités d’adaptation
de chacun. Les jeunes sont disciplinés, une fois l'association
travail et gain de l'argent est établie. Nour distille
une idéologie où il ne s'agit pas de promotion par l'accomplissement
de soi dans un travail correspondant à une qualification
propre, mais de gain d'argent . Elle est de ces technocrates
spécialistes qui véhiculent un conformisme aux règles
favorisant le bon déroulement des affaires des élites
économiques au pouvoir.
En fait, cette citoyenne fabriquée chez
les Américains se dissimule derrière le jeunisme de l'habit
et des citations préfabriquées. Un procédé qui demeure
cavalier pour cette aristocrate de la psychologie ;
a-t-elle besoin de ses répliques en anglais pour mieux
vendre ou faire reconnaître son savoir ? Des outrances
de l'interprétation de Nabila Ebeid prêtent à rire, l'actrice
se transformant en guide et le spectateur en enfant peu
cultivé, arrivé dans un pays étranger dont il ignore la
langue. On ne peut que s'opposer aux sentiments et aux
préjugés que Nour calque sur la psychologie des personnages.
Toujours sa collaboration singulière au niveau du psychologique
prend le pas sur la quête du vrai incontestable. Sa démarche
s'en inspire, passant du cadre purement familial, sans
enchaînement, à celui de l'élite économique. Elle y dévoile
la défaite du pouvoir de l'argent à travers la régression
infantile d'un homme d'affaires, Farid (Ezzat Abou-Ouf),
devant le spectacle désolant de sa progéniture en échec
scolaire et social. Ses enfants, des êtres banals et désenchantés,
s'ennuient devant nous, tels les personnages absents ou
terrassés par l'absurde de l'œuvre de Camus. Nour est
incapable de saisir le non sens tapi derrière le destin
de ces créatures éthérées.
Il n'y a aucune implication sociologique
dans le feuilleton. Au lieu de baliser tout ce qui fait
le malheur de notre époque — jeunesse au chômage
et consumériste, archaïsme du système éducatif, corruption
généralisée, usure des utopies, gloire d'une génération
d'homme d'affaires menacée de tomber en lambeaux —
le feuilleton concentre son argument fictionnel autour
d'une universitaire qui soigne des catégories mentales
sclérosant le cadre social. Cela sert à la mise en place
d'un spectacle loufoque et d'une dissertation de morale
décrépite.
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Lutte de pouvoir
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Khaïri Bichara, en revanche, pratique
sur un mode plus sociologique l'art d'observer ses contemporains,
dans le feuilleton Massälet mabdaa (Question
de principe), diffusé sur la Deux à 23h30. L'organisation
d'un collectif d'individus autour d'un thème commun, le
pouvoir et l'argent, est constamment affinée, tamisée,
détournée des stéréotypes, tel un puzzle aux contours
indécis. Le personnage de Roqaya, formée en droit, y est
comme l'incarnation du refus de se laisser enfermer dans
un rôle préétabli. Elle jongle avec les problématiques
héritées de l'articulation de rapports de force et de
motivations et désirs individuels. Elle tente de résister
à un maillage trop établi, refusant d'être la victime
d'une idéologie familiale : organiser en contrebande
le trafic des armes sous couvert d'une immunité parlementaire.
N'est-ce pas là la tâche de l'intellectuel avisé ?
Elle existe par ses pensées précises, en même temps anarchiques
mais non maladroites et brutes. Le feuilleton se déroule
simultanément à plusieurs niveaux : les rapports
de force et les rivalités entre les familles d'Abou-Mansour
et d'Al-Hawamda sur fond de vendetta, qu'attisent Chahine
(Gamil Rateb), le père de Roqaya, et Niazi (Tareq Al-Telmessani),
son partenaire, pour leur vendre des armes, et la vie
de la campagne du sud. De fait, l'idée de la communauté,
de la société, de l'être-ensemble à quelque échelle que
ce soit est au centre du feuilleton. Qu'il s'agisse de
la famille (voir les scènes entre Chahine et ses filles),
de groupes antagonistes perçus comme des blocs étanches,
mais bientôt découverts fragiles, ou de la campagne dans
son ensemble. A chacun de ces niveaux, une même idée se
révèle : il n'a pas de chez soi, de refuge confortable
dans l'absence de repères, de principes consensuels. C'est
un feuilleton sur le destin. Il va du connu vers l'inconnu.
Les personnages sont des humains qui cherchent du chemin.
A quel moment le lyrisme ? A quel moment la retenue ?
Il faudra souvent au réalisateur trouver des moments de
douceur, comme tomber amoureux, pour ne pas défaire son
esthétique, rendre les drames humains. Cela construit
un sens là où il n'y en a pas, une continuité là où n'existe
que discontinuité.
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| Amina
Hassan |
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