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Musique . Le mounched (chantre) le plus âgé d'Egypte, Fathi Al-Bagouri, a donné un concert jeudi dernier au Centre culturel français du Caire. Une esthétique sobre qui met en relief les sens de ses louanges.

La voix des anciens

Il a commencé à chanter les louanges du prophète alors qu'il n'avait que 10 ans. Fathi Al-Bagouri, né en 1928, est actuellement le mounched (chantre) le plus âgé d'Egypte, et également l'un des plus talentueux, avec Yacine Al-Touhami et Ahmad Al-Touni. On pourrait définir son style — par opposition à ces deux derniers — par la sobriété extrême de l’accompagnement musical. Ce dernier se contente du oud (le luth arabe), de deux reqs (tambours à petites cymbales) et d'une flûte. Il n'y a pas de solo dans la performance musicale de son groupe. Parallèlement à cette musique dépouillée, Bagouri ne travaille sa voix que pour mettre l’accent sur le sens du texte. La performance, très classique, de ce mounched ainsi que son groupe, développe une esthétique de la sobriété qui met en relief les sens des poèmes chantés à la gloire du prophète. Ainsi, la performance de Bagouri est proche de celle d’un acteur. Elle veut dégager le sens, le rendre palpable pour le public.

Cet intérêt porté au texte s'explique par la richesse du répertoire de Bagouri qui contient une grande variété de poètes soufis arabes, surtout de l’époque médiévale, tel Ibn Al-Fared et Al-Gouzi. Il explique également pourquoi la performance de Bagouri porte plus de traces de l’oralité que celle des autres mouncheds. En fait, Bagouri, âgé de plus de soixante-dix ans, a retenu tous les poèmes qu’il chante presque uniquement à travers la tradition orale. « C’est à travers mon grand-père qui était un maddah (faiseur de louange) du prophète dans notre village à Assiout en Haute-Egypte que j’ai acquis ces poèmes ». Fathi a commencé en accompagnant son grand-père dans les mouleds (anniversaire d’un saint musulman).

Pour lui, les poèmes qu’il chante ainsi que la musique qui accompagne les chants sont simplement « ceux des anciens ». Une longue tradition sauvegardée par d’autres mouncheds lui a légué un répertoire cohérent de poèmes qu’il chante à son tour depuis plus d’une quarantaine d’années en lui donnant son souffle personnel et unique, mais sans opérer un changement radical dans la performance. Les innovations affectionnées par d'autres mouncheds consistent à introduire des solos de violon, de flûte et de oud qu’on trouve surtout dans la performance de Yacine Al-Touhami avec qui la musique sacrée devient de plus en plus abstraite et libérée des paroles. Elle doit susciter à l’audience une vraie extase.

« En fait, tous les mouncheds chantent les même textes mais en fin de compte, chacun a son style », dit Bagouri qui a chanté ses louanges avec une sobriété sunnite, pour ainsi dire, par opposition à un style plus ouvert au symbolisme et à l’abstraction.

Hayssam Khachaba

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