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Exposition . L’artiste croate Maja Soric se porte en quelque sorte en auteur de contes fantastiques peints à l’acrylique.
La spirale des rêves

Le travail de l’artiste Maja Soric nous introduit inéluctablement à celui d’un autre maître croate fort méconnu en Egypte bien que son œuvre défraie la chronique depuis les années 1950. Il s’agit de son propre maître : Jozé Ciuha. Une thématique imagée assez spéciale, des compositions narratives, un mariage du modernisme et des influences byzantines, notamment le côté iconographique, une certaine légèreté délibérée … bref, plein d’éléments en commun entre le maître et sa disciple, même si cette dernière avoue essayer de se libérer du joug de son gourou, surtout ces deux dernières années. C’est-à-dire peu de temps après sa dernière exposition tenue à l’atelier d’Alexandrie en l’an 2000. « C’est lui qui m’a dit un jour tu dois jouer, tu dois introduire ta féminité dans ton travail ». Mais dans cette exposition-ci, c’est surtout son enfantillage raisonnable qui l’emporte. Car avant tout, Maja Soric se confirme en tant que femme capable de sérieux et d’enfantillage. Son côté rêveur, désireux toujours d’aller au-delà des choses, prend nettement le dessus — dans cette exposition — sur l’aspect équilibré et stable du personnage public ayant travaillé jusqu’en 1989 sur des questions qui ont trait au développement, à la condition féminine, etc.

Tout au long de l’exposition tenue à la galerie Zamalek, elle met en avant des œuvres où le bleu est roi. Rien que les titres des tableaux ne sont pas sans rappeler d’autres de Joan Miro, tels Carnaval d’Arlequin et Danseurs acrobatiques. Elle aussi présente ses personnages s’envolant dans la nuit, une nuit fantasmagorique. Tout un répertoire de signes, de formes d’animaux, peut-être de protozoaires, de créatures avec des antennes sur la tête, d’engins comme des cerfs-volants, de tours comme des moulins à vent ou des phares lointains, de chats bottés … est agencé pour manifester une fantaisie débridée à la Miro. Le clair de lune fait souvent mieux sortir les dégradations du bleu, lequel est parfois assorti d’une dorure sur bois et papyrus. Ainsi, si l’ensemble des œuvres exposées narrent de petites fables dont seule l’artiste connaît les secrets, les œuvres dorées délivrent un mystère propre aux icônes. Des icônes modernes qu’elle enduit à l’acrylique.

Maja Soric est l’une des nombreuses Slaves marquées par les icônes de l’Europe orientale, sans doute. Mais c’est aussi l’une des nombreuses femmes qui se sont cherchées pendant très longtemps : « Au début, je peignais des visages comme emprisonnés dans des structures, hésitant entre sortir et ne pas sortir. Arrivée en Egypte vers 1989, j’ai commencé à peindre des papillons et des portes, ensuite des femmes (comme dans l’exposition au centre Hanaguer, en 1996) ». L’une de ses amies commentait son itinéraire en souriant, comme interprétant un rêve : avant tu étais bloquée, après tu as trouvé les papillons, les portes et maintenant tu es presque une femme libre. Elle tente en effet de l’être sérieusement, même si les spectres de Miro et de Ciuha sont toujours omniprésents.

Dalia Chams

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Jusqu’au 30 novembre à la galerie Zamalek, de 10h30 à 14h30 et de 20h à 23h (sauf les vendredis). 11, rue Al-Brazil. Tél : 735 12 40.

www.zamalekartgallery.com
 

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