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OMC .
Pour la première fois depuis le sommet de Cancun, des représentants
de douze pays africains se sont réunis cette semaine au Caire,
en présence du directeur de l'OMC, pour afficher leur intention
de reprendre les négociations le 15 décembre, à Genève.
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L'Afrique assouplit ses positions
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| « On
n'a initié aucune négociation. Nous n'avons pas discuté des
demandes, ni de ce que veulent les uns ou les autres »,
soulignait le ministre égyptien du Commerce extérieur, Youssef
Boutros-Ghali, à l'issue d'une réunion regroupant les représentants
de douze pays africains, avec le directeur de l'OMC, Supatchai
Panitchpakdi. Après avoir campé
fermement sur leurs positions à Cancun en septembre, les pays
africains ont fini par lâcher un peu de leste, et se sont remis
autour de la table, entre eux. « Nous avons seulement
formulé une déclaration claire, disant que nous sommes prêts
à reprendre les négociations à partir du texte de Derbez, bien
que nous ne sommes pas d'accord avec beaucoup d'éléments de
ce texte. Il a besoin d'être retravaillé très largement et notre
point de départ est l'agenda de Doha », poursuit Boutros-Ghali.
Le texte dit de Derbez est la déclaration finale élaborée à
Cancun par le président de la conférence le ministre mexicain
des Affaires étrangères, Luis Ernesto Derbez.
L'importance de
cette réunion inter-africaine tient au fait que c'est le premier
rassemblement des pays du Sud après l'échec de la conférence
de Cancun. Cet échec, le deuxième en huit ans d'existence, après
Seattle (1999), n'aurait pas eu lieu sans une alliance solide
des Pays en Voie de Développement (PVD). Un acte qui s'explique
par le fait que le texte en question épousait les positions
de l'Union Européenne (UE) et des Etats-Unis. Lors de la conférence
de l'APEC à Bangkok, les Etats-Unis avaient fait savoir qu'ils
étaient prêts à reprendre les négociations, mais l'UE reste
sur ses positions.
Bien que ce soient
eux qui ont interrompu les négociations, ce sont les pays du
Sud qui ont le plus besoin de ces négociations. « Le
but de cette réunion au Caire était d'afficher clairement que
les pays africains tiennent fortement à un système multilatéral,
et donc à l'organisation Mondiale du Commerce (OMC) »,
a expliqué Youssef Boutros-Ghali. |
Priorité à l'agriculture |
| « Ce
matin, on voulait discuter des dossiers dits de Singapour
(transparence des marchés publics, investissements, facilitation
du commerce, concurrence). On a décidé que non, la priorité
pour nous, pays africains, c'est l'agriculture. C'est de cela
qu'il faut discuter d'abord », a confié l'ambassadeur
du Mali, Mamadou Kaba, au terme de la première journée. Un avis
partagé par Boutros-Ghali. « Pour nous, la priorité
est à l'agriculture. Singapour, si on pouvait s'en passer, ça
sera pour le mieux ». Au cours de cette réunion, les
Africains ont tenu à réitérer que l'agriculture reste, pour
eux, la voie essentielle pour l'accès au marché. D'ailleurs,
le directeur de l'OMC s'est montré conciliant en proposant aux
pays africains d'examiner seulement deux des quatre dossiers
dits de Singapour lors des prochaines négociations.
Les ministres ont
tenu à rappeler à M. Supatchai que les positions du G20 se rapprochent
énormément de celles des pays africains. Un élément qui laisse
penser que dès la reprise des discussions le 15 décembre, l'UE
et les Etats-Unis devraient s'attendre à une alliance entre
les pays africains et le G20. Cette alliance avec le G20, qui
regroupe des pays comme l'Argentine, l'Inde, la Chine, ou encore
le Brésil, pourrait faire bénéficier aux pays africains de nombreux
avantages, notamment de l'utilisation d'une base de données
agricoles.
« On a
fait le tour des sujets qui nous intéressent, notamment du dossier
du coton qui doit être examiné en dehors des autres questions
agricoles », a déclaré le ministre de l'Industrie et
du Commerce du Mali, Maïga Chogral. Là encore, sur la question
du coton, les pays africains ont accepté d'assouplir leurs positions.
Tout en rappelant que l'Initiative du coton a une signification
socio-économique particulière pour l'Afrique, ils ont cependant
convenu que la question doit être examinée d'une manière « réaliste ».
C'est d'ailleurs le terme utilisé par l'UE qui jugeait l'initiative
du coton non réaliste.
Cette initiative
présentée à Cancun par le Bénin, le Burkina-Faso, le Mali et
le Tchad — au nom d'une vingtaine d'autres Etats africains
et avec l'appui du Brésil — proposait l'élimination en
trois ans des subventions sur le coton (33,3 % par an)
dont bénéficient les agricultures américaines et européennes.
Des mesures qui font perdre chaque année 250 millions de dollars
d'exportations aux pays africains. L'initiative demandait également
le paiement de compensations « pour le préjudice financier »
subi par les producteurs africains. Une demande qui a été écartée
du communiqué final de la réunion des pays africains. Les Africains
regardent en effet les subventions américaines au coton comme
une question de vie et de mort. « Réduire les subventions
pour les agriculteurs américains diminue leur marge de bénéfices,
mais pour nous, ne pas les réduire entraîne la famine pour des
millions d'Africains qui vivent de la culture du coton »,
poursuit un responsable africain sous couvert d'anonymat. Pour
leur part, les Américains avaient alors accusé les Africains
d'avoir recours à des arguments politiques et non pas techniques.
« Tous les pays nous ont soutenus sur la question »,
a souligné Maïga Chogral.
« Les pays
africains, s'ils restent solidaires, pourront réussir à avoir
un poids dans les négociations qui se dérouleront le 15 décembre
à Genève. S'ils mènent le combat comme ils l'ont fait à Cancun,
il n'y aura aucun problème. Cette réunion est un premier pas,
et les Africains vont saisir leur chance », assure
l'ambassadeur du Mali en Egypte, Mamadou Kaba. |
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Dahlia Réda
Réhab Moustafa
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« L'Egypte
tiendra les mêmes positions que celles présentées à Cancun » |
A quelques
semaines de la reprise des négociations de l'Organisation Mondiale
du Commerce, prévue à Genève le 15 décembre, le ministre égyptien
du Commerce extérieur, Youssef Boutros-Ghali, fait le point
sur les positions de l'Egypte après Cancun. |
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Al-Ahram Hebdo :
Qu'attendez vous de la réunion de l'OMC qui se tiendra le 15
décembre à Genève ?
Youssef Boutros-Ghali : On ne sait pas
encore ce qu'il se passera. Mais l'Egypte tiendra les mêmes
positions que celles présentées à Cancun.
— Après l'échec de Cancun, les Etats-Unis
avaient estimé que « rien ne pourrait reprendre avant
2005 », l'Union Européenne (UE) aussi. M. Supatchai
Panitchpakdi, directeur de l'OMC, a-t-il laissé entendre que
ces positions avaient changé ?
— Non, personne ne nous a dit qu'ils ont
changé, ces positions. Cependant, les pays en voie de développement
et la plupart des membres tiennent à la reprise des négociations
le plus vite possible, y compris Robert Zoellick, représentant
américain du Commerce, qui avait déclaré en Asie, lors de la
réunion de l'APEC (Asia-Pacific Economic Conference),
être prêt à reprendre les négociations à partir du texte final
de Derbez. Seule l'UE n'a pas encore affiché de position claire,
en disant qu'il était trop tôt pour reprendre les négociations,
ou bien qu'ils veulent encore du temps pour y penser. Mais les
Etats-Unis ont dit, au contraire : « Oui, commençons ».
Mais à quelles conditions, ça c'est une autre histoire. Les
Africains ont dit être prêts eux aussi à commencer.
— Est-ce que l'Egypte et les pays africains
comptent demander le soutien d'autres pays comme le Brésil ou
la Chine ?
— Pas encore. Ils ont tous discuté des
positions du G20, et ont vu qu'elles servaient largement les
intérêts des pays africains, mais il n'y a pas eu de décision
finale pour une quelconque adhésion. L'Egypte, elle, est déjà
membre du G20.
— L'Egypte adopte parfois des positions
différentes de celles des autres pays africains. Qu'en sera-t-il
cette fois-ci ?
— La plupart de nos positions vont de
pair avec celles des autres pays africains. Cependant, dans
le secteur des marchandises industrielles, de la facilitation
du commerce et des achats gouvernementaux, l'Egypte a un système
plus développé que celui du reste des pays africains. Par exemple,
en cas de la libéralisation du secteur industriel, on a plusieurs
industries très concurrentielles et donc nous pouvons jouer
avec cette carte pour décrocher des avantages dans d'autres
secteurs, alors que certains pays africains ne le peuvent pas.
Dans le secteur agricole, l'Egypte embrasse la totalité des
positions africaines ; dans le secteur industriel, on peut
faire mieux qu'eux, donc on est prêt à offrir plus pour recevoir
plus. Et l'Egypte épouse d'autres causes africaines qui ne nous
regardent pas du tout parce qu'elles concernent des Pays Moins
Avancés (PMA) comme la libéralisation du commerce pour les marchandises
industrielles. On épouse ces idées et négocie pour eux avec
les pays développés.
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Propos recueillis
par R.M |
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