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A peine quelques jours après sa naissance, Khaled Aboul-Naga jouait déjà la comédie. Depuis, le jeune homme n'a pas quitté le grand écran, où il impose avec force et avec charme le réalisme de son jeu.
Regard de velours, volonté d'acier

L'art, la science et le sport, un tiercé magique qui fait tout son charme. Khaled est un mélange de ces trois univers qui peuvent paraître contradictoires au premier abord. Mais grâce à ce tiercé, il a pu découvrir ses propres talents. Il a pu avoir une âme libre qui explore le monde sans crainte, ni complexes. Il a eu l'audace de partir à la conquête de ses propres rêves même s'ils semblaient inaccessibles. A Londres, il n'a pas hésité à aller étudier la conception des satellites et leur lancement dans l'espace, son domaine d'études et sa spécialisation. A Hollywood, il est allé de nouveau découvrir le monde du cinéma, une autre obsession qui ne lui a jamais quitté l'esprit. Il aligne tellement d'expériences accumulées en un temps record qu'on se demande comment un jeune d'une trentaine d'années a eu le temps de réaliser tous ces projets.

Il a l'art de brûler les étapes, ne rate jamais une opportunité. Ce qui explique pourquoi il a découvert le monde d'une manière très précoce. Il n'est donc pas étrange de savoir qu'il a joué son premier rôle au cinéma quand il avait à peine quelques jours comme si les feux des projecteurs lui étaient promis. Il apparaît ainsi en nouveau-né dans le film Al-Layali al-tawila (Les Longues nuits) de Nadia Loutfi, suivi par un rôle dans Gonoun al-hob (La Folie de l'amour) avec Naglaa Fathi et Hussein Fahmi, alors qu'il n'avait que 12 ans.

Diplômé de la faculté d'ingénieurs section télécommunications, joueur dans l'équipe nationale d'Egypte de water-polo, mannequin dans les plus grandes maisons de mode, animateur de programmes de variétés sur les chaînes thématiques, et finalement acteur remarquable pour les rôles qu'il a joués au cours de ces cinq dernières années dans le cinéma égyptien. Du Citoyen, l'indic et le voleur, en passant par Rendez-vous, Leih khalletni ahébbak (Pourquoi tu m'as fait t'aimer), Sahar al-layali (Veillés nocturnes) et Hob al-banat (L'Amour des filles) qui vient de recevoir un prix lors du dernier Festival du film du Caire, Khaled Aboul-Naga est devenu un des acteurs incontournables.

Pourtant, il serait injuste de lui attribuer uniquement le titre d'acteur, car Khaled Aboul-Naga est tout ce mélange en même temps. En le connaissant, il est extrêmement difficile de séparer l'acteur de l'animateur, ni l'ingénieur de l'artiste. « J'ai tiré partie de mes études d'ingénieur dans le cinéma. En lisant mes scénarios, je résume les scènes en une série de petits carrés. Une sorte de schéma ou de graphique qui me permet d'imaginer tout le film. En étalant les données, j'arrive à avoir une vision globale du film et à voir la place des scènes que je jouerai par rapport aux autres. L'ingénierie est un art en soi, l'art d'appliquer la science ».

Parfois, la profession se transforme en un simple hobby, pour que ce hobby vienne en premier et devienne une profession. C'est toujours dans le cinéma qu'il avoue trouver son aubaine. Un domaine qui correspond bien à son aisance, son regard perçant et son allure sportive. Et sa simplicité spontanée. Une simplicité qui donne souvent à ceux qui le connaissent peu une fausse impression de lui, celle d’un jeune acteur « léger » au style bourge très isolé des citoyens. Une image accentuée par la façon branchée dont il présentait ses programmes à la chaîne Nile Variétés et à la chaîne saoudienne MBC.

Pourtant, il n'est pas aussi simple que cela. Sa détermination à se réaliser dans le cinéma, son ambition sans limites et son expérience diversifiée font de lui un acteur qui se veut différent des autres acteurs de sa génération. Car Khaled Aboul-Naga se distingue non seulement par la nature des rôles qu'il choisit d'incarner, mais aussi par son style. « Mon rêve est de surprendre le public par des rôles inattendus. Des rôles très proches d'eux ou au contraire très excentriques, de façon à inciter à la réflexion ».

Dans Le Citoyen, l'indic et le voleur, de Daoud Abdel-Sayed, Khaled Aboul-Naga a joué le citoyen cultivé et isolé dans sa tour d'ivoire. L'idée du film est assez originale, car il aborde une relation qui naît entre trois personnages de milieux différents mais qui arrivent enfin à créer entre eux une vraie complicité.

Dans Sahar al-layali, ce film qui a réalisé un succès phénoménal en salles, son rôle était plus compliqué. Il s'agit d'une personne très organisée dans sa vie, plus qu'il le faut même, au point où elle devient prisonnière de sa propre routine. Une monotonie qui touche à sa vie conjugale et qui engendre chez sa femme un sentiment de frustration. Dans Hob al-banat, son dernier film, il joue le rôle d'une star orgueilleuse et qui vit dans une prison de célébrité artificielle de laquelle il n'arrive pas à s'en sortir. Une personne qui se veut toujours au centre de l'attention. « J'ai voulu montrer les deux visages de ce personnage, sa façade détestable et l'autre cachée qui fait de cette personne une victime. J'ai sympathisé avec le personnage et je n'ai pas voulu le présenter de façon à ce que l'on le déteste. Mais au contraire, j'ai voulu prouver qu'une star peut être la victime de son propre entourage. Ce qui la fait vivre dans un grand mensonge, un monde imaginaire auquel la star est la première à croire. J'ai essayé de jouer ce rôle de façon à ce qu'on comprenne pourquoi cette star porte ce masque. De peur qu'elle perde tous ceux qui l'entourent, une peur de la solitude mais aussi de découvrir son vrai soi-même ».

Une intelligence dans le choix de ses rôles qui a touché aussi aux pièces de théâtre. Là, il était plus audacieux encore, car il avait plus de liberté de dire tout haut ce que l'on murmure entre nous en toute discrétion. Dans la pièce West al-balad (Centre-ville), avec Abdel-Moneim Madbouli et Norhane, il a incarné Roméo dans une réadaptation moderne. Une pièce qui met l'amour face aux barrières imposées par les conditions de vie de notre époque. Cette année, avec la danseuse Dina, il prépare une nouvelle pièce où il jouera le rôle d'un capitaine de navire qui a passé toute sa vie dans les ports. A son retour dans son pays natal, il porte un regard critique sur une Egypte qu'il a quittée depuis des années et sur des citoyens qui lui paraissent étranges.

En plus d'un choix bien étudié de ses rôles, Khaled Aboul-Naga a excellé dans cette touche humaine qu'il donne à chacun de ses personnages. Avec des petits détails, il nous aidait à nous identifier à ces personnages, à leurs faiblesses et leurs chagrins tellement ils nous paraissent réels et proches de nous. « Pour l'ancienne génération d'acteurs, prouver ses talents voulait tout simplement dire exagérer dans l'interprétation. Aujourd'hui, je veux faire exactement le contraire. Je veux que le spectateur ne sente pas du tout que je suis en train de jouer ».

Son choix du spontané a attiré vers lui des metteurs en scène et des scénaristes non moins audacieux. Ce qui explique pourquoi le jeune acteur a eu la chance de travailler avec des noms comme Daoud Abdel-Sayed, Ali Abdel-Khaleq, Khaled Al-Haggar, Hani Khalifa et Sandra Nachaat. Ils l'ont marqués, mais moins que Dr Mahmoud Al-Louzi, son professeur de théâtre à l'Université américaine. « C'est la personne qui m'a le plus marqué. Sa passion est contagieuse ».

Aujourd'hui, il est devenu une star. Sans pourtant aimer les règles du monde du showbiz. « Il m'est souvent arrivé ces deux dernières années de recevoir des scénarios où on me donnait toute liberté de rajouter les scènes que je veux et même de choisir l'équipe qui participera avec moi ». Des règles qui l'inquiètent sur l'avenir du cinéma, car elles font de n'importe quel acteur un dictateur potentiel. « En ouvrant tous les matins les journaux, je m'étonne de la quantité de nouvelles et de photos qu'on publie sur moi ».

Une campagne médiatique trompeuse que Khaled préfère ignorer pour se concentrer plus sur ses objectifs réels. Il sait que le chemin reste long et que des obstacles émergeront à chaque période de sa vie. « Nous, les jeunes, navons été marginalisés pendant au moins dix ans car nous avons pris notre chance très tard en tant qu'acteurs, animateurs, ou en politique, les portes ne sont pas toutes ouvertes pour nous car nos médias restent contrôlés par l'Etat ».

Militant de nature, il a appris à ne pas céder ses droits facilement et n'hésite jamais à réclamer plus de liberté. Lors de son expérience en tant qu'animateur à la télévision égyptienne, il s'est heurté plusieurs fois à la routine et à la bureaucratie du système. « Nos systèmes draconiens sont très capables de tuer notre esprit créatif et nous risquons d'étouffer si nous y cédons ».

Parfois, il a appris à obtenir ses droits en contournant les lois. « Une fois, j'ai commencé un programme que je présentais à la télévision de cette manière : Nous allons discuter aujourd'hui en toute liberté de tous les sujets qui vous préoccupent, de la religion à la politique. La phrase a été censurée et le programme a été annulé. La fois d'après, je n'ai pas débuté par cette phrase, mais j'ai discuté de tous les sujets que je voulais, de la religion à la politique et le programme a été accepté ».

Mais, avec le temps, ce subterfuge n'a pu le convaincre. Homme libre, il a choisi le septième art où les moyens d'expression sont moins livrés aux contraintes. Un objectif pas forcément définitif car un nouveau rêve peut bientôt lui caresser l'esprit, celui de s'aventurer dans la mise en scène où il sera encore plus libre de dire ce qu'il sent.

Amira Doss

Jalons

1994 : Diplôme de télécommunications de l'université d'Aïn-Chams.

1994 : Etudes de mise en scène à Hollywood.

1995 : Bourse à Londres pour des études de conception de satellites.

1996 : Prix de la biennale du Caire pour la mise en scène du court métrage Negmet al-roh.

2001 : Prix du meilleur film de l'Association du film égyptien pour Le Citoyen, l'indic et le voleur.

2003 : Sortie du film Sahar al-layali, le seul film égyptien nominé cette année à l'Oscar.

2003 : Décoré au Festival du film du Caire pour son film Hob al-banat.

 

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