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Santé . Acupuncture, thérapie par l'ozone, par les plantes, ou encore magnéto-thérapie ... Face à l'incapacité de la médecine traditionnelle à les guérir de leurs maux, nombreux sont ceux qui se tournent vers la médecine douce. Mais malgré l'engouement qui entoure ces pratiques, celles-ci ne sont toujours pas reconnues par les autorités.

Médecine à la marge

Des douleurs récurrentes aux épaules et aux jambes ont rendu sa vie pénible, et une forte migraine l'a longtemps fait souffrir. Cela a duré pendant 10 ans. Zouzou a consulté plusieurs médecins et spécialistes, en vain. Son entourage a fini par croire que son mal avait une origine nerveuse ou psychologique. Lasse, Zouzou, 70 ans, est alors allée voir un psychiatre qui lui a prescrit des calmants. Mais rien à faire, son état ne s'est pas amélioré. Un jour, alors qu'elle regardait une émission portant sur les effets néfastes des médicaments, elle décida de ne plus en prendre. « A force d'avaler des comprimés, le corps finit par développer une résistance », explique le médecin. En effet, depuis quelque temps, Zouzou, comme beaucoup d'autres patients, a recours à une médecine plus douce et pense que la médecine classique provoque des effets secondaires. Pour apaiser ses douleurs, elle a recours au docteur Kamal Al-Gogari, un acupuncteur. « J'ai toujours cru que l'acupuncture ne traitait que l'obésité, et en fait, elle est efficace pour d'autres problèmes de santé », assure-t-elle. Les séances d'acupuncture qu'elle doit suivre trois fois par semaine lui ont coûté 360 L.E. par mois.

Soulager la douleur par une thérapie moins agressive et qui ne présente aucun risque pour la santé, telle est la particularité de l'acupuncture. Introduite en Egypte en 1976, ce traitement consiste à planter des aiguilles dans certains points du corps, sur des « lignes de forces » vitales, parfois éloignées de l'endroit qui fait souffrir. Une technique de plus en plus appréciée en Egypte, que l'on utilise dans certains cas de paralysie. 32 à 36 séances, de 10 à 30 minutes chacune, sont nécessaires pour traiter le patient. « L'acupuncture est fondée sur le principe de palpation directe de certains organes par des points cutanés, réunis par des lignes imaginaires au nombre de douze, dispersées dans tout le corps humain, de la tête jusqu'aux extrémités des 4 membres supérieurs et inférieurs. Le contact des pôles fondamentaux permet de contrôler l'expansion de l'énergie. L'équilibre de cette énergie est obtenu en piquant ces points », explique le Dr Kamal Gogari, vice-président de l'Union internationale du traitement par l'acupuncture et pionnier de la médecine parallèle en Egypte.

Ce médecin a prouvé l'efficacité de cette thérapie dans les cas désespérés de douleurs. En effet, l'état de santé de Zouzou s'est nettement amélioré depuis qu'elle a entamé ce traitement. Pourtant, le ministère de la Santé continue à ne pas reconnaître les bienfaits de cette thérapie au point que la clinique du Dr Kamal Al-Gogari a fait l'objet d'une fermeture administrative trois fois en une année. Ce docteur, diplômé en médecine naturelle dans une université chinoise, estime qu'il est en droit d'exercer la médecine parallèle. « Il n'existe aucun département scientifique qui porte le nom de médecine complémentaire ou parallèle dans les facultés de médecine. Les 148 000 médecins accrédités par le ministère de la Santé depuis 1929 et les cliniques dont le nombre s'élève à 40 000, dont 9 000 au Caire et 4 000 à Alexandrie, ne pratiquent que la médecine classique. Très peu de médecins sont qualifiés pour l'acupuncture et beaucoup en profitent pour gagner de l'argent. Et il est difficile de les dénombrer », déclare le Dr Maher Abdel-Gawwad, un responsable du ministère de la Santé.


Traque aux charlatans

Pour venir à bout de ces escrocs, le ministère de la Santé a ordonné une inspection de tous les cabinets et cliniques privés au début de l'année 2002, afin d'identifier ceux qui transgressent la loi, en contrôlant les enseignes de cabinets médicaux et en vérifiant si la spécialité exercée est bien respectée et figure bien sur la liste des médecins. Et pour mettre fin à cette pratique qui commence à avoir le vent en poupe, le ministre de la Santé, le Dr Mohamad Awad Tagueddine, a promulgué une loi pour la création d'un comité de suivi. Dirigé par le Dr Mamdouh Gabr, ex-ministre de la Santé, ce comité instauré par décret ministériel n°255/93 et n°292/2002, stipule que tout médecin voulant pratiquer une nouvelle thérapie doit la soumettre au comité et justifier son efficacité. Si le comité est convaincu, on lui accorde le droit de l'exercer, sinon, sa requête est rejetée. « Jusqu'à l'heure actuelle, le comité n'a accordé aucune autorisation pour une médecine parallèle à l'exception du Dr Mamdouh Al-Far, qui en a obtenu une pour exercer la médecine de l'ozone », explique le Dr Assem Abdel-Nasser, un des responsables du ministère de la Santé. Parmi les 20 médecins qui ont soumis leur demande, Mamdouh Al-Far a été le seul à avoir obtenu l'accord du comité. Et le ministère n'a pas émis d'opposition à cette décision. « A la seule condition que cette nouvelle thérapie soit pratiquée dans les hôpitaux gouvernementaux afin que le comité puisse contrôler son efficacité pour pouvoir délivrer plus tard un brevet au médecin », ajoute le Dr Assem Abdel-Nasser.

La thérapie par l'ozone traite, à l'aide d'un générateur diffusant ce produit, les malades qui souffrent de brûlures, de douleurs rhumatismales. Oum Alaa souffre de rhumatisme depuis 15 ans. Elle a pris tous les analgésiques pour apaiser ses douleurs, mais sans résultat. C'est alors qu'on lui a conseillé de se rendre à l'hôpital de Maahad Nasser pour suivre une thérapie par l'ozone. Mais rien de nouveau pour Oum Alaa qui continue de souffrir. « Cela fait deux mois que ma femme se rend à l'hôpital et son état de santé est le même. On a perdu notre temps car elle doit se rendre à l'hôpital trois fois par semaine, mais aussi beaucoup d'argent car on a déboursé plus de 700 L.E. », déplore son époux, Am Zayed Khalifa, ouvrier.

Que les résultats soient sûrs ou incertains, qu'il s'agisse de gens aisés ou de personnes modestes, tous souhaitent suivre une thérapie qui n'entraînerait pas d'effets secondaires. « On sait que les médicaments provoquent des effets secondaires, mais avec cette nouvelle thérapie, cela pourrait être pire à long terme et on ne le sait pas », conclut le Dr Maher Abdel-Gawwad.

A ses débuts, cette médecine douce portait le nom de médecine alternative. Une appellation qui n'a pas duré, car les partisans de la médecine traditionnelle l'ont rejetée donnant comme argument que rien ne peut remplacer la médecine traditionnelle. « A mon avis, le ministère de la Santé ne va jamais reconnaître cette nouvelle thérapie : Les portes des sociétés de médicaments, des hôpitaux et des cliniques, des médecins classiques se retrouveront fermées », note un responsable au ministère de la Santé.

Néanmoins, c'est une science très connue comportant 200 branches dont l'acupuncture, l'homéopathie, la thérapie par les herbes naturelles, le yoga, la thérapie par les couleurs ou même la musique. Cette médecine douce est pratiquée en Egypte depuis environ huit ans. Cependant, dans d'autres pays du Moyen-Orient, la médecine complémentaire est pratiquée et homologuée depuis plus de 15 ans. Des conférences annuelles sont organisées et rassemblent les praticiens des quatre coins du monde. Elles permettent à ces spécialistes d'être au courant des dernières évolutions de cette médecine. « Mais on ne participe pas à ce genre de conférences. Si l'on s'y rend, cela veut dire que l'on accepte cette nouvelle médecine qui n'a aucune base scientifique », ajoute le Dr Assem Abdel-Nasser.


Bienfaits des plantes

Exactement comme ce qui est arrivé avec le Dr Ibrahim Korayem. Ce dernier qui a reçu une formation d'ingénieur, et qui ne connaît donc rien à la médecine, s'est échappé du rez-de-chaussée de sa villa à Maadi en apprenant qu'un comité du ministère de la Santé était venu l'inspecter. « Il s'est enfui, car il a transgressé la loi », explique le Dr Maher Abdel-Gawwad. Ibrahim Korayem a commencé à exercer la médecine complémentairil y a 5 ans environ. Il soigne ses patients à travers les formes géométriques. Il confectionne des pièces soit en or, en argent, en acier ou en métal, conformément à son patient pour mettre fin à son mal. « En arrivant chez lui, on a été surpris de voir que des centaines de personnes l'attendaient pour une consultation ! », ajoute le Dr Maher Abdel-Gawwad. « Tout cela n'est que superstition bien sûr. Hélas ! 90 % des Egyptiens sont naïfs. L'homme de la rue et même des gens bien connus croient à tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait », ajoute le Dr Maher Abdel-Gawwad. Les personnes ne croient pas seulement à la biogéométrie d'Ibrahim Korayem, mais aussi à la magnéto-thérapie. Albert Tanios, magnéto-thérapeute égyptien, vit et pratique la magnéto-thérapie en France. Il est resté impressionné par le nombre de patients égyptiens qui s'intéressent à cette thérapie. Lors de sa dernière visite en Egypte où il a accordé une interview télévisée, il expliquait ce qui suit : « J'ai eu du mal à sortir du studio et même de l'immeuble de la télévision égyptienne à cause de la foule. Elle était constituée de patients tout âge et classe confondus » . Albert Tanios a dû partir en France pour exercer cette spécialité, car en Egypte, on ne reconnaît pas ce genre de thérapie. Selon ce principe, l'homme est directement lié à la terre par un champ magnétique. « Les deux pôles nord-sud sont indissociables si l'on divise un aimant en deux parties, chacune d'elles conserve ses propres pôles nord et sud. C'est à l'extrémité de ces portions ainsi divisées que la force magnétique est la plus efficace », explique le Dr Albert Tanios. Racha, qui a beaucoup souffert de douleurs lombaires, a trouvé ce remède miraculeux. « J'ai essayé toutes les pommades et avalé beaucoup d'analgésiques durant deux ans, sans résultat. Le traitement par la magnéto-thérapie est extraordinaire, il a l'avantage de ne pas entraîner d'effets secondaires », note Racha avec assurance.

En fait, un consensus semble avoir été établi entre les praticiens de la médecine classique et ceux de la médecine douce sur l'efficacité et les limites de ces deux médecines dans les différentes spécialités. Mais la seule médecine parallèle que le ministère de la Santé ne peut pas renier est celle de la médecine par les plantes, qui ne fait aucun mal. « Je souffre depuis trois ans. Mon mal commence par un vertige, ensuite je suis prise par de vomissements qui peuvent durer une demi-heure et j'ai des maux de tête terribles. Par la suite, je suis incapable de marcher car mes mains et mes jambes sont gelées », raconte Maha. Cette dernière a fait un bilan complet de santé : analyses de sang, taux de sucre, cholestérol, fonctions biliaires et rénales, et a passé des examens radiologiques : un électrocardiogramme, un encéphalogramme, sans que personne ne parvienne à trouver son mal. Enfin, on lui conseilla d'aller voir un gastro-entérologue, le Dr Ali Moënes, connu pour ses ordonnances à base de plantes naturelles. Ce professeur en gastro-entérologie à l'Université d'Aïn-Chams est un praticien de la médecine parallèle. Enfin, il s'est avéré que l'estomac de Racha est allergique à tout médicament. Un conseil qui va changer la vie de cette jeune femme. Aujourd'hui, lorsqu'elle souffre de diarrhée, elle fait bouillir un peu de cumin avec deux citrons. Pour les maux d'estomac, elle prend une tisane à la menthe. Elle suit attentivement la thérapie de ce médecin. « En effet, les médicaments seraient à l'origine de 15 % des cas des ulcères de l'estomac, et de 12 % des ulcères du duodénum », déclare le Dr Ali Moënes.

Un grand nombre de personnes préfèrent désormais suivre la médecine parallèle ou se traiter par les plantes. Le retour à tout ce qui est naturel est devenu à la mode, non seulement en Egypte mais aussi dans le monde entier. Et pour ne pas tomber dans l'erreur, il faut que les médecins et les pharmaciens étudient cette matière à l'université.

Manar Attiya

Thérapies d'un autre âge

« Soigner en faisant le travail des dieux ». Telle était la philosophie des Grecs. Le mot thérapie vient d'ailleurs du grec therapeia, et signifie sagesse. Toutes les techniques modernes de soins, dites thérapies, portent des racines grecques, ou remontent même à l'époque des pharaons. La magnéto-thérapie, l'acupuncture, la médecine douce, etc. Ainsi, Cléopâtre (50 ans av. J.-C.), célèbre pour sa beauté, aurait dormi avec un aimant sur le front pour se protéger des douleurs. En Egypte, les aimants étaient considérés comme des forces pénétrées par la lumière d'Horus, le dieu du soleil. « En Haute-Egypte, ce type de remèdes prévalent et les pharaons d'Egypte ont été les premiers dans l'Histoire à traiter la douleur en se servant des aimants. Des objets magnétiques ayant la forme de colliers, de bracelets, étaient portés par les pharaons et servaient à soulager les arthroses et les rhumatismes », explique le Dr Albert Tanios, magnéto-thérapeute en France.

Les examens radiologiques effectués il y a quelques années à Paris sur des momies, et précisément celle de Ramsès II, ont révélé que ce pharaon soulageait ses douleurs rhumatismales par le port d'objets magnétiques. Beaucoup de pharaons se lavaient le corps avec de l'eau de source magnétisée ou bien se recouvraient le corps de sable composé d'un taux d'oxyde de fer très élevé, à l'exemple de celui d'Assouan ou de Hélouan.

Les livres d'Histoire prouvent aussi que les aimants ont été utilisés dans le traitement de diverses maladies. De plus, les fresques de l'époque et les papyrus exposés aux Musées égyptien, britannique et celui de New York révèlent que les pharaons utilisaient l'acupuncture de manière primitive pour traiter certaines maladies. « C'est pourquoi je préfère dire acupuncture pharaonique et non chinoise », déclare fièrement le Dr Kamal Al-Gogari, vice-président de l'Union internationale et pionnier de cette médecine en Egypte.

M. A.

 
 

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