Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Quand les crises s’enchevêtrent
Par Mohamed Sid-Ahmed

J’ai assisté à un colloque tenu à Paris, organisé par l’ex-ministre français des Affaires étrangères, Hervé de Charrette sur le thème Les crises de l'eau. En particulier la pénurie d’eau qui touche actuellement de nombreuses régions du monde et constitue un fléau écologique dont les séquelles restent difficiles à prévoir.

Le problème qui nous préoccupe particulièrement, nous les Arabes, est le suivant : comment réagir quand plusieurs crises surgissent simultanément ? Notamment celles causées par l’homme parallèlement à celles provoquées par la nature. C’est dans cette perspective que s’inscrit la situation au Proche-Orient. Il y a actuellement des conflits meurtriers causés par les hommes comme le conflit palestino-israélien et l’occupation de l’Iraq, en plus de nombreux foyers de tension qui s’élargissent pour envahir la région en entier. Outre ces crises, il y en a une relative à la nature, celle de la pénurie d’eau.

De prime abord, il pourrait sembler qu’il n’y a pas de lien direct entre la crise de l’eau et les conditions climatiques perturbées dans le monde entier d’un côté, (l’été passé, l’Europe a connu des conditions très difficiles et même la Californie a subi des incendies à cause de la sécheresse), et les conflits politiques qui ont toujours occupé le devant de la scène de l’autre côté, en particulier au Proche-Orient. Mais une chose est sûre : il est presque impossible de contrôler les conséquences qui résultent de ces crises enchevêtrées et variées. Ce qui nécessite une réorganisation rapide de toute la situation, avant qu’il ne soit trop tard.

Les crises naturelles comme celle de l’eau ne connaissent pas de limites politiques et les crises causées par les hommes ont tendance dans notre monde « mondialisé » à négliger elles aussi les frontières politiques des Etats. C’est pour cela que le tout est enchevêtré et il est difficile de remédier à une crise sans en faire autant avec toutes les autres.


Une équation simple

Il peut sembler que le remède de la crise de l’eau sur le littoral Sud de la Méditerranée est géré par une équation très simple. Il y a l’eau de la Méditerranée (ainsi que celle de la mer Rouge), il y a un désert immense qui s'étend de l’océan Atlantique à l’ouest, au Pakistan à l’Est et au détroit de Bab Al-Mendab au Sud, et il y a une source inépuisable d’énergie, celle du soleil qui nous permet de transporter l’eau de la mer vers le désert en effectuant une opération de dessalement puis de purification. Ici, l’énergie solaire nous évite d’avoir recours à l’énergie nucléaire avec ses nombreux dangers.

Certains pourraient donc dire que le dessalement de l’eau des mers n’est plus un processus impossible comme il l’était jusqu’à un temps proche à cause de ses coûts élevés. Selon le colloque de Paris, Israël aurait réussi grâce à une découverte technologique à baisser les coûts de dessalement de l’eau de mer de 1 dollar à un demi-dollar par mètre cube, et ce grâce à l’emploi de l’électricité et non de l’énergie nucléaire. Il est important de remarquer que l’installation de trois rangs de miroirs concaves de Casablanca à l’ouest jusqu’à Rafah à l’Est suffit à fournir une quantité d’énergie solaire égale à quatre fois de l’électricité actuellement consommée par toute l’Europe.

A la lumière de ces données, on pourrait être surpris que la solution au manque d’eau reste un problème difficile et compliqué à cause des coûts exorbitants au niveau mondial alors que les progrès scientifique et technologique atteignent aujourd'hui un niveau sans précédent, au point de chercher des sources d’eau potable non seulement sur la terre, mais également sur la planète Mars !


Le défi israélien

A ce propos, nous devons surtout prendre en considération le défi que pose la capacité d’Israël à baisser les coûts de production d’eau potable. Si Israël réussit à installer des stations de dessalement des eaux de mer à des prix remarquablement inférieurs aux prix actuels dans le monde entier, ceci signifie qu’il aura la suprématie sur le monde arabe en entier alors que la pénurie d’eau semble indiquer une situation critique au cours des dix prochaines années. C’est ainsi qu’après avoir occupé les territoires, Israël réussira à parvenir à un autre genre de domination en possédant les clés de l’eau potable dans des conditions de rareté.

Au cours des dix dernières années, j’ai beaucoup écrit sur la crise de l’eau et l’utilisation de cette crise comme arme politique dans les différents conflits au Proche-Orient. J’ai souvent dit qu’il était important que le monde arabe profite des richesses qu’il possède, en particulier les surplus pétroliers pour installer des stations de dessalement des eaux de mer, en vue de baisser le coût de ce processus et d'encourager de nouvelles découvertes dans ce domaine. C’est ainsi qu’il serait possible d’ôter à Israël sa suprématie dans ce domaine. Avec la pénurie croissante d’eau, ce processus devient une nécessité absolue dont dépendrait peut-être l’avenir des relations arabo-israéliennes.

Il est vrai qu’il y a des limites au dessalement de l’eau de mer. Il faut éviter de trop en abuser pour empêcher que les mers ne deviennent trop salées, ce qui constituerait un élément de pollution et par conséquent nuirait à la richesse piscicole, et pourrait produire d’autres effets nuisibles à l’environnement.

Dans cette compétition, l’arme d’Israël est la qualité, c’est-à-dire les découvertes scientifiques et technologiques visant à réaliser son hégémonie. L’arme des parties arabes est la quantité, c’est-à-dire que les projets de dessalement doivent être aussi énormes que le désert arabe pour pouvoir baisser les coûts. Il paraît qu’Israël a reçu des milliards de dollars de la part des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Japon. Les Arabes doivent pouvoir trancher la situation par l’intermédiaire de leurs capacités financières non seulement en ôtant à Israël sa suprématie dans ce domaine, mais aussi en tentant de parvenir à un règlement politique. Et ce en convainquant les parties européennes qu’il est impossible d’avoir une position envers le règlement visant à réduire le fossé entre les deux parties en conflit et en même temps avoir une position envers la crise de l’eau qui soutient la suprématie israélienne et nuit à la capacité des Arabes à diminuer le fossé.

C’est là que réside la contradiction dans la position européenne et que j’ai tenté de mettre en lumière au cours du colloque de Paris. A mon avis, il était important d’agir ainsi dans l'Etat européen le plus à même de comprendre cette contradiction.

Haut de page
Peut-on accepter
la démocratie américaine ?

Par Salama A. Salama

Le monde et les peuples arabes ont incontestablement besoin de la démocratie. Celle-ci est devenue l'une des questions les plus urgentes dans la vie des Arabes parce qu'elle constitue la plus courte voie vers le progrès et la participation populaire dans la prise de décisions. Les problèmes de développement sont intimement liés au degré de maturité politique. Cette maturité est à même de protéger la région contre les ambitions d'hégémonie étrangère.

D'où notre soutien à l'invitation du président George W. Bush à instaurer la démocratie au Proche-Orient. Ce dernier a en effet reconnu l'erreur des anciennes Administrations américaines qui ont soutenu des régimes dictatoriaux aux dépens des peuples et de leurs intérêts. Cependant, cette déclaration de Bush n'est pas tout à fait innocente. La preuve : les Etats-Unis et Israël soutiennent le régime en Mauritanie qui a exercé les pires formes de répression contre les opposants afin de les empêcher de participer aux élections présidentielles. En Azerbaïdjan, Washington a fermé les yeux sur la transmission par la force du pouvoir du père Aliev à son fils. En contrepartie, l'Azerbaïdjan doit autoriser aux Américains d'installer des bases militaires pour attaquer l'Afghanistan et l'Iraq.

Cependant, Bush et son Administration n'ont pu régler jusqu'à présent, malgré les discussions et les débats soulevés sur ce sujet, une question très importante : la démocratie n'est nullement un système qui peut être imposé de l'extérieur. Au contraire, elle doit provenir de l'intérieur, d'un processus historique et d'une accumulation d'actions politiques. Plus encore, toute tentative d'interférer, d'exercer des pressions et de donner des leçons aura indubitablement des effets contraires.

Cela ne veut pas dire que nous défendons l'état actuel de la démocratie dans le monde arabe, mais il faut avouer que l'image véhiculée par Bush à cet égard est erronée, elle prouve même une véritable ignorance de la situation arabe. Notons de même que l'intérêt soudain des Etats-Unis pour la diffusion de la démocratie dans la région soulève des suspicions plutôt qu'il n'inspire la confiance. Des soupçons selon lesquels l'intérêt américain à démocratiser les Arabes cache des objectifs inavoués autres que la démocratie au vrai sens du terme.

L'Egypte était à l'avant-garde des pays arabes en ce qui concerne le processus de paix au Proche-Orient. Mais il s'est avéré que la conception de l'Egypte concernant la paix diffère complètement de celle des Etats-Unis. L'Administration Bush en particulier a joué le pire des rôles pour retrouver la paix dans la région. Plus encore, la région n'a jamais atteint un si haut degré de chaos, de violence et de méfiance en la paix américano-israélienne comme c'est le cas aujourd'hui. Mais de toute façon, nous remercions le président américain d'avoir réalisé enfin que l'islam n'est pas contraire à la démocratie !

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631