| |
|
Alexandrie .
Depuis toujours, la ville fascine et attire les écrivains.
Chacun dans sa langue, ils ont consacré certaines de
leurs plus belles pages à leur amour pour cette cité.
|
Cosmopolitisme
littéraire |
Il
n'est pas étonnant, pour une ville comme Alexandrie,
au caractère essentiellement cosmopolite, d'avoir inspiré
une littérature écrite dans les langues qui s'y parlaient
le plus : le grec, l'anglais, l'italien et bien
sûr l'arabe, mais surtout le français, « La
Lingua Franca » d'Alexandrie et ceci durant
plus d'un siècle. Voici ce qu'écrit Ibn Battouta de
Tanger dans Voyages et périple en 1356 :
« Alexandrie est un joyau dont l'éclat est manifeste,
et une vierge qui brille avec ses ornements. Elle illumine
l'Occident par sa splendeur, elle réunit les beautés
les plus diverses à cause de se situation entre l'Orient
et le couchant ».
Quand
on pense à la littérature alexandrine, toute une pléiade
de noms illustres déferlent devant nos yeux. Néanmoins
c'est le nom du grand poète grec, Constantin Cavafis,
né à Alexandrie, qui nous vient en premier à l'esprit.
Malgré de longues absences en Angleterre et à Constantinople,
Cavafis a toujours voulu être considéré comme alexandrin.
De son vivant, il était déjà réputé comme étant un grand
poète, mais c'est surtout après sa mort qu'on s'est
rendu compte qu'il s'agissait d'un des plus grands poètes
du XXe siècle. Sa maison à l'ancienne, rue Sepsius,
aujourd'hui rue Charm Al-Cheikh, est un lieu de pèlerinage.
C'est là qu'il y mourut en 1933. On essaie, encore,
d'interpréter les œuvres du grand poète et l'on reste
rêveurs devant un de ses poèmes, celui d'un visionnaire,
qui finit par ces mots : « Et dis Adieu
à Alexandrie que tu perds », le poète aurait-il
prédit les changements qui bouleversèrent cette société
cosmopolite, une décennie après la fin de la seconde
guerre mondiale ?
E.M.
Forster avait connu Cavafis, et a été l'un des premiers
avec l'athénien Grisgoris Xénopoulos, à reconnaître
le talent du poète. Forster en était à ses premiers
écrits littéraires, jeune infirmier pendant la première
guerre mondiale, posté dans un hôpital militaire britannique,
il aima cette ville plus que tout autre écrivain. Et
à chacune de ses pages, on ressent l'amour qui s'en
dégage, surtout dans son livre Alexandria an History
and a Guide : L'Alexandrie médiévale et moderne
y est dépeinte d'une façon unique, qui fait de ce « guide »
un livre encore valable 80 ans après sa parution. Suite
à son bref séjour dans cette cité, apparaît son deuxième
ouvrage Pharos and Pharillion. Son livre Passage
to India le rendra mondialement célèbre. Forster
dans Alexandria an History and Guide décrit le
déplacement des deux obélisques (aiguilles de Cléopâtre)
dont l'une est aujourd'hui dans Central Park, à New
York, et l'autre à Londres, au bord de la Tamise. Les
déplacements de ces admirables antiquités eurent lieu
avec la bénédiction de Mohamad Ali pacha, qui en fit
cadeau à l'Angleterre et à l'Amérique.
Le
grand poète italien Guiseppe Ungaretti naquit à Alexandrie
où il passa son enfance et son adolescence. Son père
travaillait à Suez lors du creusement du Canal. Après
la mort du père d'Ungaretti, sa mère ouvrit une boulangerie
dans le quartier de Moharram Bey. Peu de temps, plus
tard, Ungaretti s'établit en Italie et ne revient à
sa ville natale que pour de brefs séjours. Il n'y a
aucun doute que son enfance à Alexandrie a marqué son
œuvre. Dans son vieil âge, c'est toujours avec amour
et nostalgie qu'il évoque sa ville natale. Il meurt
en 1970. Citons un court extrait de Vie d'un homme :
Je
t'ai vue, Alexandrie
Friable
sur tes bases fantômales
Qui
te changeaient pour moi en souvenir
Dans
un baiser en suspens de lumières ...
Je
suis d’un autre sang, je ne t'ai pas perdue.
Fausta
Cialente est une Italienne née à Alexandrie dans le
quartier de Cléopâtra, qui était alors une station balnéaire
au début du XXe siècle. Elle est moins connue que d'autres
écrivains ou poètes. Mais il s'agit néanmoins, d'un
admirable écrivain qui a su capter dans sa Balada
levantina et son Cortile à Cléopâtra,
la vie paisible et les vicissitudes de petites gens
de cette grande ville. |
La
ville fictive
|
Mais
c'est surtout Lawrence Durrell qui est associé à Alexandrie
avec son fameux Quatuor d'Alexandrie qui obtint
un succès universel. Durrell arrive à Alexandrie de
la Grèce lors de l'occupation de ce pays par les forces
de l'Axe. Il a déjà écrit des poèmes et un livre sur
Corfou, où il passa, sur cette île, une bonne partie
de sa jeunesse.
Durrell
connaissait les vers de Cavafis parlant d'Alexandrie.
En arrivant dans cette ville, il prend un poste dépendant
du Foreign Office. Malheureusement, notre cité
le déçoit ainsi que ses habitants. Il habite pour un
moment, dans une tourelle en forme de pigeonnier, située
dans la rue Al-Maïmoun à Moharram Bey.
Ils
sont nombreux les lecteurs du Quatuor qui ont
connu Alexandrie à travers ce roman, à travers ses personnages :
Justine, Cléa, Nessim, Mountolive, Balthazar ...
Mais contrairement à ce qu'affirme l'auteur, dans l'avant-propos,
son « Alexandrie » est fictive, « Durrellienne »
comme le sont ses personnages. Justine, Cléa, Nessim,
se sont imposés comme Alexandrins, sans l'avoir jamais
été. Toutefois, il ne fait aucun doute qu'il s'agit,
là, d'un grand roman qui a fait rêver des générations
et fera encore rêver des générations. L'amoureux de
cette Alexandrie mythique meurt en 1990
Stratis
Tsirkas (1911-1980) est parmi les sommités, qui forment
les « Grands » de la littérature du
XXe siècle. Ce Grec ne vit pas en permanence à Alexandrie,
mais y passe souvent l'été. Précisons qu'il est cairote.
Ses premiers récits, dont Noureddine Bamba, est
un petit chef-d'œuvre, qui décrit les peines et
les vicissitudes des fellahs qui vivent dans les plantations.
Tsirkas fait un apport important à l'histoire d'Alexandrie
dans son livre quasi biographique Cavafis et son
époque. Mais son œuvre majeure est sa trilogie :
Cités à la dérive.
Mais
citons un grand, parmi les « Grands ».
Nous nommons Naguib Mahfouz (né en 1912), prix Nobel.
Voici un bref extrait de son roman Miramar :
« Marianna, ma chère Marianna ! J'espère
te retrouver, comme je l'ai tant souhaité dans la citadelle
historique, sinon que la paix soit sur moi. Il
ne me reste pas beaucoup à vivre et la vie se répète
bizarrement devant mes yeux fatigués surmontés de sourcils
blancs peu fournis ... Alexandrie me voilà enfin
de retour ». — Son livre Miramar
est suivi de Filles d'Alexandrie. — Nous
nous devons de citer Edouard Al-Kharrat (né en 1926),
qui vint, il n'y a pas si longtemps, nous présenter
ses poèmes au Centre culturel français d'Alexandrie.
Voici un tout petit extrait d’Alexandrie, terre
de safran : « Le ciel au-dessus
de moi était devenu immense et effrayant, il portait
la mort au sein de sa voûte, une mort aux coups précis,
lourds et définitifs. La lumière rayonnante de la lune
avait quelque chose de cruel (... !) Cette
nuit-là, la torpille qui tombait de l'avion italien,
au-dessus du tombeau de Sidi Aboul-Dardar, ne toucha
jamais le sol ( ... !) ».
Nous
ne pouvons énumérer tous les poètes et écrivains, amoureux
de la Perle de la Méditerranée. Néanmoins, citons le
contemporain Ibrahim Abdel-Méguid, Gérard de Nerval : Voyages
en Orient (1851), Gustave Flaubert : Lettres
à sa mère (1849), Eugène Fromentin : Voyage
en Egypte (1869), Olivier Rollin, venu il y a quelques
années à Alexandrie : Sept villes, Rivages
(1988), Daniel Rondeau Alexandrie Robert
Solé (1948) et tant d'autres, qui ont inscrit leurs
noms dans une grande lignée des écrivains et poètes
alexandrins. |
Gisèle
Boulad |
|
| Retour
au sommaire |
| |
|
|
|