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Porte-parole du mouvement du Djihad islamique palestinien, Khaled Al-Batch évoque la politique de son mouvement à l'égard du processus de paix et sa position vis-à-vis d'une trêve avec Israël.
« Le Djihad est prêt à accepter
une trêve sous conditions
 »

Gaza,
De notre correspondant —

Al-Ahram Hebdo : Le Djihad islamique est-il prêt à conclure une trêve avec Israël ?
Khaled Al-Batch : Il faut d'abord que nous soyons clairs à propos d'une chose : lorsque la notion de trêve est évoquée, nombreux sont ceux qui croient que le peuple palestinien fait la pluie et le beau temps, qu'il est capable de faire la trêve ou de faire la guerre. Ceci n'est pas vrai. Le peuple palestinien possède seulement la volonté de résistance. Il ne détient pas la force militaire capable de gérer le conflit avec les Israéliens. Nous sommes injustes envers nous-mêmes lorsque nous disons que nous allons décider d'une trêve, car ceci montre qu'Israël est le pays victime et que nous sommes les agresseurs. Celui qui doit parler de la trêve, c'est Israël, car c'est lui l'agresseur qui possède des avions F16, des hélicoptères Apache et des chars. La trêve doit provenir de la partie la plus forte, c'est-à-dire l'occupant. De toute façon, nous, au Djihad, nous pensons que la trêve dans la phase actuelle n'a aucun sens. C'est Israël qui n'a pas respecté la dernière trêve annoncée par la résistance palestinienne le 29 juin dernier, car elle émanait d'une seule partie, alors qu'Israël commettait davantage d'assassinats et de destruction, comme l'assassinat d'Ismaïl Abou-Chanab, un des dirigeants du Hamas.
A l'heure actuelle, nous ne devons pas parler de trêve selon son ancienne conception. Nous devons discuter comment mettre un terme aux agressions, à la violence et au terrorisme israéliens exercés sur le peuple palestinien, notamment l'arrêt des meurtres et de la démolition des maisons. Je pense que la priorité de la résistance et du peuple palestinien est l'arrêt de la violence et du terrorisme israéliens à travers une intervention internationale et arabe.
Au Djihad islamique, nous sommes pour l'élargissement du dialogue interne palestinien et le renforcement du front interne. Nous accueillons favorablement toute rencontre avec le premier ministre palestinien, Ahmad Qoreï. Si nous découvrons que la trêve aura un impact politique d'envergure et positif pour le peuple palestinien, nous étudierons tous ses aspects.

 Certains Palestiniens revendiquent le retour à la résistance populaire et la suspension de la résistance armée car elle porte préjudice au peuple palestinien. Qu'en pensez-vous ?
 La résistance purement populaire est indispensable. Elle joue un rôle important dans le soulèvement de l'opinion publique et la mobilisation du soutien international pour la cause palestinienne. Cependant, lorsqu'Israël trouve que nous empruntons la voie populaire, il accroît ses agressions. Nous ne pouvons pas nous passer de la résistance populaire, mais c'est Israël qui oblige le peuple palestinien à employer les armes. C'est Israël qui a tué les enfants palestiniens avant que ne commencent les premières opérations de résistance. La première opération de résistance de l'Intifada actuelle date du 26 octobre 2000, deux mois après le début du soulèvement et après que les morts palestiniens eurent atteints 50 alors que les blessés se comptaient par centaines. Ce sont les agressions israéliennes qui nous ont imposé le recours à l'option militaire. Nous sommes pour la résistance populaire, nous sommes conscients de son importance et nous invitons notre peuple à y participer. Cependant, ceci ne signifie pas que nous abandonnions la résistance armée.

— Quelle est la position du Djihad à l'égard du gouvernement d'Ahmad Qoreï ? Pourquoi n'y participez-vous pas ?
 Nous souhaitons que chacun accomplisse son rôle au service du peuple palestinien et de la nation. Nous serons heureux lorsque nous verrons Abou-Alaa (Ahmad Qoreï) s'attaquer aux maux du peuple palestinien, soutenir la résistance contre l'occupation, œuvrer pour l'arrêt de la violence de l'occupant et la protection de la résistance palestinienne légitime. Nous souhaitons voir le Conseil des ministres et l'Autorité palestinienne avec tous ses organes parler de la résistance comme un choix important pour le peuple palestinien. Nous attendons de ce gouvernement qu'il défende et protège le peuple palestinien contre l'occupant et qu'il dévoile ses pratiques atroces. Si ce gouvernement veut réussir, il doit se ranger du côté du peuple palestinien. Franchement, il doit protéger la résistance. Par contre, s'il tourne le dos à la résistance, je ne pense pas qu'il réussira.
Pour ce qui est de notre participation au gouvernement, le Djihad islamique adopte une politique de résistance contre l'occupation et ne fait pas partie des accords d'Oslo. Nous participerons au gouvernement uniquement lorsque la Palestine deviendra un Etat indépendant. Dès lors, le Djihad islamique fera partie de la scène politique. Par contre, durant l'étape actuelle, la seule mission du Djihad islamique est la résistance et la défense du peuple palestinien jusqu'à ce que se réalisent les objectifs de notre peuple : la liberté, l'indépendance et le retour des réfugiés.

 Quelle est votre position à l'égard de l'initiative de Genève conclue par des personnalités palestiniennes et des représentants des mouvements pacifistes israéliens ?
— Nous considérons cette initiative comme nuisible aux intérêts du peuple palestinien et comme un abandon refusé du droit au retour des réfugiés palestiniens. Cette initiative sert en premier lieu les intérêts d'Israël et notamment la droite israélienne.
L'initiative de Genève prévoit le maintien de colonies israéliennes en Cisjordanie et l'établissement d'un Etat palestinien à la souveraineté incomplète. En contrepartie, elle stipule la renonciation au droit de retour des réfugiés. Elle octroie aux Israéliens le droit à continuer à occuper la Palestine de 1948 et par conséquent ôte au peuple palestinien et aux prochaines générations le droit de reprendre la résistance et la lutte pour la récupération de toute la Palestine. De plus, elle octroie à Israël le droit de gérer les affaires de certaines colonies dans les territoires de 1967 en plus de nombreuses concessions concernant Jérusalem et les réfugiés. De plus, l'initiative ne stipule pas l'instauration d'un Etat palestinien possédant une pleine souveraineté mais un Etat palestinien sous la tutelle sécuritaire israélienne. Partant, nous considérons que l'initiative est une concession nouvelle faite par les Palestiniens et qui s'ajoute aux multiples concessions faites depuis le commencement du règlement politique au début des années 1990.

 Pensez-vous que c'est la crise économique en Israël qui renversera le gouvernement du premier ministre Ariel Sharon ou bien la résistance palestinienne ?
— Je pense que c'est essentiellement la résistance palestinienne qui renversera Sharon et non pas seulement la crise économique. En effet, cette dernière est l'une des conséquences de la résistance qui se résument dans une stagnation économique et une paralysie du secteur touristique. Le manque de sécurité est le principal problème de la société israélienne. La société sioniste a commencé à réaliser que Sharon ne pouvait lui apporter ni la sécurité ni la stabilité. Il est évident que le gouvernement de Sharon vacille.

Propos recueillis par
Mohamed Moustapha

 

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