| Le Centre
des affaires de la femme, une ONG œuvrant pour la liberté
de la femme, vient de publier son étude sur les effets
de l'application de la loi sur le statut personnel,
modifiée en 2000. Cette loi, le kholea, permet
à une femme de divorcer sans avoir à se justifier. Mais
en contrepartie, celle-ci renonce à ses droits financiers.
Elle doit ainsi rembourser la dot et renoncer à toucher
une pension alimentaire, comme c'est le cas dans les
autres types de divorces.
Selon
cette étude, 5 431 procès de kholea ont
été ouverts depuis 3 ans. Mais seules 222 femmes ont
réussi à obtenir le divorce. L'étude montre les limites
de cette nouvelle loi. En fait, elle était censée permettre
d'accélérer les procédures de divorce. Avant cela, une
procédure de divorce pouvait durer jusqu'à 10 ou 15
ans.
« La
nouvelle loi était considérée comme une véritable victoire
pour la femme qui devait obtenir son divorce dans une
période ne dépassant pas les 60 jours. Mais la réalité
est tout autre. Il y a des femmes qui n'ont obtenu le
divorce qu'après 2 ans, bien que leurs procès aient
commencé après la promulgation de la nouvelle loi. Malheureusement,
les procédures sont toujours trop lentes, malgré les
changements apportés à l'ancienne loi », explique
Azza Soliman, directrice du Centre de la femme.
Pour obtenir
son divorce, la femme doit simplement prouver devant
le tribunal l'impossibilité de la poursuite de sa vie
conjugale. Si elle obtient gain de cause, le verdict
du divorce est définitif. Elle peut obtenir le divorce
dans 3 mois. S'il y a des enfants, la cour n'accorde
à la femme le divorce qu'après deux tentatives de réconciliation
au moins, intercalées d'une période de 60 jours. « J'ai
intenté un procès de divorce qui a duré un an car les
juges reportaient sans cesse les séances. Ils voulaient
absolument savoir les raisons pour lesquelles je voulais
divorcer. Pourtant, conformément à la loi, je ne suis
pas obligée de donner des raisons. Il suffit de dire
que je n'arrive plus à vivre avec lui. J'ai retiré mon
procès et j'ai négocié avec mon mari et nous sommes
enfin arrivés au même compromis que prévoit le kholea,
à savoir : j'ai cédé mes droits financiers, et
en contrepartie j'ai obtenu le divorce », explique
Omniya Chaalane, mère d'une petite fille.
« Il
y a certains avocats qui présentent les raisons du divorce
dans le dossier du procès. Nous ne sommes pas censés
chercher ces raisons. Selon la loi, nous envoyons deux
personnes représentant chacune des parties en conflit
pour essayer de réconcilier les époux. Ce sont ces gens
qui ralentissent les procédures car certaines fois,
ils n'assistent même pas aux séances. Ceci nous oblige
à reporter les procès », explique Abdallah
Al-Baga, juge au tribunal de Zananiri spécialisé dans
les procès de statut personnel. Pour lui, le juge doit
avoir de longues discussions avec les personnes qui
participent à la réconciliation avant d'accorder le
divorce. Or, ceci prend du temps.
Selon le
Centre des affaires de la femme, le problème réside
dans le fait que la femme doit rendre à son mari la
dot pour obtenir le divorce. Dans la plupart des contrats
de mariage, les époux signalent une somme symbolique
et non pas celle qui a été véritablement payée. Mais
quand la femme veut divorcer, le mari demande la dot
effective qu'il a payée. « Dans ce cas, le tribunal
ouvre une enquête pour savoir la somme réelle payée
par le mari et lui rendre son dû. Et là, le procès s'étire
en longueur car le mari doit chercher des témoins pour
attester de cette somme », explique Raouf Zohni,
avocat. A son avis, l'article 19 de la loi relative
au statut personnel exige l'ouverture d'une enquête
en cas de litige sur la dot. « C'est pour cette
raison que dans les nouveaux contrats de mariage, il
faut absolument indiquer la somme réelle de la dot »,
estime Zohni. Azza Soliman souligne que si les maris
indiquent une somme symbolique dans les contrats de
mariage, c'est qu'ils ne veulent pas payer beaucoup
de frais pour le contrat. « Quand arrive le
divorce, le mari doit donc assumer tout seul la responsabilité
d'avoir contourné la loi », conclut-elle. |