Al-Ahram
Hebdo : Comment et pourquoi avez-vous
eu l'idée de créer ce parti ?
Mohsen
Loutfi Al-Sayed : L'idée de la création de
ce parti existe depuis bien longtemps, mais il
a fallu attendre le moment approprié pour l'annoncer.
Quand le président Hosni Moubarak a parlé clairement
de l'établissement d'une vraie démocratie lors
du congrès annuel du PND, on a senti que c'était
le bon moment pour prendre des initiatives concrètes
à ce sujet. Ce qui nous a aussi encouragés, c'est
que le président a souligné que l'Etat était prêt
à accepter la création de nouveaux partis à condition
qu'ils professent des idées démocratiques et acceptent
le dialogue avec les formations déjà présentes.
Ce discours était un indice qu'en Egypte, les
citoyens peuvent de nouveau jouer un rôle politique.
Nous avons alors informé le ministère de l'Intérieur
de notre démarche pour que nos réunions soient
légales et nous allons commencer les procédures
juridiques fin novembre.
— Quelles
sont les valeurs revendiquées par le parti ?
— C'est
un parti laïque et c'est ce qu'il a de plus important.
C'est-à-dire qu'on ne confond pas politique et
religion. La religion est pour Dieu et la nation
pour tous. On est contre tout fanatisme religieux
et contre le fait d'intégrer la religion en tout.
C'est un parti libéral démocrate qui cherche à
établir une vraie démocratie et une vraie représentation
populaire et le plus important de tout c'est l'alternance
au pouvoir. Il ne faut pas oublier que le parti
de la majorité est au pouvoir depuis 25 ans.
— Votre
parti est-il contre le panarabisme ?
— On
n'est pas contre les Arabes et le panarabisme,
mais on refuse le fait de nous identifier en tant
qu'arabes. Il est vrai que les Arabes sont nos
voisins, nos frères et nos amis, on partage avec
eux des problèmes et des intérêts communs, mais
on n'est pas des Arabes, on est tout simplement
des Egyptiens. En fait, l'unité arabe est un grand
mensonge. La seule union que l'Egypte a établie
avec la Syrie a échoué après très peu de temps,
le plus grand massacre de Palestiniens a été perpétré
par l'armée jordanienne. Le deuxième, à Tell Al-Zaatar,
était aussi le fait d'Arabes, en l'occurrence
l'armée syrienne du parti Baas. Le troisième massacre
contre les Palestiniens a été commis par les brigades
arabes du Liban. Si la Syrie, le Liban et la Jordanie
ont agi de la sorte contre un peuple arabe voisin,
les Palestiniens arabes, comment peut-on alors
parler de panarabisme et d'union arabe ?
Notre parti peut faire sien la cause palestinienne,
pourquoi pas ? Cela dit, le parti ne s'appelle
pas « le parti pharaonique »
comme d'aucuns l'ont prétendu. On tente tout simplement
de lier l'Egypte à ses racines pharaoniques.
— Et
pour la Ligue arabe ?
— C'est
une institution imaginaire. Pourquoi perdre du
temps inutilement. Les Arabes prétendent que c'est
une institution sérieuse, alors qu'elle ne l'est
pas. Soyons francs, depuis sa création, la Ligue
arabe ne fait que désapprouver, condamner et exhorter.
— Et
les propos américains sur la démocratie dans la
région ?
— Les
Américains sont des ennemis, notre parti n'a aucune
relation avec eux. Ce sont eux qui ont créé Israël
qui provoque la violence au Moyen-Orient, et qui
sert les intérêts américains dans la région. Pourtant,
on peut s'entendre avec les Etats-Unis sur des
idées et des principes, à condition qu'ils nous
conviennent.
— Les
principes que vous prônez sont-ils faciles à réaliser
à l'heure actuelle ?
— Il
est très difficile de réaliser les principes du
parti, surtout que le peuple égyptien a été fortement
influencé par les Wahhabites en provenance d'Arabie
saoudite. Ces derniers ont ancré dans les esprits
le fanatisme religieux qui a conduit les musulmans
à s'entretuer et à assassiner des innocents. L'islam
est contre ce fanatisme et ces actes terroristes.
On va essayer graduellement d'affronter ce courant.
C'est notre devoir. On ne devrait pas les laisser
saboter l'esprit des jeunes plus que cela. Pour
retourner au vrai islam, cela va prendre beaucoup
de temps. On va faire des réunions, un journal
propre au parti. On doit aussi faire des réunions
populaires pour que les gens nous connaissent.
On s'attend à des réactions diverses de la part
du peuple ; au début il sera sans doute très
difficile de se faire accepter, mais en persistant
et avec un discours intelligent, ça finira par
venir. |