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Démocratie
. Alors que Bush exhorte les régimes arabes à
la réforme, on assiste à l'émergence de nouveaux
courants de pensée en Egypte, allant dans le même
sens. Ceux qui contestent la voie américaine sont
automatiquement rangés dans la catégorie "Taliban".
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Alternative
zéro |
Nahdet
Misr ou « La renaissance de l'Egypte »,
une publication hebdomadaire qui arbore en logo
la célèbre statue de Mahmoud Mokhtar, symbole
de l'éveil de l'Egypte après des siècles de sommeil
et de retard. Elle en est aujourd'hui à son deuxième
numéro, mais ne manque pas de susciter une des
plus grandes polémiques entre différents courants
politiques et intellectuels. Le journal se dit
« inspiré du libéralisme » sans
lequel aucune issue n'est possible. « C'est
notre voie vers l'avenir », estime le
journal. Celui-ci affiche pour vocation le dialogue
avec l'autre en se débarrassant des idées reçues
telles que « l'invasion culturelle ».
C'est cet « autre » avec qui
il faut dialoguer qui a provoqué le tollé dans
certains milieux qui ont établi le lien entre
la publication de ce journal et la décision américaine
de contribuer au lancement de plusieurs journaux
et chaînes de télévision qui s'adressent à l'opinion
arabe. Selon ce projet, le but est d'assurer une
« tribune qui n'obéit à aucune censure
ou orientation gouvernementales pour traiter avec
liberté des questions américaines ».
Une stratégie de réforme dite démocratique au
Proche-Orient lancée par le secrétaire d'Etat
Colin Powell avec un budget de 147 millions de
dollars, dont 23 millions pour la restructuration
de la presse arabe. Elle doit viser dans sa première
phase huit pays arabes.
Cette
« invasion » américaine de la
scène médiatique arabe est passée avec Nahdet
Misr d'une phase de préparation à celle d'exécution
pour certains analystes. Ils ont pour arguments
que le journal publie de nombreux articles d'intellectuels
islamistes qui appellent à un islam modéré ou
réformé comme Gamal Al-Banna, avec retour aussi
à des réformateurs du début du XXe siècle comme
Mohamad Abdou. Il publie également de nombreux
autres articles de partisans de la normalisation
avec Israël, comme l'auteur dramatique Ali Salem,
ou de ceux qui sont taxés d'être pro-américains,
à l'exemple d'Abdel-Moneim Saïd, directeur du
Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d'Al-Ahram, et Gamal Abdel-Gawwad, toujours
du CEPS. |
Invasion
médiatique
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Le
rédacteur en chef du journal, Mohamad Hassan Al-Alfi,
a abordé un rapport américain sur l'échec d'une
« modification des cerveaux et de l'acquisition
de la paix » qui porte sur la détérioration
de l'image de marque des Etats-Unis dans le monde
arabe. L'affaire a pris une tournure beaucoup
plus polémique, la réduisant à un conflit idéologique
entre islamistes et libéraux. Fahmi Howeidi, écrivain
de tendance islamiste, a mis en garde contre l'idée
de limiter la question à un débat interne. Pour
lui, l'affaire est beaucoup plus importante. « La
question n'est pas de savoir qui tient le gouvernail,
des libéraux ou des fondamentalistes. Le danger
qui se profile à l'horizon et qui risque de provoquer
le naufrage du navire est l'invasion médiatique.
Nous sommes témoins d'un nouvel épisode de ce
feuilleton d'invasion qui a commencé depuis la
seconde guerre mondiale lorsque les Etats-Unis
ont trouvé qu'il était essentiel qu'ils se frayent
une place au Moyen-Orient ». Il cite
des faits tels qu'un rapport du Congrès américain
en 1974 qui révèle que la CIA se livrait
à une opération de lavage de cerveaux pour certains
pays. Elle leur offrait des imprimeries, du papier
ou finançait des maisons de la presse en Egypte,
au Liban et en Iran. « Pour les Américains,
il s'agit d'avoir une présence médiatique parallèle
à leur présence politique ». Le début
c'était la radio, à l'exemple de la Voix de l'Amérique
ou La Voix de l'Egypte libre, diffusée
à partir de l'Europe. Cet intellectuel égyptien
affirme que les années allant de 1970 à 2000 ont
marqué une extension du rôle de la CIA
dans le monde arabe, notamment après la guerre
du Golfe en 1991. La domination américaine était
tellement flagrante que les médias arabes ont
commencé un travail systématique d'autocritique
et de marginalisation de l'Egypte sur la scène
arabe. Henry Kissinger, ancien secrétaire d'Etat
américain, insistait à l'époque d'Anouar Al-Sadate
pour ce que l'Egypte se préoccupe de ce qui est
égyptien et non palestinien ou arabe. Aujourd'hui,
ce qu'on appellerait « le parti de l'Amérique »
a vu le jour. Il s'agit de mobiliser les écrivains,
de les inonder d'invitations, de recherches et
de stages d'études stratégiques, de donner des
conférences payées dans les institutions occidentales
pour « garantir qu'ils soient embrigadés
de manière inconsciente », estime Howeidi.
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Réforme
à l'égyptienne
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Le
PDG du journal, Emadeddine Adib, qui possède une
vaste panoplie de publications, même s'il est
d'accord sur l'existence d'un pareil plan américain
et partage avec Howeidi les mêmes craintes de
voir Washington propager « son système
de valeurs et ses idées politiques à travers des
intermédiaires recevant un financement »,
affirme que Nahdet Misr n'en fait pas partie.
« Ce journal est un projet réformiste
égyptien qui ne s'embarrasse pas de complexes
ou de vengeance historique et de règlements de
compte avec les autres ». Et d'ajouter :
« Même si l'Amérique veut diffuser ses
idées, c'est logique pour une superpuissance,
tout comme la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne
qui ont prévu des budgets pour le même objectif
qui est de conquérir médiatiquement le Proche-Orient ».
La
question qui se pose est de savoir si les Etats-Unis
ont besoin d'intermédiaire pour faire passer leur
message. N'ont-ils pas leurs propres moyens comme
Radio Sawa, le magazine HI et même
d'autres médias arabes dans lesquels ils sont
présents ? La puissance américaine est capable
d'assurer par elle-même son rôle de maître qui
consiste à dicter aux autres ce qu'ils doivent
faire : du changement dans les manuels scolaires
pour évacuer tout ce qu'ils jugent comme étant
extrémiste, et toute référence au djihad ou à
des faits anti-israéliens, jusqu'au soutien des
institutions de la société civile ou la fermeture
d'écoles religieuses dans certains pays. Et bien
sûr greffer Israël dans la pensée arabe. « Non
seulement en tant que réalité géographique, mais
aussi en tant que réalité culturelle et économique »,
comme l'estime Howeidi, pour lequel ce qui est
demandé aujourd'hui ce n'est pas un changement
politique, mais un changement de mentalité et
de vision. |
Discours
musclé
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Ces
objectifs que poursuivent les Américains ne font
plus l'objet de projets classés « top
secrets » ou de discussions dans les
coulisses de la Maison Blanche. Ils sont désormais
accessibles à tous et les différents milieux politiques
et intellectuels en parlent. Dernière manifestation
en date de telle stratégie, devant la Fondation
nationale pour la démocratie, à Washington, un
organisme qui défend toutes les avancées démocratiques
dans le monde, Bush a rompu avec la traditionnelle
politique américaine en s'attaquant à ses traditionnels
alliés au Proche-Orient. Il a affirmé que Washington
ne soutiendrait pas les Etats arabes qui rejettent
la liberté. Bush a ainsi appelé l'Egypte, dont
le président Hosni Moubarak a été un interlocuteur
essentiel de plusieurs présidents américains,
à une plus grande démocratisation. « La
grande et fière nation égyptienne a montré la
voie vers la paix au Proche-Orient et elle devrait
désormais montrer la voie vers la démocratie au
Proche-Orient ». Il s'en est aussi pris
au régime de Téhéran, qui, selon lui, doit tenir
compte des demandes démocratiques du peuple iranien
ou perdre son dernier droit à la légitimité. Quant
à la Syrie ou aux anciens dirigeants iraqiens,
ils n'ont en fait, selon Bush, que laissé « un
héritage de torture, d'oppression, de misère et
de ruine ». Bush a même voulu expliquer
que la guerre en Iraq était nécessaire afin de
favoriser la démocratie dans la région et a salué
les mesures prises dans cette direction par certains
pays comme le Maroc, Bahreïn, le Koweït et l'Arabie
saoudite.
L'approche
elle-même ne manque pas d'être réelle. Mais c'est
lorsqu'il parle despeuples arabes ou musulmans
comme s'ils étaient les seuls à subir la privation
de liberté, c'est là qu'il a semblé faire fausse
route. (Lire encadré). De même lorsqu'il a parlé
de « bons citoyens musulmans en Albanie,
au Sierra Leone et en Inde et en Indonésie » ;
comme si les musulmans du Proche-Orient étaient
de mauvais citoyens. Dans son discours, il a comparé
la déclaration de Reagan sur la tyrannie soviétique
et la situation actuelle au Proche-Orient. C'est-à-dire
pas de demi-mesure quand il déclare vouloir instaurer
la démocratie dans la région. « Cela est
mon objectif aujourd'hui et doit être celui de
la politique américaine dans les décennies à venir ».
En conséquence, il a ajouté que les Etats-Unis
« avaient adopté une nouvelle politique »
qu'il a qualifiée de « stratégie visant
à faire avancer la liberté au Moyen-Orient ». |
Soit
pro-américain, soit taliban
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Face
à cet état de choses, le chef de la diplomatie
égyptienne, Ahmad Maher, n'a pu qu'acquiescer
et relever que le discours de George W. Bush sur
le Moyen-Orient constituait une « invitation
à la démocratie ». Il a soutenu que « l'Egypte
avait emprunté le chemin de la démocratie, du
multipartisme, de la liberté d'expression et de
la liberté de presse », soulignant que
le discours de M. Bush comprenait une « reconnaissance
du rôle égyptien ».
Plus
franche et radicale était la militante Aïda Seiffel-Dawla,
lauréate du prix 2003 de l'organisation de défense
des droits de l'homme, Human Rights Watch
(HRW). Pour elle, le président américain George
W. Bush est « inapte » à donner
des leçons sur la démocratie en raison de son
soutien à Israël (....). Selon elle, « Bush
est le plus grand terroriste de l'époque contemporaine.
Il traite le monde comme si c'était une partie
des Etats-Unis ».
Mais
pour le chef de l'exécutif américain, le monde
est soit pro-américain, soit taliban. Dans son
discours, il affirme que « certains hommes
ont gagné une certaine influence au Proche-Orient
et au-delà à travers une idéologie théocratique.
Derrière leur langage religieux, il existe une
ambition de pouvoir politique ». Il cite
les Talibans qui ont montré leur propre version
de la religion. Emad Adib, lui aussi, dans l'éditorial
de Nahdet Misr, utilise les mêmes idées,
mais dans d'autres termes. « On ne peut
se contenter de l'attitude du spectateur face
à la domination des idées talibanes et refuser
l'ouverture sur le monde de crainte d'une invasion
culturelle ».
Ainsi,
l'impasse persiste dans la mesure où la question
de la démocratie et des libertés s'est réduite
à un antagonisme entre les Etats-Unis et leurs
adeptes d'une part, et leurs adversaires d'autre
part. Pour l'un et l'autre, pas d'intermédiaire :
soit l'américanisme, soit les Talibans. Et dans
ce dernier cas, tout donc est permis. Ne s'agit-il
pas d'une guerre contre le terrorisme ? |
| Samar
Al-Gamal
Ahmed
Loutfi |
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Les
Arabes veulent la démocratie. Ils détestent leurs
régimes corrompus autant qu'ils détestent les
Etats-Unis, mais ils ne vont pas écouter attentivement
le discours du président américain. Premièrement,
parce que les Administrations américaines consécutives,
au cours des 50 dernières années, ont soutenu
ces régimes ... Et ensuite parce que toutes
les véritables démocraties dans le monde sont
le résultat d’une lutte interne, non en raison
d'une intervention étrangère, particulièrement
américaine.
Abdel-Bari
Atwan, rédacteur en chef d'Al-Qods Al-Arabi, quotidien
arabe basé à Londres. |
C'est un discours historique, et je suis d'accord
avec ce que le président a déclaré, c'est maintenant
une nouvelle vision des Etats-Unis parce qu'ils
se concentrent sur la démocratie. Pendant longtemps,
ils se sont concentrés sur l'économie et les intérêts
commerciaux. C'est un discours historique, parce
que les Etats-Unis parlent de la démocratie et
de l'intérêt du peuple dans ces pays.
Hafez
Abou-Seada, directeur de l'Organisation égyptienne
des droits de l'homme. |
Beaucoup
dans le Moyen-Orient, et dans le monde, verront
le discours comme étant un peu plus qu'une tentative
de justifier la guerre en Iraq, d'autant qu’il
est peu probable aujourd'hui d'y trouver des armes
de destruction massive.
The
Financial Times. |
Ce discours reflète l'effort de la Maison Blanche
pour modifier la perception qu'ont les Américains,
ainsi que le reste du monde, de l'occupation de
l'Iraq en la décrivant comme un élément d'une
stratégie plus globale conçue pour le long terme
et non comme une action ponctuelle destinée à
déloger un dictateur.
The
New York Times. |
J'ai tendance à croire (...) que le discours de
Bush est une tentative de détourner l'attention
de son peuple de la tragédie dans laquelle se
trouvent ses soldats en Iraq. Cette initiative
échouera et n’entraînera que plus de haine dans
le monde arabe à l'égard des Etats-Unis. Nous
disons que notre politique à l'égard des Etats-Unis
pendant le dernier demi-siècle était un échec,
parce que nous, les Arabes, avons donné notre
confiance à quelqu'un (...) qui couvre les erreurs
d'Israël aux dépens du peuple palestinien.
Ibrahim
Seada, rédacteur en chef d'Akhbar Al-Yom. |
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Comment Bush pourrait-il réclamer de plus grandes
libertés tout en ignorant l'occupation israélienne
des territoires palestiniens ?
Khaled
Al-Maeena, rédacteur en chef du quotidien saoudien
Arab News. |
Il
y a une grande part de vérité sur le fait que
les Etats-Unis soutiennent les régimes tyranniques,
et c'est une des raisons de la haine exprimée
envers l'Amérique. Mais la raison la plus importante
de cette haine est que Washington s'aligne totalement
sur l'entité sioniste. Pour donner plus de crédibilité
à son discours, Bush doit empêcher Ariel Sharon
d'utiliser les armes américaines pour massacrer
les Palestiniens.
Maamoun
Al-Hodeibi, guide spirituel des Frères musulmans |
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