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Hommage à Sonallah ... et au ministre  !
Par Mohamed Salmawy

Loin des raisons avancées par Sonallah Ibrahim pour justifier son refus du prix de la Conférence annuelle du roman arabe, et que nous soyons pour ou contre sa position, nous devons du respect à cet homme qui a refusé un prix honorable et une valeur financière non négligeable.

Le secrétaire général du Haut Conseil de la culture, Gaber Asfour, a réussi au cours des deux dernières années à affirmer la valeur de la Conférence du roman arabe qui se tient au Caire, et à faire de son prix l'un des plus importants dans le monde littéraire arabe. Un prix auquel aspirent de nombreux romanciers, non seulement parce que c'est l'Egypte qui le décerne, ce qui constitue une reconnaissance de la part de la mère des cultures arabes de la valeur du lauréat, mais également pour la valeur financière du prix qui atteint 100 000 L.E.

La Conférence du roman arabe a contribué à restituer à l'Egypte une partie de son rôle culturel favorablement accueilli par tous les intellectuels arabes. Ce rôle que certains pays, dont l'expérience culturelle est assez récente, ont essayé de remplir ces dernières années par des prix littéraires aux valeurs financières élevées.

Les intellectuels arabes ont favorablement accueilli la Conférence du roman. La preuve : ils étaient venus nombreux lors de sa première édition, puis ils ont redoublé leur présence lors de sa deuxième édition, cette année. Ce qui confirme son sérieux.

Les raisons du sérieux de la conférence sont nombreuses. La plus importante est sans doute la grande valeur morale du prix décerné aux plus grands romanciers arabes en reconnaissance de leur rôle littéraire. Le prix est décerné par un jury arabe neutre, indépendant de toute influence. Ce comité, qui avait décerné le prix l'année dernière au romancier saoudien Abdel-Rahmane Mounif, l'a attribué cette année à un romancier égyptien. Deux autres romanciers égyptiens étaient en compétition : Edward Al-Kharrat et Khaïri Chalabi, en plus d'autres grands noms de la littérature arabe, dont le Syrien Hanna Mina et le Libyen Ibrahim Al-Kouni.

La conférence a prouvé, à travers son jury, qu'elle était indépendante des gouvernements, même si elle est parrainée par le ministère égyptien de la Culture. Les membres de ce jury n'étaient pas les fonctionnaires du ministère, mais des romanciers arabes connus dans le monde arabe. C'est pourquoi leurs choix n'ont été que l'expression de la conscience littéraire arabe. Le lauréat de la session de l'année dernière était Abdel-Rahmane Mounif, auquel le gouvernement saoudien a ôté la nationalité, et le lauréat de la dernière session est Sonallah Ibrahim, l'écrivain opposant qui a toujours été en dehors du cercle « des intellectuels officiels ». La décision du jury au cours de la première édition représente une position appuyant l'écrivain et critiquant son gouvernement. Alors que celle de la deuxième édition a reconnu officiellement un écrivain reconnu par le monde entier, mais rejeté par la bureaucratie politique.

L'hommage a donc une grande valeur et beaucoup y aspirent. Je ne doute pas un instant que l'ami Sonallah Ibrahim aurait été heureux de cet hommage, s'il était intervenu dans d'autres circonstances que celles dans lesquelles vit actuellement le monde arabe. Le refus du prix lui a valu un hommage encore plus grand. Un hommage que ne lui a décerné ni un jury, ni une conférence, ni un Etat.

En refusant le prix, Sonallah a obtenu un prix plus honorable : celui de son respect pour les principes auxquels il croit. Il a estimé que ce prix moral valait plus que le prix littéraire et sa valeur matérielle. Ceci lui a valu également notre respect. Nous sommes les fils d'une époque où les gens sont devenus esclaves du pouvoir et prisonniers de leurs besoins matériels.

Cet hommage rendu à Sonallah ne peut se faire sans rendre un hommage semblable au ministre de la Culture, Farouk Hosni. D'abord, parce que Sonallah n'aurait jamais été choisi, dans d'autres circonstances, comme lauréat de ce prix. Et ce en raison de ses positions ouvertement contestataires. De tels écrivains étaient à une époque révolue considérés comme des communistes, ce qui voulait dire qu'ils devaient être renvoyés de leur emploi ou emprisonnés. Ils ne devaient pas être cités dans les médias parce qu'ils étaient considérés dans la littérature politique comme des « non-personnes ». Ils sont presque inexistants.

Si Sonallah Ibrahim n'est pas aujourd'hui aussi populaire que les romanciers Youssef Al-Sébaï, Ihsane Abdel-Qoddous ou autres, c'est parce que les médias officiels l'ignoraient alors qu'ils faisaient de la publicité pour les autres. Par contre, Sonallah était bien connu à l'étranger car ses travaux étaient traduits en français et en anglais.

Nous avons souffert durant les années 1970 de l'application de cette mauvaise politique qui a débouché sur diverses sanctions frappant les écrivains : interdictions d'écrire, renvoi de leur emploi, ou même des emprisonnements. La liste des écrivains frappés par ces sanctions était devenue tellement longue qu'elle renfermait des noms tels que le prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, Youssef Idriss, Abdel-Moeti Hégazi, Ghali Choukri, etc.

En réalité, le premier à briser cette règle et à gommer les classifications politiques du ministère de la Culture a été Farouk Hosni, qui a traité avec tous les intellectuels sans discrimination aucune entre les différents courants, se souciant peu de ce qu'on appelle les couleurs politiques. J'ai vu moi-même le ministre défendre ces intellectuels contre les tentatives de certaines ailes du pouvoir, attachées à l'ancienne politique de classification.

Ainsi le ministère de la Culture au temps de Farouk Hosni s'est-il ouvert à toutes les tendances politiques parmi les intellectuels. Le ministère a ainsi commencé à nouer des liens avec ceux frappés d'« interdiction », et a envoyé Sonallah pour représenter l'Egypte dans des conférences culturelles à l'étranger.

J'ai rencontré en 1991 Sonallah à un colloque de « conteurs » qui avait lieu au Mexique. J'étais invité à lire une de mes nouvelles. J'ai eu la chance d'être en compagnie de Sonallah et de son épouse pendant dix jours. Ce que je dois vraiment à la personne du ministre de la Culture. Au cours du même colloque, j'ai rencontré Mohamad Ghoneim, sous-secrétaire d'Etat au ministère de la Culture, chargé des relations culturelles extérieures, qui m'a informé que c'était le ministre lui-même qui avait proposé Sonallah, sans le connaître personnellement. Ainsi, Farouk Hosni a-t-il brisé une tradition imposée à beaucoup d'intellectuels dont la pensée politique est contraire à celle du pouvoir. Et ce fut la première fois que Sonallah représenta son pays à l'étranger, aux frais du gouvernement.

Le ministre de la Culture a décrit le refus du prix par Sonallah comme une espèce de décoration pour l'Etat. Cet Etat dans lequel les écrivains ont désormais la liberté de s'exprimer. C'est à Farouk Hosni que revient le mérite d'accorder cette décoration à l'Etat en éliminant la politique stérile qui était appliquée auparavant. Hommage donc à Farouk Hosni, et à Sonallah pour son courage.

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