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Mauritanie . Le président sortant Maaouiya Ould Taya entame un nouveau mandat suite aux présidentielles contestées de vendredi au lendemain desquelles son principal opposant, Mohamed Khouna Ould Haidalla, a été arrêté pour « préparation d'un coup d’Etat ».
Crise politique en perspective
Le second tour espéré par l'opposition n'aura pas lieu en Mauritanie, où Maaouiya Ould Taya, 62 ans, au pouvoir depuis décembre 1984, a remporté avec 66,69 % des voix la présidentielle de vendredi, qui l’opposait à cinq adversaires, selon les résultats complets annoncés samedi par le ministère de l'Intérieur. Tandis que son principal challenger et prédécesseur à la tête de l'Etat (1980-84), Mohamad Khouna Ould Haidalla, 63 ans, arrivé en 2e position avec 18,73 % des suffrages, a été arrêté dimanche matin, le pouvoir le soupçonnant d'avoir cautionné la préparation d'un coup d'Etat.

M. Ould Haidalla, qui fut chef de l'Etat de 1980 à 1984, avait déjà été interpellé à la veille de l'élection. Il avait été libéré quelques heures plus tard, pour permettre la tenue de l'élection. Mais, après avoir « disparu » pendant 24 heures, M. Ould Haidalla s'était adressé samedi soir à la presse à son siège de campagne, en compagnie d'autres opposants, et avait indiqué qu'il s'attendait à être de nouveau arrêté.

Cette affaire, qualifiée par l'opposition de « déni de démocratie », a alourdi l’ambiance du vote et plongé la classe politique dans l’inquiétude la plus totale. L’entourage de Mohamad Khouna Ould Haidalla a fermement démenti les accusations portées contre lui, affirmant que l'affaire est montée de toutes pièces par le pouvoir.

M. Ould Haidalla et deux autres candidats de l'opposition à la présidentielle de vendredi, Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir, ont rejeté les résultats du vote. Leurs partisans ont demandé la reprise de l'élection, qu'ils jugent « invalide, nulle et non avenue », du fait, disent-ils, d'une « fraude massive » et du climat « d'intimidation » ayant entouré le vote.

L'opposant « historique » Ahmed Ould Daddah, 61 ans, demi-frère du défunt « père de la nation » mauritanienne Moktar Ould Daddah, réaliserait un score de seulement 6,89 %. M. Ould Daddah, qui avait obtenu à la présidentielle de janvier 1992 33 % des voix face à Maaouiya Ould Taya, qualifie les résultats officiels des élections comme ne reflétant pas la volonté des électeurs.

Le troisième opposant, Messaoud Ould Boulkheir, 60 ans, premier « Haratine » (descendant d'esclaves) à briguer la présidence, obtient quant à lui 5,3 % des suffrages. Et les deux derniers candidats se partagent les quelque 2 % des voix restantes. Moulaye El Hacen Ould Jied, 51 ans, qui avait réalisé à la présidentielle de 1997 un score de moins de 1 % des voix, en obtient cette fois 1,48 %. Tandis que Mme Aïcha Mint Jeddane, 43 ans, première femme candidate à une présidentielle en Mauritanie, réalise un score de 0,47 % des suffrages.

Le scrutin, qui a eu lieu après plusieurs jours d’extrême tension sur fond de rumeurs de coup d’Etat, s’est néanmoins déroulé dans un calme relatif. Le taux de participation a été vendredi de 60,83 % parmi les 1 107 400 électeurs inscrits, alors qu'il était de près de 75 % pour la présidentielle de décembre 1997.


L'opposition dénonce une fraude massive

Mais, dès les premières heures du vote, les opposants ont crié à la fraude. Après avoir voté dans la matinée de vendredi, ils ont tous fait état de l'impossibilité pour certains de leurs représentants, dans certains bureaux, de se présenter avec le matériel nécessaire (listes, crayons, papier) pour vérifier le vote. Des votes sans carte d'identité étaient évoqués, de même que l'interdiction faite à certains représentants de candidats de pénétrer dans des bureaux. Ahmed Ould Daddah a même affirmé qu'un « bourrage des urnes avait commencé dès » l’heure d'ouverture des bureaux. « Indigné » par l'arrestation d'opposants à la veille du vote, Ould Daddah a accusé le président sortant, Maaouiya Ould Taya, de « réduire la démocratie à une simple parodie ».

Le chef de l'Etat sortant a en revanche affirmé que les élections en Mauritanie étaient désormais « totalement transparentes ». Elles seront « sans doute considérées comme un exemple pour tous ceux qui s'intéressent à l'établissement de la démocratie dans le monde », a ajouté le président-candidat, premier électeur à avoir déposé son bulletin.

Les « complots » ne sont pas nouveaux en Mauritanie, mais « rien ne pourra entraver notre marche », lançait-il lors de son dernier meeting de campagne, faisant allusion à un « plan de coup d'Etat » attribué à l'entourage de son principal adversaire à l’élection et son prédécesseur au pouvoir, Mohamed Khouna Ould Haidalla. « Je ne tolérerai jamais la moindre atteinte à la sécurité de l'Etat et à la quiétude des citoyens, quels que soient par ailleurs les complots qui seront ourdis contre nous par les esprits haineux et revanchards », a-t-il ajouté.

Critiquant vivement son prédécesseur à la tête de l'Etat, qu'il avait renversé en décembre 1984 par une « révolution de palais », Ould Taya a qualifié le régime de Ould Haidalla (1980-84) de « dictature implacable », en se considérant lui-même comme un « libérateur ».

Chérif Albert

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