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Palestine . Un compromis entre le président de l'Autorité palestinienne et son premier ministre a permis de débloquer la formation d'un gouvernement élargi.
Arafat obtient gain de cause

Au terme d'un bras de fer avec le président de l'Autorité palestinienne, le premier ministre palestinien Ahmed Qoreï a annoncé dimanche avoir achevé la formation de son nouveau cabinet qui sera présenté ce mercredi au Parlement pour être approuvé. Le président du Parlement, Rafiq Al-Natché, a confirmé qu'une réunion spéciale aura lieu ce jour pour voter la confiance au gouvernement et à son programme politique.

Un différend entre M. Qoreï et le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat sur la nomination et les prérogatives d'un ministre de l'Intérieur, qui retardait la mise en place du nouveau gouvernement, avait été réglé vendredi, M. Qoreï se rangeant au choix de M. Arafat pour ce poste au détriment de son candidat.

Le poste de ministre de l'Intérieur pour les Affaires civiles est donc confié à Hakam Balaawi, un proche de M. Arafat, au détriment du candidat de M. Qoreï, le général Nasr Youssef. Néanmoins, M. Balaawi ne s'occuperait que des questions civiles alors que les services de sécurité seraient placés sous le contrôle du Conseil national de sécurité, dirigé par M. Arafat. Ce dernier refuse de céder sur les prérogatives que lui accorde la loi fondamentale adoptée par le Conseil législatif (Parlement) palestinien. Il gardera ainsi, peu ou prou, la haute main sur les questions sécuritaires, en dépit de pressions internationales et internes pour réduire ses pouvoirs.

Il avait été suggéré que M. Youssef soit l'un des quatre vice-premiers ministres du gouvernement, mais M. Qoreï a indiqué que ce dernier avait « refusé d'occuper une quelconque fonction dans ce gouvernement ».

M. Qoreï, qui s'exprimait à l'issue d'une réunion du Comité central du Fatah, le principal mouvement palestinien, a ajouté, sans autre précision, que le nouveau gouvernement compterait 24 ministres. Outre son poste de premier ministre, M. Qoreï occupera les portefeuilles de l'Information et des Affaires religieuses.

Parmi les membres du cabinet figurent notamment les sept ministres du cabinet d'urgence, dont le mandat a expiré le 4 novembre ainsi que plusieurs personnalités ayant fait partie de précédents gouvernements. On retrouve ainsi Nabil Chaath aux Affaires étrangères, Saëb Eraqat au ministère des Négociations, Salam Fayad aux Finances et Intissar Al-Wazir aux Affaires sociales.

Parmi les ministres ayant servi dans des précédents cabinets figurent en outre Hicham Abdel-Razeq (Prisonniers), Ghassan Al-Khatib (Travail), Metri Abou-Eita (Tourisme) et Jamal Tarifi (Affaires civiles).

Sept ministres participent pour la première fois à un gouvernement. Il s'agit de Nahed Al-Rayès (Justice), Salah Taamari (Jeunesse et Sport), Rawhi Fatouh (Agriculture), Zahira Kamal (Condition féminine), Yéhia Khalaf (Culture), ainsi que Souleimane Abou-Sneineh et Kadoura Farès, tous deux sans portefeuille.


Soutien à l'initiative de Genève

Une fois investi, le gouvernement palestinien devrait œuvrer à établir un cessez-le-feu et à promouvoir la Feuille de route, le plan de paix élaboré par le Quartette et actuellement lettre morte. Entre-temps, les promoteurs d'un plan de paix non officiel entre Israël et les Palestiniens, connu sous le nom de l’Initiative de Genève, ont affirmé lors d'une conférence de presse à Jérusalem-Est que leur projet recevait un « soutien croissant » au sein des opinions publiques en Israël et dans les territoires palestiniens. « Nous avons reçu aujourd'hui un message du secrétaire d'Etat Powell dans lequel il dit soutenir et comprendre les démarches que nous entreprenons », a déclaré, vendredi, l'ancien ministre Yasser Abed Rabbo.

M. Powell « nous a encouragés pour nos efforts et a fait part de son optimisme », a dit pour sa part l'ancien ministre Yossi Beilin. Le porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis en Israël, Paul Patin, a confirmé que M. Powell avait bien envoyé une lettre aux promoteurs du plan, tout en précisant qu'elle « ne constituait pas un soutien officiel à l'Initiative, mais un geste d'encouragement ».

Selon lui, M. Powell a « clairement fait savoir dans la lettre que les Etats-Unis tiennent toujours à la Feuille de route, à la vision du président » George W. Bush de deux Etats, un Etat israélien et un Etat palestinien, vivant en paix.

Le lancement officiel de ce projet, repoussé à plusieurs reprises, aura finalement lieu « fin novembre ou début décembre » lors d'une cérémonie à Genève, selon M. Abed Rabbo. Ce projet a été implicitement soutenu par le dirigeant palestinien Yasser Arafat, mais le premier ministre israélien Ariel Sharon l'a condamné, estimant que son pays devait « lutter pour empêcher son adoption ».

Mais en attentant que Feuille de route soit appliquée ou que l'Initiative de Genève soit lancée, la violence continue. Un Palestinien, blessé en octobre par des tirs de soldats israéliens dans la bande de Gaza, est décédé dimanche. Sa mort porte à 3 606 le nombre de personnes tuées depuis le début de l’Intifada, fin septembre 2000, dont 2 691 Palestiniens et 849 Israéliens. Par ailleurs, l'armée israélienne a arrêté six Palestiniens à un barrage militaire à Deir El-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, et a fermé au niveau de Khan Younès la route Saladin, l'axe principal traversant la bande de Gaza du nord au sud.

Ces mesures interviennent au lendemain d'une fin de semaine sanglante. Samedi, quatre Palestiniens dont un adolescent de 15 ans sont tombés sous les balles israéliennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Vendredi, cinq activistes appartenant à des groupes armés et un enfant de onze ans ont été tués par l'armée. Cette dernière a également démoli la maison où s'était caché le chef de l'aile militaire du Djihad islamique à Jénine, Amjad Al-Oubeidi, arrêté la veille. Oubeidi est notamment accusé d'avoir planifié l'attentat suicide de Haïfa, qui avait tué en octobre 21 personnes. A Ramallah, en Cisjordanie, Yasser Arafat a accusé à ce sujet publiquement Israël de « poursuivre son agression, son escalade militaire et de renforcer son blocus contre le peuple palestinien ».

Rania Adel

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