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« Après
que les Européens ont découvert le luth arabe (oud)
au quinzième siècle à travers l'Andalousie et la Sicile, ils
ont développé cet instrument et ont composé leur musique à
eux. La conscience de son origine était déjà perdue, mais
la forme de la caisse et les ornements gardaient la mémoire
visuelle des origines ». C'est ainsi que le
musicologue italien Paolo Scarnicchia a rapproché les traditions
européennes et arabes du luth durant une conférence donnée
récemment à l'Institut italien, avec des exemples à l'appui.
Cette conférence qui s'inscrit dans le cadre de l'année Italie-Egypte
2003-2004, démontre, sur une échelle plus large, comment le
dialogue des civilisations entre les deux rives de la Méditerranée
pourraient avoir des aspects aussi fascinants. A l'aide de
tableaux signés par des grands peintres de la Renaissance
italienne tels Titien (1490-1576), Giorgione (1477-1510),
et Caravaggio (1495-1546), Scarnicchia a révélé les valeurs
symboliques de l'instrument. Un instrument qu'on voyait souvent
entre les mains des anges autour de la Vierge Marie et également
autour de Jésus Christ enfant dans les tableaux de la Nativité.
C'est toujours durant cette époque qu'il est devenu le symbole
du don poétique ou de la poésie. Et à un moment donné, il
a été considéré comme représentatif de la culture profane,
étant par excellence l'instrument de l'amour et de la séduction.
Sur ce, on le trouve peint entre les bras des jeunes amants
protégés par Vénus. « Le luth s'est vite développé
pour devenir l'instrument de musique du gentilhomme et il
a acquis les connotations de toute une allure d'un savoir
faire et d'un savoir vivre », note Scarnicchia ,
tout en indiquant que l'instrument a fini par symboliser l'humanisme
de la Renaissance en général.
Techniquement,
les Européens et surtout les Italiens ont opéré quelques changements
sur le luth. Ils lui ont surtout ajouté une corde et ont commencé
à gratter l'instrument avec les doigts sans intermédiaire.
De quoi le rendre polyphonique. Ainsi, beaucoup de compositeurs
européens, italiens notamment, ont écrit des morceaux pour
le luth lesquels ont connu une grande popularité.
Rien n'est d'ailleurs
plus révélateur de la popularité du luth à cette époque que
de rappeler que les premières impressions musicales effectuées
par l'imprimerie italienne furent des partitions de luth.
Or, petit à petit, celui-ci a connu un véritable déclin avec
l'apparition de l'opéra et l'épanouissement d'autres instruments
musicaux et d'autres goûts artistiques. Au début, il accompagnait
les chanteurs mais vite il a été substitué par le clavecin.
Ainsi, les compositeurs européens se sont détournés du luth,
et l'instrument est devenu un objet de l'Histoire. « Aucun
compositeur contemporain n'écrit pour le luth, les luthistes
d'aujourd'hui jouent des partitions écrites par les anciens »,
précise Scarnicchia.
Durant la conférence,
Scarnicchia s'est arrêté brièvement sur l'histoire du oud.
« Malheureusement, les Arabes n'ont pas connu l'inscription
musicale avant Sayed Darwich au début du vingtième siècle,
ce qui fait que rien de leur musique élaborée pour le oud
ne nous est parvenue ». Le lendemain soir
au théâtre de l'Institut de musique arabe, l'Iraqien Nassir
Chamma, s'est produit en duo avec le luthiste italien Franco
Fois. C'était comme pour donner suite à la conférence. Le
dialogue entre les deux exprimait à merveille la parenté entre
les deux instruments, leurs similitudes et leurs différences.
Deux cultures de la Méditerranée se sont alors croisées à
travers un instrument de musique. |