| Au cours
des dix premiers mois de 2003, l'Organisme du marché
financier a réussi à découvrir une trentaine de cas
de manipulations boursières sur des actions. Certains
cas de manipulations sont mises au jour, mais bien d'autres
restent dans l'ombre. « Ce chiffre est très
modeste. Les cas de manipulations sur les actions sont
devenus très rares actuellement sur le marché financier »,
souligne Khaled Abdel-Rahmane, directeur général du
département technique au sein de la Bourse du Caire.
Il ajoute que les responsables de la Bourse annulent
actuellement une ou deux opérations de manipulation
en moyenne par mois, contre 2 opérations par jour avant
2001.
En fait,
plusieurs facteurs justifient le recul des opérations
de manipulations. En premier lieu, la surveillance stricte
exercée par la Bourse du Caire et l'Organisme du marché
financier sur l'échange. « La majorité des cas
de manipulations avaient pour objectif la spéculation
sur les prix des actions les moins actives pour réaliser
les profits estimés, alors que d'autres visaient le
contrôle des sociétés. Les deux objectifs ont presque
disparu avec la mise en place par la Bourse et l'Organisme
du marché financier de mesures strictes »,
explique Moustapha Badra, un expert financier.
Dans ce
cadre, la Bourse a créé, en 2001, un comité de surveillance
sur les échanges chargé de suivre les cours de l'action.
Ce comité est divisé en plusieurs secteurs (ciment,
technologie, etc.) « Chaque membre du
comité étudie minutieusement la performance des actions
de son secteur, les sociétés de courtage qui font des
échanges sur l'action ainsi que les actionnaires. Dès
qu'il constate que le cours d'échange sur un titre financier
est injustifiable, il en informe la Bourse pour prendre
les mesures nécessaires », explique Khaled
Abdel-Rahmane. Il ajoute que dans ce cas-là, la Bourse
interroge le courtier sur les détails de la transaction,
ce qui n'était pas le cas auparavant. « La surveillance
était presque absente avant 2001. Les investisseurs
et les courtiers des différentes sociétés de courtage
pouvaient spéculer sur les cours des actions sans que
les transactions ne soient découvertes par les autorités
de la Bourse. Et ce, en poussant le cours d'une action
à la hausse chaque jour de 5 % jusqu'à ce qu'il
atteigne le niveau voulu », relève Fawzi Attiya,
un investisseur. Actuellement, dès que l'action monte
ou baisse de 5 %, la Bourse demande une explication.
Par ailleurs, selon les règles d'échanges de la Bourse,
cette dernière arrête l'échange sur l'action pour 45
minutes si son prix a augmenté de 10 % et jusqu'à
la fin de la session si son prix dépasse les 20 %.
Et ce, afin de demander une justification de la société
dont l'action a augmenté.
Moustapha
Badra, un expert financier, souligne que les actions
les moins actives étaient victimes de ces opérations
de manipulations. « Ces actions se caractérisent
par la faiblesse de la rotation d'échange qui dure un
mois. Donc, il était facile pour les manipulateurs d'acheter
chaque jour des quantités limitées à bas prix sans attirer
l'attention des autorités de surveillance »,
explique-t-il. « Avec les nouvelles mesures,
le spéculateur n'a plus la liberté voulue, ni les sommes
mirobolantes pour diriger le cours de l'action vers
le prix estimé », explique Khaled Abdel-Rahmane.
Un facteur
également très important est venu contribuer à limiter
la manipulation : il s'agit de la maturité du marché.
« Les actionnaires sont devenus plus conscients,
vis-à-vis des règles d'investissement dans les titres
financiers, de leurs droits et de leurs obligations.
Ils s'abstiennent actuellement d'exercer des pressions
sur les cours pour ne pas réaliser des pertes en cas
de découverte de ces manipulations par la Bourse »,
remarque Réfaat Ghali, directeur adjoint des affaires
juridiques au sein de l'Organisme du marché financier.
Il ajoute que le manque de sensibilisation chez les
actionnaires pousse parfois les courtiers à exploiter
leurs fonds pour spéculer sur les prix des actions.
Toutefois,
Nassef Nazmi, ex-président de la Bourse du Caire et
d'Alexandrie, réclame aux autorités de la Bourse de
maintenir les règles de transparence et de fournir les
informations exactes sur toutes les sociétés cotées
en Bourse pour interdire les manœuvres exercées sur
les actions. Comme par exemple la Société égyptienne
de production médiatique, dont l'action a vu une
hausse vertigineuse en deux jours seulement de 9,30
L.E. à 11,30 L.E. (dimanche) sans aucune justification
de cette hausse. Un cas à étudier par la Bourse. |