Impôts
. Deux ans après
sa création, le gouvernement éprouve toujours
des difficultés pour percevoir la taxe sur les
ventes auprès des commerçants. Un impôt qui permettrait
de combler le déficit budgétaire. |
Taxes
mal perçues |
| Pour
lutter contre un déficit budgétaire chronique,
le gouvernement égyptien a mis en place, en 1991,
une taxe sur les ventes, sur les industries et
sur les importations. Dix ans plus tard, il a
décidé d'étendre cette taxe aux commerçants. C’est
ce qu’on a appelé la deuxième phase de la taxe
sur les ventes, une sorte de taxe sur la valeur
ajoutée. La première année d’application a été
un grand échec. L’Organisme des taxes sur les
ventes avait prévu de percevoir 19,8 milliards
de L.E. de revenus (première et deuxième phase),
il n’a finalement prélevé que 16,8 milliards de
L.E.
Avant la mise en place de la
deuxième phase, les choses étaient plus faciles
pour le fisc. En 1998/99, l'Etat avait misé sur
14,5 milliards de L.E. de prélèvements, et avait
prélevé 14,6 milliards, c’est-à-dire plus que
prévu. La deuxième phase est sans doute beaucoup
plus difficile à appliquer puisqu’elle s’étend
à un secteur commercial qui inclut beaucoup d’activités
non déclarées, contrairement aux activités industrielles
difficiles à cacher. La deuxième phase a ainsi
révélé une des faiblesses de l’Etat égyptien.
Qu'en est-il aujourd’hui ?
Le directeur de l’Organisme des taxes sur les
ventes, Mahmoud Ali, affirme que la perception
de la taxe est entrée dans les mœurs, mais il
a refusé de donner des chiffres pour appuyer ses
dires (voir l’entretien). Une autre source au
ministère des Finances a accepté de révéler le
total des taxes sur les ventes perçues en 2002/3 :
18,7 milliards de L.E., contre 16,8 en 2001/2.
Mais on ne peut pas savoir si la hausse des revenus
est effectivement le produit de la mise en place
de la deuxième phase. En réalité, l’année dernière,
cette taxe a été étendue aux activités qui en
étaient exclues. Cela s’applique sur certaines
activités bancaires, sur le secteur du transport
maritime, sur l’industrie des jus de fruit, sur
les cosmétiques et les insecticides, etc. Mais
cela ne s'est pas produit sans résistance. De
nombreux contribuables ont eu recours à la justice
pour tenter d'annuler les taxes.
Revenons deux ans en arrière :
l’été 2001 a été vraiment très difficile pour
le fisc. Les commerçants du quartier de Moski,
un des quartiers commerciaux les plus importants
d'Egypte, se sont mis en grève. Il ont fermé leurs
magasins et certains ont pris part à des manifestations.
C'était la première fois dans l’Histoire moderne
du pays que des manifestations contre le fisc
étaient organisées. Autrefois, les commerçants
se contentaient de pratiquer la fraude. Ce passage
à un mode de contestation plus direct révèle effectivement
une résistance plus forte de la société à contribuer
aux ressources de l’Etat.
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Le coût de la perception
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Le ministère des Finances est
las de jouer au chat et à la souris. La société
résiste au fisc par tous les moyens : appel
à la justice pour remettre en question la constitutionnalité
des lois, recours à la corruption pour réduire
les taxes, recours à la fraude, etc. Le coût de
la mise en application des impôts en Egypte augmente
considérablement. Pour chaque livre que le fisc
réussit à percevoir, il faut que celui-ci dépense
beaucoup d’énergie et de temps. Et cela coûte
de l’argent.
Le gouvernement égyptien est
vraiment dans l'impasse. Les revenus des impôts
par rapport au PIB sont très faibles : environ
13,6 % en 2001/2. Mais le problème le plus
grave réside dans le fait que ce taux ne cesse
de chuter ces dernières années (voir le graphique).
Au début des années 1990, le gouvernement a « inventé »
les taxes sur les ventes, qui constituent aujourd'hui
le tiers des revenus des impôts en Egypte. Mais
les taxes sur les ventes sont arrivées elles aussi
à leur limites et elles chutent en pourcentage
du PIB : 4,7 % en 1998/99, contre 4,3 %
en 2001/2.
Qu’est-ce que le ministère des
Finances est en mesure de faire ? On lui
demande sans cesse plus de ressources pour financer
des activités étatiques jugées indispensables
pour la « paix sociale » et pour
la stabilité du régime en place. Mais l'Etat ne
lui donne pas les éléments nécessaires pour remplir
cette mission. Le sens commun en Egypte veut que
l’Etat « aspire » les ressources
de la société pour les gaspiller dans le financement
d'une bureaucratie gourmande. N’est-ce pas dans
ce pays, à une toute autre époque, que l’Etat
a décidé de mobiliser d'énormes ressources pour
construire des pyramides au lieu d’investir dans
les routes et les canaux indispensables pour la
prospérité du paysan ? Les Egyptiens, semble-t-il,
continuent à penser que l’Etat gaspille de l’argent
pour construire des « pyramides ».
L’obéissance au fisc est un signe
de reconnaissance de la légitimité du gouvernement.
Certains politologues considèrent ainsi le taux
de perception d'impôts comme un baromètre de la
légitimité des gouvernements. En Egypte, ce baromètre
est au plus bas. Le fisc lui-même ne veut pas
déclarer à la société le montant des revenus tirés
des impôts. Et malgré cela, le gouvernement ose
parler de transparence.
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Samer
Soliman |
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« Nous
voulons convaincre plutôt que contraindre » |
Mahmoud
Mohamad Ali, directeur de l’Organisme des taxes
sur les ventes, estime que les difficultés de
l’application de la deuxième phase de la taxe
sur les ventes ont été surmontées. |
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Al-Ahram Hebdo :
Quel montant avez-vous retiré cette année de la
deuxième phase de la taxe sur les ventes ?
Mahmoud Mohamad Ali : Je
ne dispose pas de chiffres.
— Etes-vous satisfait de
ces revenus ?
— Oui. On a finalement réussi
à mettre en place cette phase. L’application s'est
déroulée dans le calme, malgré le fait que cette
phase s’applique sur un secteur très peu organisé.
La plupart des entreprises ne font pas de comptabilités
régulières. En effet, avant l’application de la
taxe, le ministre des Finances est allé dans tous
les gouvernorats, pour signer des pactes avec
les chambres commerciales, selon lesquels le ministère
ne doit pas déférer quelqu’un à la justice sans
avoir consulté les chambres. Le ministre avait
déclaré qu’il n'allait pas déférer des commerçants
à la justice. Après plus de deux ans d’application,
la majorité des commerçants coopèrent. Nous voulons
convaincre plutôt que contraindre. Certains ont
pensé que cette période de grâce est un signe
de faiblesse mais ce n’est pas vrai. Aujourd’hui,
on peut dire qu’on a un système total de TVA.
Tous les gens qui ont des activités sont désormais
enregistrés.
— Si vous n’utilisez pas
la contrainte, comment pouvez-vous pousser les
commerçants à payer ?
— On aborde ces gens avec
deux choses : les médias pour les convaincre,
et les statistiques pour capter tous les gens
non déclarés auprès de l’Organisme. On demande
aux fraudeurs de se livrer à l’Organisme, sinon
ils encourent de graves risques. C’est pourquoi
je dis toujours aux commerçants qu’ils ont intérêt
à coopérer parce que l'on sait les démasquer.
La fraude est seulement une question de temps.
Le commerçant qui continue plus longtemps dans
la fraude aura plus de problèmes ; il aura
plus d'amendes. Et de toute façon, ce n’est pas
lui qui paye la taxe, ce sont les consommateurs.
— Et pourquoi donc toute
cette résistance à la TVA ?
— Il existe un malentendu.
Certains commerçants pensent que s’ils se livrent
à la TVA, leurs comptabilités vont passer à l’Organisme
général des impôts (qui collecte les impôts sur
les revenus). Et par conséquent, ce dernier saura
leurs chiffres d’affaires et leurs profits.
— Cela se passe-t-il réellement
comme cela ?
— Malgré le fait qu’une
coopération doit exister entre tous les organes
du fisc dans le domaine du recensement des activités,
on ne l’a pratiquement pas fait, pour donner plus
de confiance. Et ce malgré le fait que cela représente
un défaut dans la pratique de la citoyenneté.
Nous n’avons pas donné nos informations à l’Organisme
général des impôts et celui-ci ne nous a pas donné
les siennes. La loi égyptienne impose la discrétion
quant aux activités des institutions étatiques,
à moins que le Parlement ne change cela. Les lois
donc ne permettent pas les échanges entre les
deux organismes.
— Est-ce que des commerçants
ont déjà été condamnés à des peines de prison
pour fraude ?
— Je ne dispose pas d'informations
exactes, mais la loi s’applique. Dans les cas
où l'on prouve la fraude, on est en droit de déférer
le fraudeur à la justice. Mais nous ne souhaitons
pas cela. La décision la plus difficile pour moi
c’est le fait de signer une décision de transfert
à la justice. J’essaie plutôt de convaincre les
commerçants de se plier à la loi, parce que le
pays a le droit de soutirer ses taxes. Si tout
le monde prend une position négative par rapport
au fisc, comment l'Etat obtiendra-t-il ses revenus ?
L’Etat n’a pas de revenus propres, mais il les
cherche auprès des citoyens pour financer ses
dépenses publiques. C’est une question de sécurité
nationale. Si les riches s’enrichissent, et les
pauvres s’appauvrissent, ce sera dangereux.
— Certains secteurs commettent-ils
plus de fraude que d'autres : les commerçants
du quartier de Moski au Caire, par exemple, qui
ont fait des manifestations et des grèves au début
de la mise en place de la loi ?
— Non, c’est plutôt la taille
qui joue. Les grands hommes d’affaires sont plus
respectueux de la loi. 80 % des revenus de
la TVA proviennent des grandes entreprises. Ils
ne peuvent simplement pas frauder. Mais les petits
ne respectent pas la loi. Plusieurs commerçants
ne mettent qu’une partie de leurs marchandises
dans le magasin et ils cachent le reste dans des
dépôts. D’autres mettent leurs livres chez des
comptables qui à leur tour les cachent dans des
endroits dans les nouvelles villes. Ce genre de
comptables essayent de convaincre les commerçants
qu’ils peuvent les aider à éviter les taxes. Est-ce
qu’un pays peut fonctionner ainsi ?
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Propos
recueillis par S.S |
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