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Urbanisme
. Le
gouvernorat du Caire a lancé un vaste plan de réaménagement
d'Al-Doweiqa, zone sauvage située dans le quartier de Manchiyet
Nasser. Mais les habitants refusent, pour des raisons économiques,
de quitter leurs habitations. |
Colère
à Al-Doweiqa |
Al-Doweiqa.
Une des zones du quartier de Manchiyet Nasser au Caire situé
à environ 5 km du centre-ville. 1,3 million de personnes vivent
dans cette région de 357 hectares dans des conditions difficiles.
Des bidonvilles en très mauvais état sont entassés les uns
contre les autres. A l'intérieur, des familles souvent nombreuses
(de 8 à 10 membres) logent dans des pièces de 3 m2 au plus.
Les enfants passent leurs journées dehors et rentrent tard
le soir pour se coucher.
Face à ces conditions, le
gouvernorat du Caire a lancé un plan de développent de Doweiqa.
Patronné par Mme Suzanne Moubarak, ce plan vise à raser tous
les bidonvilles et les remplacer par des bâtiments modernes.
Le gouvernorat a proposé aux
habitants des appartements dans la ville de Badr sur la route
d'Ismaïliya hors du Caire. Mais ces derniers protestent et
refusent de quitter leurs bidonvilles. La plupart des habitants
de Doweiqa se rendent en effet quotidiennement au centre du
Caire où ils exercent des activités précaires (ouvriers journaliers,
chauffeurs, etc.). Or, leur transfert à la ville de Badr risque
de leur compliquer la tâche. Ils exigent de nouveaux appartements
à Manchiyet Nasser. « Nous ne pouvons pas quitter
Al-Doweiqa et nous installer dans cette ville de Badr. Nous
habitons cet endroit depuis 20 ans. Nous travaillons pas très
loin d'ici. La ville de Badr est très loin et si on accepte
d'aller là-bas, nous serons amenés à payer quotidiennement
des frais de transport de l'ordre de 10 L.E. C'est trop »,
explique Hag Mahmoud Abdel-Fattah, habitant du quartier. Gamalat
Mohamad, mère de 5 enfants, s'interroge : « Pourquoi
les habitants de la première phase du plan de développement
ont-ils reçu des appartements neufs ici à Manchiyet Nasser
et nous, on veut nous envoyer à Badr ? ». Et
d'ajouter : « Je resterai à Doweiqa même si je
suis amenée à demeurer sur la route avec mes enfants et mes
meubles jusqu'à ce que les responsables acceptent ma demande
de rester à Doweiqa ».
Pour marquer leur protestation,
les habitants de Doweiqa ont organisé la semaine dernière
un sit-in devant la municipalité de Manchiyet Nasser. « J'ai
refusé le déplacement à Badr, car je n'ai même pas les 1 400
L.E. exigées par le gouvernement pour un nouvel appartement
là-bas. Le gouvernement nous demande aussi de payer un loyer
mensuel de 73 L.E., tandis qu'ici je ne paie rien »,
lance Orabi Mohamad. Même son de cloche pour Ekrami Mohamad
Attiya qui s'exprime sur un ton grave. « Nous préférons
rester sans abri, sans eau potable, ni électricité jusqu'à
ce que les responsables acceptent de nous fournir des appartements
ici à Manchiyet Nasser. Je suis le grand aîné de ma famille
composée de 6 membres, et je suis sans travail. Le gouvernorat
ne veut faire aucune promesse ». Il affirme que les
habitants ont l'intention d'engager un procès contre le gouvernorat
du Caire, car celui-ci n'a pas le droit de les sortir contre
leur gré de leurs habitations.
Le plan de développement de
Manchiyet Nasser comprend 8 phases. La première a été accomplie
en 1999 et a inclu la construction de 760 appartements. La
deuxième phase a pris fin au mois de juillet dernier et a
vu la construction de 1 560 appartements. Les 3e et 4e
phases du projet devraient s'achever d'ici 2005.
Face aux plaintes des habitants,
les responsables se défendent. Le chef du quartier de Manchiyet
Nasser, Talaat Mansour, répond aux plaintes des habitants
en assurant que la direction du quartier fait tout son possible
pour que le développement de Doweiqa se déroule dans les meilleures
conditions possibles. « La plupart des habitants de
ce quartier sont logés dans des habitations sauvages et ne
possèdent pas de titres de propriété. La décision de les orienter
vers un autre lieu ne peut donc être considérée comme contraire
à la loi, comme l'affirment certains habitants. Ceux qui pourront
prouver leurs propriétés à Doweiqa ou présenteront des documents
qui prouvent leur adresse (certificat de naissance, de
mariage, etc.) auront droit à des logements dans le même
quartier lorsque les travaux de réaménagement seront terminés »,
assure le responsable. Il ajoute que certains habitants possèdent
seulement des magasins et veulent avoir de nouveaux appartements.
Une commission du gouvernorat du Caire a été chargée de vérifier
les papiers de chaque famille pour savoir qui a le droit à
des appartements à Doweiqa et dresser une liste de noms à
cet effet.
Le problème des habitants
de Doweiqa révèle les difficultés inhérentes au réaménagement
des zones sauvages en Egypte. Il existe actuellement 80 zones
classées comme telle dans le seul gouvernorat du Caire. « Beaucoup
de ces zones se sont développées dans les années 1970 et 80
favorisées par l'exode rurale et la passivité des autorités
face aux violations des lois qui protègent les terrains appartenant
à l'Etat et les terrains agricoles. Aujourd'hui, ces zones
constituent un véritable problème », assure l'urbaniste
Soheir Hawas.
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Ola Hamdi
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Champs
d'immeubles |
Les constructions illégales sur les terrains
agricoles risquent de reprendre de plus belle après l'annulation,
il y a quelques semaines, d'un ordre militaire interdisant
la construction sur ces terrains. En l'absence d'une loi
dissuasive, l'ancien premier ministre, Kamal Al-Ganzouri,
avait émis en 1996 un ordre militaire interdisant cette
pratique (mesure d'exception faisant office d'une loi).
Or, le gouvernement vient d'annuler tous les ordres militaires
sauf ceux se rapportant à la sécurité nationale.
L'utilisation des terrains agricoles a
des fins de construction avait atteint des proportions inquiétantes
jusqu'en 1996. L'Egypte a perdu 36 % de ces terrains
agricoles, soit 1,5 million de feddans, durant les
20 dernières années. Les études du ministère de l'Agriculture
ont révélé que si des mesures dissuasives n'étaient pas
prises, le problème pourrait s'aggraver davantage. « Les
terrains agricoles en Egypte sont menacés. L'ordre militaire
a pu résoudre 80 % du problème des violations des terrains
agricoles. Il stipulait la démolition immédiate de tout
bâtiment construit illégalement sur un terrain agricole
et prévoyait une peine de prison envers les contrevenants »,
explique un responsable du ministère de l'Agriculture.
Avec l'annulation de l'ordre militaire
on revient aux anciennes lois, peu dissuasives. Et la porte
est désormais grande ouverte aux propriétaires de terrains
agricoles pour procéder au déblaiement de leurs terres pour
construire des bâtiments de 10 ou 15 étages qui leur rapportent
beaucoup d'argent. Selon le ministère de l'Agriculture,
il y a eu 2 000 cas de construction sur des terrains
agricoles entre 1990 et 1996. Mais depuis 1996, il n'y a
eu qu'une centaine de cas. Les gouvernorats du Fayoum, de
Qalioubiya, de Charqiya, de Damiette et de Guiza sont les
plus concernés.
Le premier ministre Atef Ebeid a formé
récemment une commission regroupant les ministères de l'Agriculture,
de l'Habitat et du Développement local, et les différents
gouverneurs pour discuter des mesures à prendre contre cette
pratique. Cette commission a décidé de donner à chaque gouverneur
l'autorité d'intervenir en cas d'infraction et de déférer
les contrevenants à la justice. En outre, les gouverneurs
sont tenus de faire des contrôles en attendant la promulgation
de la nouvelle loi sur la construction.
La loi actuellement en vigueur, qui remonte
aux années 1970, s'avère insuffisante pour faire face à
ce problème et comporte plusieurs lacunes. Elle n'impose
que de modestes amendes (entre 100 et 500 L.E.) aux contrevenants.
Selon Gamil Qaldass, juriste, cette loi comporte des failles
qui permet aux propriétaires de recourir à des moyens détournés,
et cela malgré les mesures prévues par le gouvernement.
« Les contrôles qui seront effectuées par chaque
gouverneur ne pourront jamais empêcher les constructions
illégales », estime Qaldass. Et d'ajouter :
« La loi n'exige pas la démolition du bâtiment contrevenant
comme le fait l'ordre militaire. Le gouverneur ne pourra
que déférer le contrevenant à la justice. Et dans les tribunaux,
l'affaire peut durer des années. Ce qui donne aux propriétaires
la chance de terminer la construction du bâtiment. Et en
fin de compte, le contrevenant ne paye qu'une simple amende ».
Ce sont ces lacunes qui ont facilité le
déblaiement des terrains agricoles durant les années 1980.
Les quartiers de Haram et de Guiza constituent des exemples
flagrants de constructions sauvages sur des terrains agricoles.
Abou-Bakr Al-Bassel, de la commission de l'Agriculture au
Parlement, explique que l'inefficacité de la loi en vigueur
est à l'origine de la construction de nombreux bâtiments
dans les quartiers de Haram et de Guiza qui étaient à l'origine
des terrains agricoles très fertiles. « Les conséquences
sont graves, car cela a facilité la création de zones sauvages
à la place des terrains agricoles. Et actuellement, l'Etat
est obligé de payer des milliards de livres pour évacuer
et planifier ces zones », ajoute Al-Bassel.
Selon Hoda Hawas, urbaniste, « la
construction sur les terrains agricoles doit être considérée
comme un crime pour deux raisons. Premièrement, ces terres
ne sont pas destinées à la construction. Elles ne résistent
pas aux tremblements de terre, ce qui menace la vie des
habitants. Deuxièmement, ces terrains représentent pour
l'Egypte une ressource vitale qui lui fournit 80 %
de ses produits alimentaires », explique Hoda.
Face à ces arguments, le gouvernement déclare
avoir pris plusieurs mesures en attendant la promulgation
d'une nouvelle loi. Le premier ministre Atef Ebeid a annoncé
que la discussion de la loi unifiée sur la construction
figure parmi les priorités de la prochaine session parlementaire.
En outre, le gouvernement a décidé de réduire les prix des
terrains désertiques dans les gouvernorats pour atteindre
3 L.E. le mètre afin d'encourager la construction sur ces
terrains-là. « La commission a également préparé
un plan de tous les terrains agricoles dans tous les gouvernorats
afin de faciliter la découverte des contraventions. Et chaque
gouverneur sera responsable devant le premier ministre en
cas de contravention », conclut Al-Achri.
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| Mirande Youssef |
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