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Le dialogue national
et la démocratie
Par Mohamed Sid-Ahmed

Avec le dialogue qui vient de commencer entre gouvernement et opposition, deux points de vue sont en jeu concernant la question majeure qui préoccupe la rue égyptienne, à savoir celle des libertés et de la démocratie.

Le premier point de vue parle de réformes qui viennent d'en haut. A cet égard, le parti au pouvoir, le Parti National Démocrate (PND), a entamé un dialogue officiel direct avec l’un des partis de l'opposition, à savoir le parti du Rassemblement, représentant la gauche. Il est prévu que des dialogues similaires soient tenus entre le PND et d'autres partis de l'opposition. Avec en tête le néo-Wafd, représentant du courant libéral et le Parti nassérien, héritier du patrimoine de l'ancien président Nasser.

C'est là qu'on se heurte à un premier obstacle et que des questions s'imposent. Avec quel autre parti le PND mènera le dialogue ? A qui revient la décision de choisir ? Le parti du Travail par exemple est suspendu, malgré son grand rôle dans le passé. Quant au parti Al-Ahrar, il s'est divisé en de petits groupuscules après la mort de son fondateur. Sans oublier les Frères musulmans, dont la présence est réelle malgré la décision interdisant la fondation de partis religieux. La conclusion en est donc la suivante : entamer le dialogue d'en haut avec les partis d'opposition les uns après les autres garantit un début stimulant, mais ne garantit guère la suite.


Lancer le dialogue d'en bas ?

Un autre point de vue doit être pris en considération : y a-t-il un moyen de lancer le dialogue national d'en bas ? Autrement dit, peut-on faire participer toutes les composantes de la vie politique dans le processus de réforme ? Je fais ici allusion aux composantes de la société civile, les ONG, les indépendants, et non seulement les partis politiques. Ce qui nous place face à un second obstacle : le PND peut-il accepter de renoncer à son hégémonie, à son rôle de leader et à sa position centrale dans le dialogue ? Peut-il accepter de se tenir sur un pied d'égalité avec les autres partis ? Ce qui signifie une séparation complète entre le parti et le gouvernement du parti. Ce point de vue peut-il être adopté ? Surtout que des voix s'élèvent pour dire que le PND n'est plus le parti du gouvernement mais c'est le contraire qui est vrai, c'est-à-dire que c'est plutôt le gouvernement qui appartient au PND.

Plusieurs questions s'imposent à cet égard : conformément à quels critères les partis sont-ils distingués ? S'agit-il de leur relation avec l'Etat ? Le PND se distingue juste à cause de son attachement complet au gouvernement ? Ou bien s'agit-il de la qualité de la relation liant le PND au gouvernement ?


La sécurité et l'idéologie

Il est à noter que le rôle essentiel du gouvernement, et de l'Etat plus généralement, est d'assurer la sécurité. Quant à la mission de tout parti, elle consiste à représenter les intérêts d'une certaine classe. Chaque parti reflète donc l'idéologie et la vision de l'un des secteurs de la population. C'est ainsi que les partis sont le reflet des problèmes de la société.

Certains chefs du PND font circuler une idée erronée selon laquelle les idéologies sont mortes. Ceci peut être considéré comme une adoption de la théorie de l'intellectuel américain d'origine japonaise, Francis Fukuyama, concernant « la fin de l'Histoire ». Selon ce dernier, l'Histoire sera toujours vivante tant qu'il existe des conflits d'intérêts qui prennent la forme de conflits d'idéologies. D'autant plus que les idéologies ne concernent pas autant les événements que la méthode suivie pour traiter ces événements. Il y a donc la méthode suivie par un libéral qui diffère de celle du communiste et celle du socialiste ou de l'anarchiste ... Et tant qu'il existe du nouveau dans la succession de l'actualité, il y aura du nouveau dans l'idéologie. Ce qui rend difficile de parler de la fin de l'Histoire.

Il est à noter que la question de l'idéologie est intimement liée au dialogue national. Peut-on prétendre que les conflits d'intérêts ne prennent pas la même forme que les conflits d'idéologies depuis la fin de l'ordre mondial bipolaire ? Si ceci est vrai, pourquoi le multipartisme est-il nécessaire ? Comment prétendre que les idéologies sont-elles mortes et réclamer parallèlement le multipartisme ?

Une autre réalité doit être prise en considération : le parti du gouvernement doit accorder la priorité à la sécurité plutôt qu'à l'idéologie. Alors quels partis d'opposition, qui ne sont pas concernés par la sécurité, doivent accorder la priorité à l'idéologie et au secteur de la société qu'ils représentent. Tel est le dilemme qui complique davantage la relation entre des partis qui cherchent à acquérir le pouvoir et le parti au pouvoir refusant catégoriquement cette éventualité.


La démocratie est indivisible

Le fait que le PND lance le dialogue avec les partis légaux de l'opposition les uns après les autres constitue une méthode élitiste s'opposant au principe selon lequel la démocratie est, comme la liberté, indivisible. La démocratie nécessite donc un traitement pareil aussi bien avec le parti du Rassemblement qu'avec le Wafd ou même les Frères musulmans.

Il est à noter qu'un vrai dialogue national ne se réalise pas par une simple rencontre entre leaders du PND et leurs homologues des partis d'opposition. Aucun changement significatif n'en découlera certainement.

Si le dialogue national est lancé, ceci découle du fait que toutes les parties concernées ont réalisé que leur situation actuelle constitue une véritable impasse historique. Or, le lancement du dialogue ne garantit guère son aboutissement. C'est pourquoi nous disons qu'il ne suffit pas d'entamer le dialogue, mais il est indispensable de chercher les aspects garantissant son succès. Il est de même important de faire participer les divers courants, tout en se référant aux bases authentiques de la démocratie. Et ce dans un climat politique accueillant favorablement les hommes qui représentent des modèles à suivre.

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Une résistance verbale !

Par Salama A. Salama

Certains pays arabes — Egypte en tête — auraient pu faire comme le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, qui a reçu Yasser Abd Rabbo et Yossi Beilin, les promoteurs de l'initiative de Genève. Cette initiative traduit une conception globale d'un règlement politique et pacifique palestino-israélien et répond aux exigences des deux parties. Elle apporte en détail des solutions à la plupart des questions qui n'ont pas été abordées dans la Feuille de route. Pour ce, De Villepin n'a pas trouvé de mal à la décrire comme étant une suite à la Feuille de route. Et d'ajouter que tout ce qui contribue à relancer le dialogue entre les deux parties doit être encouragé.

Mais hélas, la plupart des parties arabes ont adopté une position négative à l'égard de cette initiative. Ils ont préféré se murer dans le silence alors que l'initiative cherchait à relancer le dialogue constructif qu'avaient entamé à Camp David Yasser Arafat et Ehud Barak sous l'Administration de Bill Clinton. Le dialogue qui fut interrompu ensuite à cause des élections israéliennes et du désengagement de Barak.

Au début, Arafat avait accueilli favorablement l'initiative. Mais vite et peut-être sous certaines pressions, il a cessé de la soutenir. Ceci est dû certes à l'existence de la fameuse Feuille de route et à la violante attaque lancée par Ariel Sharon contre l'initiative. Le premier ministre israélien avait d'ailleurs accusé de traîtres les Israéliens qui ont participé à l'élaboration de l'initiative en Suisse. Washington lui a emboîté le pas et a adopté sa position. Elle a d'abord minimisé l'importance de l'initiative avant de l'écarter. En tout cas, on s'attendait à une telle position de la part de Washington après tous les efforts qu'il avait déployés pour faire réussir la Feuille de route. Et ce, malgré son échec réel.

Pratiquement, l'initiative de Genève n'est plus qu'une simple feuille posée sur la table. Elle est élaborée par des parties qui ne sont pas au pouvoir et par conséquent elle n'a pas de grande valeur. Et ses conséquences n'iront peut-être pas plus loin que celles des nombreuses rencontres palestino-israéliennes tenues sous l'égide des pays européens, uniquement pour combler le vide. Pourtant, elle aurait pu être utilisée comme carte de pression diplomatique et politique par les pays arabes. Elle aurait pu être utilisée pour dévoiler les intentions de Sharon et de son gouvernement et prouver qu'en Israël, il existe des tendances politiques prêtes à accepter les engagements de la paix et à en assumer les conséquences. C'est ça le message qu'avait voulu communiquer De Villepin lorsqu'il a reçu les promoteurs de l'initiative de Genève et a appuyé leurs efforts.

En ce qui concerne les pays arabes, l'absence d'une imagination politique, de capacité à faire des pressions diplomatiques et des manœuvres, la dépendance totale vis-à-vis de Washington et à tout ce qu'il accepte a fait que la seule arme dont ils disposent sont uniquement les déclarations et les condamnations verbales. Et ce, au moment où l'Etat hébreu utilise la manière forte pour atteindre ses objectifs.

Que nous reste-t-il pour que nous continuions à craindre la colère de Sharon et que nous continuions à faire grand cas du refus ou de l'approbation de Washington de l'initiative de Genève ?

 

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