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Ramadan .
La hausse des prix n'épargne
pas les pâtisseries dont les Egyptiens se délectent pendant
le mois sacré. Pour éviter de devoir afficher des prix prohibitifs,
les pâtissiers évitent tout gaspillage ou recourent à de multiples
astuces, pas toujours très honnêtes. Reportage.
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Douceurs
de crise
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four est à la température adéquate pour enfourner la konafa,
tant convoitée durant le mois de Ramadan. Hassan, le garçon
pâtissier, glisse une dizaine de plateaux et suit attentivement
leur cuisson à travers la porte vitrée. Un quart d'heure passe,
Hassan ressort les plateaux un par un, et les arrose minutieusement
de beurre, à l'aide d'une louche, pour ne pas trop les noyer
car les consignes sont strictes. Il fera de même pour le sirop.
« Je
ne veux pas voir de gaspillage de farine, de beurre, de sucre
et surtout de fruits secs », lance d'un ton autoritaire
Am Hussein, chef d'équipe dans une célèbre chaîne de pâtisserie
au Caire. Les apprentis sont tout ouïe, ils doivent suivre
ces consignes à la lettre, car le regard vigilant du surveillant
est là pour les rappeler à l'ordre. Ce dernier passe à tout
moment et à toutes les tables pour vérifier les doses d'ingrédients
qui rentrent dans la composition de chaque pâtisserie.
Tout gaspillage
est sévèrement sanctionné par le chef pâtissier. Une première
dans l’histoire de cette fabrique. Selon le responsable du
marketing de la chaîne, répandue dans tous les quartiers du
Caire et aussi à Alexandrie, ceci est dû à l'augmentation
du coût des produits de base. « Cette année, les prix
ont dépassé toutes les limites. Ce qui exige de suivre une
certaine politique, celle de réduire le bénéfice afin de satisfaire
le client », souligne-t-il.
Les jours de
repos sont annulés et les employés qui portent des bonnets
en plastique et des salopettes à manches courtes, sont à pied
d'œuvre depuis 5 heures du matin. « Bien que nous
travaillions sans relâche, nous le faisons avec enthousiasme
car nous savons que nous serons récompensés à la fin du mois
de Ramadan », s'exclame Adel Abdallah, jeune pâtissier,
avec un sourire qui en dit long. Il ajoute que cette récompense
ne concerne pas seulement le salaire, mais inclut également
un quota quotidien de pâtisseries dont bénéficient tous les
employés.
Pendant le Ramadan,
toutes les familles égyptiennes consomment une quantité exorbitante
de pâtisseries orientales. La konafa, la baklava et
la basboussa sont les plus prisées et garnissent toutes
les tables durant ce mois sacré. Sans oublier le balah
al-cham, les qatayefs et la zalabia. Ces
spécialités que l'on oublie d'acheter en temps normal deviennent
très prisées durant ce mois. Malgré cette hausse des prix,
aucun ménage ne s'en prive durant les belles veillées ramadanesques.
Un plat de basboussa entièrement couvert de pistaches,
noisettes, amandes et noix après l'iftar remet les
jeûneurs en pleine forme.
Pour les pâtissiers,
ce mois béni permet de gonfler leur chiffre d'affaires. Le
reste de l'année, ils ne vendent que de petites quantités,
et parfois pas du tout. Par contre, pendant le Ramadan, ce
sont des dizaines de kilos qui sont servis aux clients fidèles.
Debout au seuil
de la porte, Am Hussein, le plus ancien, choisit les jeunes
recrues qui affluent en ce mois de carême, car ils savent
pertinemment que les pâtissiers ont besoin de main-d'œuvre.
Suivant les ordres du responsable, ils commencent à vider
les sacs de farine et de sucre dans de grandes cuves. Les
fruits secs sont conservés précieusement dans un immense réfrigérateur.
Avant d'entamer toute préparation, l'équipe qui assure le
quart doit jeter un coup d'œil sur la composition de chaque
recette accrochée sur les murs.
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Mille et une astuces |
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Il
est vrai que les ingrédients sont les mêmes chez tous les
pâtissiers, mais chacun a ses petits secrets qui font que
le client préfère aller chez l'un plutôt que chez l'autre.
Selon le directeur de la chaîne, ces petites astuces concernent
la quantité de sucre, le degré de viscosité du sirop et le
temps de cuisson de chaque spécialité de gâteau qui fait toute
la différence. Les plus anciens en détiennent tous les secrets,
qu’ils ne révèlent jamais aux nouvelles recrues. Ces
mesures doivent être respectées pour ne pas changer le goût
tant apprécié par leurs clients. « Malgré la situation
économique, on ne peut se permettre de baisser la qualité
de nos produits. Satisfaire nos clients est notre plus grande
priorité », note Rachad. La chaîne, qui tient à garder
sa bonne réputation, essaye de garder un équilibre précaire
entre le déficit et le profit. Selon le responsable du marketing,
la chaîne fait des promotions originales et intensifie l'espace
publicitaire dans les médias pour attirer le client et le
convaincre de consommer des pâtisseries de bonne qualité,
même si les prix sont un peu plus élevés. « Nous nous
attendons à un léger déficit pour que le client ne supporte
que le minimum de la hausse des prix », affirme-t-il.
Il ajoute qu'il réussira à faire oublier à son client cette
légère hausse en recouvrant généreusement les surfaces des
gâteaux. « Bien sûr, on fait cela grâce à une bonne
stratégie, celle de choisir des produits de base bon marché »,
dit Rachad. Il poursuit ses explications tout en surveillant
un ouvrier qui lui montre un plat de konafa qu'il a
décoré de petits morceaux de noix sur la surface pour épater
le client. L'odeur est si alléchante et le décor si attirant
qu'aucun client ne pourrait résister à sa vue même si le prix
est plus élevé.
En outre, cette
chaîne a mis en œuvre une stratégie qui ne déstabilise pas
le marché. Cependant, d'autres pâtissiers ne peuvent pas résister
à la crise de la même manière. Arafa, célèbre fabricant de
konafa de Sayeda Zeinab, a adopté sa propre tactique.
Bien qu'il soit fabricant de gros, il est obligé de faire
supporter 60 % du coût au consommateur. « Je
ne peux pas prendre le risque de perdre ma renommée surtout
que ma clientèle vit dans les quartiers populaires où la bonne
et la mauvaise réputation se propage très vite »,
lance Hag Arafa. Il n'a jamais connu de telles conditions
économiques depuis les années 1960. Pour lui, quand le prix
d'une tonne de farine dépasse les 200 L.E., cela menace toutes
les pâtisseries.
Si les grands
pâtissiers préfèrent garder leur bonne clientèle quitte à
sacrifier une part de leurs bénéfices, ce n'est pas le cas
pour beaucoup d'autres, qui attendent le mois sacré pour faire
d'importants bénéfices sans se soucier du consommateur.
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Mois sacré, fraude bannie
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Avec une hausse
des prix des fruits secs qui a atteint les 100 %, les
pâtissiers ont recours à des astuces que le consommateur
aura bien du mal à découvrir : « Si on vend
nos produits au même coût que l'an dernier, on risque de
ne pas faire de profits », confie le propriétaire
d'une pâtisserie. Après plusieurs réunions qui ont eu lieu
entre les membres de la direction et les employés, des directives
ont été prises, à savoir mélanger le beurre à l'huile et
utiliser des produits chimiques comme la levure et l'amidon
pour faire augmenter la quantité de farine. Bien sûr, la
stratégie à adopter n'est débattue qu'entre un petit nombre
de garçons pâtissiers et le grand chef, mais jamais devant
les directeurs ou responsables de la vente. « On
veut éviter les commérages entre vendeurs et clients car
cela risque de nous faire perdre notre bonne réputation.
Nous prenons soin de mélanger tous les ingrédients dans
une pièce à part avant de remettre les préparations aux
employés pour façonner les gâteaux. Ils ne pourront jamais
se rendre compte que nous avons mélangé le beurre à l'huile »,
explique Réda, directeur général d'une fabrique.
D'autres pâtissiers
ne se sentent pas de taille à frauder en plein mois de carême
et ne veulent pas fixer de prix trop élevés. Ces derniers,
qui fabriquent de la pâtisserie orientale et occidentale,
ont préféré se contenter d'une légère hausse de prix pour
la pâtisserie orientale durant le mois de Ramadan, et élever
les prix des gâteaux et du chocolat durant le reste de l'année
pour compenser les pertes. Quant aux fabricants en gros
et aux distributeurs de produits de base, ils souffrent
aussi. « On pense que nous sommes la cause de cette
crise aloque nous sommes les victimes des exportateurs »,
estime Ismaïl, marchand en gros de fruits secs. Il explique
qu'à cause de la cherté des prix, il n'a commandé cette
année que la moitié de la quantité qu'il avait l'habitude
de recevoir. Mais pas d'inquiétudes, il y en aura pour tout
le monde.
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Dina Ibrahim
et Hanaa Al-Mékkawi |
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