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Iraq . Le pays a connu une recrudescence de la violence en début de semaine, avec plusieurs attaques, notamment contre le siège du CICR.
Les forces d'occupation
sous le feu des attaques

La violence est montée d'un cran en Iraq en ce début de Ramadan. Lundi, cinq attentats ont secoué presque simultanément Bagdad, dont deux à la voiture piégée contre le siège du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et quatre postes de police, faisant une vingtaine de morts et une soixantaine de blessés.

C'est la première fois qu'une attaque est lancée contre le CICR en Iraq depuis le début de ses opérations dans le pays au début des années 1980, selon la porte-parole de cette organisation humanitaire, Nada Doumani. Au moins douze personnes ont été tuées dans cet attentat à la voiture piégée. Une ambulance iraqienne a été utilisée dans l'attaque.

Une deuxième explosion a suivi quelques minutes plus tard, près du ministère de la Santé situé en face du CICR sur l'autre rive du Tigre, qui coupe Bagdad en deux. Dans le troisième attentat, une voiture piégée a visé un commissariat de police à Bagdad. Trois policiers iraqiens ont été tués et plusieurs autres ont été blessés, ainsi que 1O soldats américains. Le kamikaze a lancé sa voiture contre le commissariat Al-Elam, dans le quartier de Karakh.

L'adjoint du ministre iraqien de l'Intérieur, Ahmad Ibrahim, a accusé l'ancien président Saddam Hussein d'être responsable de ces violences, en inspectant le site de l'attentat devant le CICR. « C'est une attaque terroriste ignoble exécutée par les hommes de Saddam Hussein », a-t-il dit, ajoutant que « Saddam Hussein est derrière toutes les catastrophes en Iraq ».

Cette série d'attentats a frappé la capitale iraqienne alors qu'elle a été dimanche le théâtre d'une attaque aux roquettes qui a visé un hôtel où logeait le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz. Ce dernier en est sorti indemne. Au cours de cette attaque, un soldat américain a été tué et 17 personnes, dont 11 Américains et des civils, ont été blessées par le tir de près de 30 roquettes sur l'hôtel Rachid.

Selon un officier américain, l'attaque ne visait pas M. Wolfowitz, mais était en préparation depuis au moins « deux mois ». Deux heures après l'attaque, M. Wolfowitz est apparu, visiblement ému, dans une conférence de presse improvisée. « Nous continuerons notre travail en dépit des actes désespérés d'un régime moribond », a-t-il dit. Dimanche soir, deux nouvelles explosions ont retenti dans le centre de Bagdad, mais on ignorait toujours leur origine et lieu. Par ailleurs, un soldat américain a été tué et deux autres ont été blessés dimanche soir dans une attaque au mortier contre la prison d'Abou Gharib, près de Bagdad, selon l'armée. Ce décès porte à 110 le nombre des soldats américains tués au combat depuis le 1er mai.

Dans une première réaction à la suite de cette série d'attentats, le Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère, Javier Solana, a déclaré à Bruxelles que la situation en Iraq n'était « pas très bonne », mais devrait rester sous contrôle, après la série d'attentats meurtriers qui a frappé Bagdad en début de journée lundi. Le Haut Représentant européen a émis l'espoir que les troupes commandées par les Etats-Unis en Iraq pourraient reprendre en main la situation sur place afin d'assurer « le contrôle nécessaire pour (...) la sécurité ».


Washington surpris

Côté américain, face à cette situation sécuritaire qui échappe au contrôle des forces de l'occupation, l'Administration Bush n'a pu qu'admettre être surprise par l'intensité des attaques anti-américaines en Iraq. « Nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si intense et si long », après la fin des combats majeurs décrétés par Washington le 1er mai, a déclaré le secrétaire d'Etat Colin Powell sur la chaîne de télévision NBC, en réaction à l'attentat contre l'hôtel Al-Rachid. « Nous sommes dans une période très difficile », a-t-il dit, en estimant cependant que les Etats-Unis « ont la capacité de s'en sortir ». « Nous sommes encore en conflit et je ne pense pas que le président (George W. Bush) ait jamais pensé à le minimiser. Il n'y a pas de combats majeurs, mais nous sommes en situation d'insurrection, avec des gens qui attaquent et s'enfuient. C'est un environnement sécuritaire beaucoup plus difficile », a estimé le chef de la diplomatie américaine.

Réagissant à son tour à l'attaque contre l'hôtel Al-Rachid, l'administrateur américain en Iraq, Paul Bremer, a fait état de « preuves démontrant que les terroristes sont de mieux en mieux organisés ». « Ils ont recours aujourd'hui à des approches plus sophistiquées, en particulier l'utilisation de ces objets piégés le long des routes empruntées par nos convois », une technique largement éprouvée au Liban contre l'armée israélienne, a poursuivi Bremer sur la chaîne de télévision ABC. Selon Bremer, une capture de Saddam Hussein n'empêcherait pas de telles agressions, « mais cela sera utile car cela fera s'effondrer le rêve » de ceux qui espèrent un retour au pouvoir de l'ancien dirigeant iraqien, a déclaré l'administrateur de l'Iraq.

Bremer a également accusé les Iraniens et les Syriens de ne « pas aider » les Etats-Unis à contrôler leurs frontières communes avec l'Iraq, ce qui permet, selon Bremer, des infiltrations « terroristes ».

Abir Taleb
Des promesses gonflées

Avec 33 milliards de dollars d'aide annoncés, la conférence de Madrid pour la reconstruction de l'Iraq, qui s'est achevée vendredi, est présentée par les Etats-Unis, puissance occupante du pays, comme un succès diplomatique. Mais la réalité est bien différente.

Qualifiée de « grand succès » par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, cette conférence a pu avoir lieu en dépit de l'état d'insécurité en Iraq. Les Etats-Unis ont pu réunir les opposants comme les partisans de leur politique pour une conférence consacrée à l'avenir de l'Iraq qu'ils occupent actuellement, une semaine après voir fait adopter à l'unanimité par le Conseil de sécurité une résolution ayant consacré le fait que Washington est actuellement le maître de Bagdad même si cette réalité ne se vérifie pas, pour le moment, sur le plan militaire.

A Madrid, partisans et opposants de la guerre ont paru vouloir mettre une sourdine à leurs querelles en se prononçant tous pour un Iraq libre, stable et démocratique. La conférence a également représenté la première sortie internationale de l'équipe iraqienne mise en place par Washington, qui, bien que manquant de légitimité populaire et n'ayant qu'une existence temporaire, a été considérée à Madrid comme l'interlocuteur iraqien à part entière. Le président du Conseil de gouvernement transitoire iraqien, Ayad Allaoui, a eu droit à tous les égards. Il a estimé que la conférence de Madrid a été un événement historique pour son pays. « Les engagements pris vont nous aider à nous remettre sur pied. Même si cette conférence était axée sur la reconstruction et le secteur public, elle aura des retombées visibles à court et long termes sur le secteur privé car elle relancera toute l'économie », a-t-il ajouté.

Il reste que les chiffres impressionnants annoncés, résultant d'une compilation hétéroclite, demandent à être confirmés tant ils sont obscurs. Le communiqué final de la conférence laisse déjà planer le doute, en indiquant, sans autre précision, que les pays donateurs ont annoncé des « engagements globaux et des engagements indicatifs s'élevant à plus de 33 milliards de dollars en dons et prêts jusqu'en 2007 ».

C'est un montant jamais atteint par aucune conférence de donateurs, même si les besoins iraqiens jusqu'en 2007 ont été évalués à 56 milliards de dollars. Le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, a déclaré qu'il « faut maintenant que ces sommes quittent la banque pour parvenir aux Iraqiens ».

L'addition faite par les organisateurs de la conférence demande également à être remise dans son contexte. Sur les 33 milliards annoncés — où on ne distingue pas ce qui est prêt et don, ce qui a déjà été dépensé, ce qui est du crédit, ou ce qui est lié à des contrats particuliers — il faut déjà retirer 20,3 milliards de dollars venant des Etats-Unis parce que cette somme est encore en discussion devant le Congrès et n'est donc pas acquise, et ensuite parce qu'ils n'ont pas été recueillis à Madrid.

Sur les 12,7 milliards restants, il faut ensuite accueillir avec précaution les milliards attribués à la Banque mondiale (3 à 5) et au Fonds Monétaire International (FMI, 2,5 à 4,25), parce que s'ils se concrétisent, il s'agira de prêts qui ne seront accordés qu'assortis de sévères conditions. Si l'on retire les Etats-Unis et les prêts des institutions financières internationales, il ne reste donc plus que 3 à 7 milliards pour l'ensemble des donateurs.

Le reste est notamment composé de l'annonce du Koweït (1 milliard déjà dépensé et 500 millions d'aide bilatérale), du Japon (5 milliards dont 3,5 en prêts), de l'Arabie saoudite (1 milliard d'aide bilatérale), de l'Union européenne et de ses membres (1,5 milliard jusqu'en 2007) et du Canada (220 millions déjà annoncés et alloués pour 2003-2008).

Quant aux hommes d'affaires iraqiens, ils estimaient samedi que cette aide était positive même si, selon eux, il s'agit d'une goutte d'eau dans la mer des besoins de l'Iraq. « Nous nous attendions en effet à quelques hésitations de la part de la communauté internationale pour des raisons politiques, mais les résultats sont bons et nous sommes optimistes pour la reconstruction sur les quatre ans à venir », a déclaré le secrétaire général de la Fédération des industries iraqiennes, Mohammad Al-Khayat. Un avis qui n'est pas partagé par l'avocat Omar Al-Waswassi, pour qui « l'infrastructure du pays est totalement obsolète. Les pompes utilisées dans les réseaux d'évacuation des eaux usées coûtent, à elles seules, 9 milliards de dollars » . Un exemple parmi d'autres.

Maha Salem
 

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