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Mounir Fakhri Abdel-Nour, président du groupe parlementaire du néo-Wafd et chef de file de l'opposition à l'Assemblée du peuple, donne son avis sur le dialogue national lancé à l'appel du président Moubarak.
« Il faut demander le maximum pour avoir le minimum »

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes le chef de file de l'opposition et le président du groupe du néo-Wafd au Parlement. Votre parti n'a pas pris part au précédent dialogue en 1993. Pourtant, vous avez accepté de participer cette fois-ci. Pourquoi ?

Mounir Fakhri Abdel-Nour : Nous disons oui à ce dialogue. Je vous rappelle que c'est le néo-Wafd qui a lancé l'idée d'un tel dialogue par le biais de son président Noamane Gomaa qui a appelé à la concorde nationale entre tous les partis pour affronter les problèmes politiques, économiques et sociaux actuels. En tant que chef de la commission parlementaire du parti du néo-Wafd, j'ai appelé à un tel dialogue lors de la discussion du budget de l'Etat pour faire face au déficit permanent et trouver les meilleurs moyens de répartir les subventions pour que celles-ci parviennent aux personnes qui les méritent vraiment. Donc, c'est nous qui avons demandé à organiser un tel dialogue et c'est normal qu'on y participe.

— Quelles sont les idées qui seront proposées par votre parti et l'opposition en général dans le cadre de ce dialogue ?

— Jusqu'à maintenant, nous n'avons pas été informés du calendrier du dialogue. Cette semaine, Noamane Gomaa doit se réunir avec le secrétaire général du Parti national démocrate et le ministre de l'Information, Safouat Al-Chérif, pour mettre les points sur les i. Nous avons des idées précises sur les sujets qui doivent être discutés durant ce dialogue et que je pourrais résumer ainsi.

Premièrement : la question de la réforme politique dans le sens large du terme. Cette réforme doit comprendre un réexamen des lois relatives à l'exercice des droits politiques, la loi sur le Parlement qui comprend le système électoral et les partis. Elle doit englober également la révision de la Constitution afin d'élargir la marge de démocratie et la participation des citoyens à la vie politique.

Deuxièmement, les problèmes économiques et surtout les obstacles qui entravent l'exportation et l'investissement, de même que la production et le déficit budgétaire. Troisièmement, l'état des services publics comme l'éducation, la santé, le transport et le logement. Quatrièmement : les problèmes sociaux dans le but de mieux répartir les richesses et combler le fossé entre les riches et les pauvres, car il existe actuellement deux catégories sociales en Egypte : les très riches et les très pauvres.

— Certains partis d'opposition considèrent que l'idée du dialogue en elle-même est positive. Mais ils restent très sceptiques quant aux résultats. Pourquoi ?

— C'est vrai, mais je pense qu'un tel dialogue, quels que soient les conditions et les résultats, sera utile. Car il oblige les différents partis à exprimer leurs positions et leurs idées sur des problèmes précis. Ainsi, l'opinion publique pourra savoir lequel de ces partis est le meilleur et apte à les représenter. D'après moi, on peut arriver à un accord qui regroupe tous les partis concernant une réforme politique garantissant un minimum de changement.

— Pourquoi, selon vous, l'idée du dialogue a resurgi à ce moment précis ?

— A mon avis, le dialogue intervient à un moment approprié. Nous sommes à un carrefour aussi bien sur le plan interne qu'externe. Le monde change autour de nous. Nous devons aller de concert avec ces changements et éviter tout danger. Le dialogue intervient à un moment très important, car les problèmes économiques et sociaux auxquels nous faisons face ont besoin de solutions qui soient acceptées par toutes les forces politiques et par tous les partis, car ces solutions peuvent être très dures.

— D'après vous, quelles sont les conditions susceptibles d'assurer la réussite de ce dialogue ?

— Il faut mettre un calendrier précis pour ce dialogue. De même, il ne faut pas mélanger les cartes. Par exemple, il faut soumettre chaque sujet à un comité spécial chargé de l'examiner. De même, il faut faire la différence entre le simple échange de vues entre les participants à ce dialogue et les négociations pour arriver à un accord. Aussi, il faut mettre en place un mécanisme pour garantir l'application et le suivi des recommandations de ce dialogue. Enfin, il faut demander le maximum pour avoir le minimum.

— On remarque que vous êtes très optimiste quant à la tenue de ce dialogue. Quelles sont les raisons de cet optimisme ?

— Vous avez raison, car je trouve que le fait de réunir tous les partis est en soi un accomplissement. Et même si on n'arrive pas à des résultats précis, le fait d'organiser un tel dialogue est déjà un acquis.

 Est-ce qu'il y a eu des réunions de coordination entre les différents partis en vue de ce dialogue ?

— Non, aucun contact n'a eu lieu entre les partis du moins en ce qui concerne le néo-Wafd. Le problème est que jusqu'à maintenant nous ne savons pas quelle forme aura ce dialogue. S'agira-t-il de discussions entre le PND et chaque parti à part ou bien tous les partis ensemble.

 En attendant l'agenda de ce dialogue, pourquoi le néo-Wafd, qui est l'un des plus grands partis d'opposition, n'a pas pris l'initiative d'organiser une réunion préparatoire avec les autres partis pour se mettre d'accord sur les principaux sujets à discuter ?

— Car, il est pratiquement impossible que tous les partis se mettent d'accord sur tous les points. Par exemple, le néo-Wafd peut se mettre d'accord avec le parti du Rassemblement et le Parti nassérien autour de la réforme politique, mais quand on parle des problèmes économiques, on ne sera plus d'accord. Je cite précisément ces deux partis, car ce sont les deux formations politiques qui ont une certaine présence sur la scène.

— Mais ne trouvez-vous pas que les divergences entre les partis affaiblissent leur action ?

— C'est une réalité qu'on ne peut ignorer. Il est impossible de se mettre d'accord sur les différents sujets outre que la réforme politique.

 Croyez-vous qu'une réforme politique réelle est possible en Egypte ?

— La réforme politique ne se réalisera jamais si on ne fait pas une séparation entre le PND et l'Etat. Car cette fusion a fait que 93 % des députés au Parlement sont du PND. Ils font ce qu'ils veulent, ce qui affaiblit le contrôle de l'Assemblée du peuple sur le pouvoir exécutif. Cette atmosphère politique n'est pas saine.

— Pour garantir la réussite de ce dialogue, ne trouvez-vous pas nécessaire que toutes les tendances politiques y participent ? Les Frères musulmans en sont exclus. Quel est votre avis à ce propos ?

— Les Frères musulmans ne sont pas un parti politique. Ils forment une association qui appelle aux bonnes mœurs et au respect des préceptes religieux. Je crois qu'il faut les placer dans le cadre réel, car il est très dangereux d'utiliser la religion à des fins politiques. Il faut arrêter le recours par les Frères musulmans au sentiment religieux, surtout que le peuple égyptien est très religieux. Il faut reconnaître la popularité des Frères musulmans, mais il faut placer cette popularité dans son cadre approprié loin de la politique.

— Mais on ne peut pas ignorer le rôle des Frères dans la vie politique. On les trouve dans la plupart des syndicats par exemple. Qu'en pensez-vous ?

— C'est vrai, mais les syndicats n'ont pas de rôle politique. Leur rôle est plutôt social. Si on veut appeler au respect des valeurs religieuses, il n'y a en cela aucun problème. Mais on ne peut pas se référer à la religion an abordant des problèmes comme l'exportation ou les subventions. Si quelqu'un des Frères musulmans déclare qu'il croit à la réforme politique, au multipartisme, à la réforme économique, à la République et à la démocratie mais exige que les lois soient conformes à la charia, il sera le bienvenu. Mais plus que ça, ce sera la fin des partis et de la démocratie en Egypte. Nous assisterons alors à des conflits religieux comme en Iraq et en Arabie saoudite.

 Comment évaluez-vous l'expérience partisane en Egypte ?

— On ne peut pas dire qu'elle a réussi. Cela est dû à mon avis au climat politiqueac. Il faut amender la Constitution afin de séparer les différents pouvoirs et leur donner des forces équivalentes. La Constitution actuelle assure au pouvoir exécutif la suprématie sur le pouvoir législatif. L'autre problème est la fusion entre le PND et l'Etat, ce qui minimise la chance de succès des autres partis aux élections et annihile toute chance d'alternance du pouvoir.

— Que pensez-vous des réformes entreprises récemment par le Parti national démocrate ?

— Je pense que ses réformes sont positives. Le dialogue au sein du parti au pouvoir laisse augurer un autre dialogue entre le PND et les partis d'opposition.

Propos recueillis par Chérine Abdel-Azim

 

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