Qui
dit Ramadan dit consommation. Ce mois de jeûne est en effet
pour nombre de ménages synonyme de dépenses extravagantes qui
met à plat le budget. Cette année, la facture risque d'être
encore plus salée en raison de la cherté de la vie. Les prix
des produits de consommation n'ont en effet pas cessé d'augmenter
depuis la décision du gouvernement en janvier dernier de dévaluer
la livre égyptienne face au dollar. La hausse qui est de l'ordre
de 30 à 50 % concerne tous les produits de première nécessité
(pain, farine, sucre, riz, huile, etc.). Certains commerçants
ont profité des circonstances et ont augmenté eux aussi les
prix, ce qui a aggravé la situation. Pour remédier à cette situation,
le premier ministre, Atef Ebeid, a annoncé la création de 4 850
points de distribution de produits bon marché dans tous les
gouvernorats.
Dans le quartier
de Madinet Nasr, au Caire, se trouve l'un des ces points de
distribution. A l'entrée, des banderoles accrochées aux murs
annoncent l'inauguration de l'exposition-vente organisée par
le ministère de l'Approvisionnement avec la coopération de
compagnies privées. Cette exposition, qui comprend une quinzaine
de stands, a ouvert ses portes aux citoyens il y a deux semaines
et va se poursuivre tout au long du mois de Ramadan. « Nous
vendons à part les fruits secs du Ramadan (le yamich),
des produits de première nécessité comme le riz, le sucre,
la farine, les macaronis et l'huile. Tous ces produits sont
vendus à un prix de demi-gros », souligne Mohamad
Fawzi, un des commerçants. Mohamad a décidé de participer
à cette exposition-vente après avoir lu une annonce dans les
journaux publiés par le ministère de l'Approvisionnement.
Selon cette annonce, le ministère propose d'allouer aux commerçants
des boutiques gratuitement à condition qu'ils vendent leurs
produits sans la marge de bénéfice. « Cette expo-
vente améliore le commerce intérieur tout en permettant aux
marchands de sortir de l'impasse de la récession. Elle offre
également aux consommateurs des produits à des prix moins
chers de ceux vendus ailleurs de 25 % à 30% »,
ajoute Am Sayed, un autre vendeur.
Des contrôleurs
de la police de l'Approvisionnement sont chargés de surveiller
quotidiennement les expositions-ventes afin de s'assurer du
respect des conditions. « Le vendeur doit vendre selon
les prix fixés par le ministère de l'Approvisionnement. Nous
prenons aussi des échantillons de produits exposés afin de
nous assurer de leur validité et vérifier leur conformité
aux critères. Si les produits ne sont pas conformes, nous
les confisquons et nous dressons un procès-verbal au marchand
qui peut ensuite être transféré à la justice », explique
Darwich Galal, directeur de la direction de l'Approvisionnement
au Caire.
Parallèlement,
le gouvernement a mis en place une ligne téléphonique, le
74 96 79, pour recevoir les plaintes des citoyens
24h sur 24h concernant la validité ou les prix des produits.
Des prix toujours
aussi élevés
Bien que les
produits soient moins chers, l'exposition est peu fréquentée.
Cause : « les prix sont toujours élevés. Est-il
logique que je vienne à cette expo-vente pour acheter un kilo
de riz à 2 L.E. alors qu'il est vendu au supermarché qui est
à côté de moi à 215 piastres. Quant aux fruits secs, ils sont
presque aussi chers qu'ailleurs. Un paquet de nectar d'abricot
de bonne qualité est vendu ici à 11 L.E. contre 12 L.E. à
l'extérieur. L'année dernière, ce même paquet valait 6 L.E.
seulement », lâche Amina Ibrahim, fonctionnaire et
mère de trois enfants.
Pour sa part,
Al-Sayed Ahmad, ingénieur, ajoute : « Outre la
cherté des produits, le Ramadan intervient cette année un
mois après la rentrée scolaire. Une période de grosses dépenses
pour les ménages. Du coup, nombreux sont ceux qui limitent
leur consommation, notamment de yamich, considéré cette
année comme un produit de luxe. Certains l'ont carrément supprimé
de la liste de leurs achats ».
Les commerçants
eux-mêmes reconnaissent qu'ils n'ont pas mis en vente cette
année de grandes quantités de yamich vu la crise économique.
« Je me suis contenté cette année de la moitié de
la quantité de yamich que j'avais l'année dernière
de peur qu'elle ne soit pas vendue », révèle Am Sayed,
vendeur de yamich.
Incapable de
contrôler la hausse des prix des produits de consommation,
le gouvernement craint un mécontentement populaire. La création
de ces points de distribution constitue l'une des solutions.
Le gouvernement organise de telles expo-ventes lors de la
rentrée scolaire, au petit Baïram et au grand Baïram.
Selon Al-Badri Farghali, député du parti du Rassemblement
(gauche), qui vient de présenter une interrogation à l'Assemblée
du peuple sur la hausse des prix et la détérioration du niveau
des citoyens pour être discutée à la nouvelle session parlementaire,
il ne s'agit pas d'une solution radicale. « Le gouvernement
a augmenté cette année le nombre de ces expo-ventes à 4 850
contre 2 000 l'année dernière en croyant que ceci va
remédier aux problèmes financiers des citoyens, notamment
ceux qui n'ont pas de cartes d'approvisionnement, mais en
fait, il ne s'agit que de solutions temporaires »,
lance Al-Badri Farghali, en affirmant que soigner un bouton
de fièvre n'est pas soigner la fièvre. « Le problème
est que le gouvernement a mal géré la dévaluation de la livre
face au dollar et se trouve maintenant dans l'incapacité de
contrôler la hausse des prix ». « Aujourd'hui
avec 100 L.E. en poche on ne peut acheter que 4 kilos de viande »,
conclut le député du parti du Rassemblement.
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