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Monde arabe . Le rapport admet de légers progrès, mais rappelle que dans de nombreux domaines, notamment sur le marché du travail, la gent féminine demeure le sexe faible.
Condition féminine, la route est longue

Trois défis s’imposent au développement humain dans le monde arabe et qui représentent autant de lacunes : la connaissance, la liberté et le statut de la femme. Y aurait-il un progrès en ce qui concerne ce dernier point ? Il est certain qu'aucune société ne peut parvenir à un niveau désirable de bien-être et de développement humain durable, ou être compétitive dans le cadre de la mondialisation si la moitié de sa population demeure marginalisée et privée de moyens d'actions. D'où l'intérêt accordé par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) à prendre en charge la promotion de la situation de la femme dans tous les domaines, social, économique et politique.

En 1995, le Rapport mondial sur le développement humain (RDHA) a introduit ce qu'il a appelé l'indicateur de la participation des femmes en se fondant sur le revenu par personne, le nombre de postes professionnels et techniques occupés par des femmes et le nombre de sièges qu'elles occupaient dans les Parlements. Or, selon ces barèmes, le monde arabe se classe au bas de l'échelle. Il vient en dernière place pour ce qui est de la participation des femmes au marché du travail et de leur représentation au sein du Parlement, où elles n'occupent que 3,5 % des sièges. C'est le taux le plus faible du monde et vient au-dessous de la moyenne mondiale actuellement de 13 %, selon le chiffre de l'Onu.

Le RDHA fait état d'un léger mieux cependant. Les femmes arabes progressent selon le PNUD mais il y a beaucoup de chemin à faire. Le nombre de femmes représentées dans les Parlements a augmenté dans certains pays. En Tunisie, le nombre de femmes députées est passé en 2002 de 21 au lieu de 12 précédemment. Le nombre de celles qui occupent des postes de responsabilité l'a été aussi. La Jordanie a donné l'exemple avec un nouveau gouvernement comprenant 3 ministres femmes sur 20. Mais s'agit-il d'exemples exceptionnels ? Hala Moustapha, rédactrice en chef du magazine Démocratie publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques d'Al-Ahram (CEPS), souligne qu'un vent de liberté a commencé à souffler. Elle se réfère au Bahreïn et Qatar qui ont accordé des droits politiques aux femmes. Au sultanat d'Oman, une femme a été nommée pour la première fois présidente de l'Organisation générale des industries artisanales avec rang de ministre. Le Yémen a suivi avec un ministre des Droits de l'homme et l'élection d'une femme sur 300 députés au Parlement. Une ombre demeure au tableau, l'Arabie saoudite, dépourvue de toute considération concernant la femme. Le Koweït, comme le relève Hala Moustapha, a tenté d'accorder à la femme le droit de vote et d'éligibilité. Les courants islamistes au sein du Parlement l'ont rejeté. L'Emirat essaye de remettre le sujet sur le tapis.

L'Egypte et la Jordanie ont réalisé des progrès encourageants. Elles ont modifié profondément leur code de la famille, leur code pénal et leur code civil en 2001. En Jordanie, l'âge minimum légal du mariage qui était de 15 ans pour les femmes et de 16 ans pour les hommes est passé à 18 ans pour les deus sexes. En vertu du nouvel article 340 du code pénal ceux qui commettent lesdits « crimes d'honneur » sont aujourd'hui traités comme des meurtriers. Les femmes jordaniennes peuvent, et c'est une première dans l’historie, demander le divorce moyennant un certain dédommagement monétaire. En Egypte, depuis l'amendement 1 apporté en 2001 au code de la famille, les hommes n'ont plus le monopole du droit de divorce grâce au kholea, et c'est là aussi une première dans l’histoire récente.

Hala Moustapha ajoute que la nouvelle loi sur la nationalité permettra pour la première fois à l'Egyptienne mariée à un étranger de donner à ses enfants la nationalité égyptienne. « Un progrès relatif », modère-t-elle tout en relevant que le fait d'accorder de l'intérêt à la question « constitue une forte volonté de changement ».


Poids des traditions

Il reste cependant que le poids des traditions ralentit toute évolution. Selon un relevé comparatif réalisé par World Value Survey (ONG) entre le monde arabe et huit autres régions, dont le groupe islamique, l'Afrique subsaharienne, l'Europe de l'Est, l'Asie du sud, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Amérique latine, l'Asie de l'Est et l'Europe de l’Ouest, les valeurs de la connaissance et de la bonne gouvernance sont appréciées fortement par les Arabes, mais restent ambivalentes dès qu’il s'agit d'égalité des sexes. Sur les neuf régions, les Arabes ont exprimé la plus haute préférence au rôle de la science au service de l'humanité et sur la défense de la démocratie comme système de gouvernement. Mais pour ce qui est des femmes, les Arabes viennent en troisième place pour rejeter « qu'une éducation universitaire est plus importante pour un garçon qu'une fille ». Mais ils ont été les premiers à soutenir que « Lorsque les emplois se font rares, les hommes ont plus de droits à obtenir des emplois que les femmes ». C'est dire, selon un analyste, que les Arabes appuient une éducation des femmes mais non son utilisation. Le rapport recommande de mettre un terme à cette inégalité en éliminant du marché du travail les préjugés fondés sur la discrimination entre les sexes, notamment la ségrégation professionnelle et les écarts de salaire au détriment des femmes, et en comblant les disparités entre les sexes sur le plan de la qualité et de la pertinence des programmes d'éducation et de formation professionnelle. Il souligne également qu'il faut accorder la priorité à la formation des femmes chefs d'entreprises pour renforcer la capacité locale. Supprimer cette discrimination passe donc par vaincre des préjugés et en tenant compte du fait qu'il ne faut pas juger la situation des femmes en se référant à la seule élite. Dans tout ceci, des analystes considèrent qu'une interprétation surannée de la religion musulmane endosse la responsabilité d'une telle situation.

Aliaa Al-Korachi
Ahmed Loutfi

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